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La télématique pourrait contribuer à alléger le fardeau du risque

par Alain Thériault | 16 novembre 2015 13h38

« Il y a trois ans, l’industrie voyait les transactions en ligne comme une menace plutôt qu’une occasion, se souvient Henry Blumenthal, vice-président chez bélairdirect. Plusieurs y voient maintenant leur intérêt. Nous devons effectuer le même virage à l’égard de la télématique et la voir comme une opportunité d’affaires plutôt qu’une menace », croit-il.

Avec la télématique vient selon lui une tarification plus raffinée. « Nous commençons à accumuler des données. Le prochain défi sera de cerner les corrélations entre les habitudes de conduite des gens et les sinistres automobiles. Nous sommes encore loin d’une solution complète. Nous apprenons de plus en plus, mais il reste encore beaucoup de corrélations à établir », souligne M. Blumenthal.

Les données accumulées permettront à Intact et Bélairdirect de développer d’autres applications à la télématique, notamment en matière de marketing et de prévention. « Nous utilisons trois ou quatre formes de données, dont l’accélération rapide, le freinage brusque et les heures de conduite, mais ce n’est qu’un début. Les pratiques en télématique sont appelées à évoluer à grande vitesse dans les prochaines années », prévoit M. Blumenthal.

La télématique n’est certes pas un feu de paille, souligne-t-il. Il cite un récent développement en Écosse, dans un autre secteur. « Un éleveur utilise la technologie de positionnement par satellite (GPS) et la télématique pour optimiser la production de lait et sa qualité. Il peut voir quelle vache est malade et quelle autre produit bien. Il a établi des corrélations entre la température et la production de lait. Ça permet enfin aux producteurs laitiers d’avoir un peu de temps pour eux. »

La technologie analysera la conduite active

Or, quelle corrélation pourra-t-on faire entre un véhicule assisté, mais conduit pas un être humain, et une voiture complètement autonome? Éric Lefrançois, auteur et expert du cahier Auto de La Presse, croit que cette question pose un autre problème… qui a toutefois déjà été testé. « J’arrive de l’autoroute Décarie pour prendre l’autoroute 40 ouest avec un véhicule autonome. Si un conducteur actif me coupe, ma voiture arrête pour le laisser passer. Il y aura un problème avec certains conducteurs actifs qui auront compris l’astuce et couperont les voitures autonomes comme bon leur semble », lance-t-il.

L’Allemagne a trouvé la solution, rapporte M. Lefrançois. « Les autorités ont décrété qu’une autoroute, la A9, aurait une voie réservée pour voiture autonome, afin de contrer ce problème. »

Henry Blumenthal croit que la technologie se chargera d’analyser la conduite active, semi-active et autonome. « Les lecteurs actuellement utilisés de façon mobile ou intégrés aux véhicules en matière de télématique sont loin d’être les lecteurs du futur. Ces technologies s’amélioreront. Des voitures sont déjà capables de détecter la perte d’attention chez les personnes qui s’endorment au volant », a-t-il rappelé.

La télématique n’est pas pour tous

En assurance automobile, l’actuariat évoluera de pair avec ces changements, croit M. Blumenthal. « Les outils utilisés aujourd’hui sont différents de ceux d’il y a 20 ans et reflètent le changement des comportements. L’ère du big data et des analyses à grande échelle s’accentueront. Nos actuaires s’adaptent déjà à cette réalité. Nous sommes de plus en plus capables de tarifer de façon très granulaire le risque attribuable à un individu, une famille ou un propriétaire de véhicule. »

Il ajoute que des éléments de télématique sont déjà en place pour les flottes de camions commerciaux, a répondu Henry Blumenthal. « La base de l’expérience en télématique s’est construite dans les lignes personnelles, mais elle commence à se développer en parallèle du côté des véhicules commerciaux. On voit le même potentiel et les mêmes applications de cette technologie dans cette ligne d’affaires », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, la télématique n’est pas pour tous. « J’ai approché un groupe de policiers pour qui la télématique n’était pas appropriée, se souvient Henry Blumenthal. Ayant souvent à se déplacer rapidement et à freiner brusquement, ils sont par ailleurs des conducteurs formés au-dessus de la moyenne. » Il croit par contre aux vertus de la télématique pour l’ensemble des particuliers. Elle pourra entre autres donner l’occasion à un jeune conducteur de 18 ans de démontrer qu’il conduit mieux que l’indiquent les statistiques de sa cohorte d’âge.

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