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Le créateur de l’assurance maladies graves presse l’industrie d’offrir des produits plus abordables

par Vicky Poitras | 08 février 2007 17h53

Le quatrième Congrès sur les maladies graves s’est ouvert sur un vibrant appel du concepteur même de l’assurance contre les maladies graves, le Dr Marius Barnard. Dans son allocution intitulée The Good, The Bad and The Future, le docteur Barnard a pressé les assureurs d’offrir des produits de maladies graves plus simples et plus abordables.Ayant pour thème Critical Matters, le congrès a eu lieu à Victoria, en Colombie-Britannique, du 25 au 27 janvier. Le Dr Barnard, chirurgien sud-africain de renommée internationale, a contribué aux premières greffes du cœur dans le monde avec son frère, lui aussi médecin. De telles opérations lui ont donné l’idée de concevoir les premières polices d’assurance contre les maladies graves au monde, en 1983.

Au cours de son intervention, il a montré une reconstitution vidéo de l’histoire d’un des patients qui l’ont incité à souhaiter la création de tels produits. Souffrant d’un cancer du poumon en phase terminale, cette divorcée de 34 ans avait dû travailler jusqu’à son décès pour subvenir aux besoins de ses enfants. Cette histoire et celles d’autres cas similaires ont déclenché l’idée d’une assurance contre les maladies graves. Son objectif était de garantir une certaine santé financière au moment où on en a le plus besoin, a-t-il raconté à la foule de quelque 600 conseillers.

Devant les progrès de la médecine, l’assurance maladies graves devient de plus en plus nécessaire, soutient le docteur Barnard. Les gens ont besoin d’un produit de la sorte, car ils survivent aux maladies graves, précise-t-il, s’appuyant de chiffres qui démontrent bien que les taux de survie grimpent en flèche.

Par exemple, en 1950, seulement 11 % des personnes qui subissaient un accident vasculaire cérébral survivaient. De nos jours, ce taux de survie est passé à 70 %. Or, seulement 10 % de ces patients s’en remettront entièrement, et 53 % des survivants demeureront entièrement dépendants d’autrui, fait remarquer le docteur Barnard. « Il vous faut une assurance non pas parce que vous allez mourir, mais parce que vous allez vivre. »

Le docteur Barnard veut cependant s’assurer que les personnes qui ont le plus besoin du produit auront les moyens de se le procurer. Il dit prier pour que les gouvernements, les réassureurs et les assureurs soutiennent le produit. Ce qu’on trouve sur le marché doit donc être le mieux conçu et le plus abordable, insiste-t-il.

Un nouveau type de produit

Dans ce but, il propose de créer un nouveau type d’assurance maladies graves qui tiendrait compte de la gravité de la maladie. Grâce aux diagnostics et aux traitements précoces, de nombreuses maladies naguère très graves ne le sont plus. Par exemple, les chirurgies coronariennes sont beaucoup moins dangereuses que par le passé, et de nombreux types de cancer ne mettent plus la vie en jeu si on les diagnostique à temps.

Pour cette raison, il recommande de prévoir des prestations d’assurance maladies graves dont l’importance varierait, par exemple, selon le stade du cancer ou la gravité de la crise cardiaque. Si les sommes accordées tenaient compte de la gravité de la maladie, il serait plus facile de réduire le prix des primes, soutient-il. « Si on peut réduire la valeur et le nombre des demandes d’indemnisation, on pourra réduire le prix des primes et rendre le produit plus abordable. »

À son avis, il faut viser que l’assurance maladies graves donne lieu à une prestation lorsque le titulaire s’expose à des difficultés financières parce qu’il doit cesser de travailler. Si la maladie n’est pas grave, un tel filet de sécurité financière n’est pas nécessaire, affirme-t-il.

Si rien ne change, le docteur Barnard dit que l’assurance contre les maladies graves « finira par coûter tellement cher que nul ne pourra se l’offrir… Et c’est bien la dernière chose que l’on puisse permettre. »

Des reproches à l’industrie

Le docteur Barnard a aussi pris part à un débat d’experts destiné à faire une synthèse du congrès, au cours duquel il a de nouveau parlé de la nécessité de procéder à des changements. Il reproche aux actuaires et aux assureurs de ne pas tenir compte de l’évolution de la médecine. Créer un produit qui reflète la réalité médicale d’aujourd’hui est un « besoin criant », clame-t-il.

Si les gens ne peuvent se payer la protection offerte par une assurance maladies graves, « c’est vous que je blâmerai », a-t-il essentiellement dit à l’industrie de l’assurance. « Vous devez créer ce produit devenu nécessaire. » Le produit traditionnel et plus cher a certes encore sa place, mais créez quand même une solution plus simple et moins coûteuse pour ceux qui ne peuvent pas payer une prime élevée, a-t-il demandé à l’industrie.

Les conseillers en assurance ne sont pas ceux qui créent les produits, mais il leur incombe néanmoins de voir à ce qu’il existe des produits accessibles et abordables, signale-t-il. « Vous ne leur mettez (aux assureurs) pas assez de pression. Je vous en conjure, commencez à les presser pour qu’ils fassent des changements », a-t-il lancé aux conseillers réunis.

Fier d’être conseiller

Au cours de son exposé, le docteur Barnard a aussi signalé à son auditoire de conseillers en assurance qu’ils ne rendent pas justice au rôle important qu’ils jouent dans la société. « Je trouve que vous vous vendez très mal. Vous devriez être fiers de ce que vous faites. »

Les conseillers qui vendent de l’assurance maladies graves s’assurent que leurs clients auront une bonne sécurité financière le jour où leur santé ira moins bien, explique-t-il : « Vous ne leur parlez pas seulement d’assurance, vous leur parlez de leurs besoins. »

N’ayez pas honte de votre profession, a-t-il ajouté. « Allez plutôt le crier sur les toits : je suis conseiller en assurance, et grâce à moi vous aurez de l’argent le jour où vous en aurez le plus besoin. »

Le docteur Barnard a terminé son intervention en annonçant qu’il doutait pouvoir prendre à nouveau la parole à l’occasion de la World Critical Illness Insurance Conference. Ayant reçu un diagnostic de cancer de la prostate il y a plusieurs années, il a cette fois eu un certain mal à effectuer le déplacement de 36 heures nécessaires pour se rendre au Canada. « Il se pourrait bien que je ne vous revoie plus. Je vous remercie de m’avoir permis de passer 24 ans parmi vous et je remercie aussi de me permettre, lorsque j’annonce à un patient la plus mauvaise nouvelle de toute sa vie, de savoir qu’il a une sécurité financière… »

Fait à noter, au débat d’experts tenu le dernier jour du congrès, son mot de la fin traitait d’un autre produit à inclure dans les prestations du vivant : l’assurance soins de longue durée. À ce sujet, il a affirmé que l’industrie manquait totalement à ses devoirs envers les personnes âgées. « Élaborez un produit et vendez-le aux personnes les plus vulnérables », a-t-il demandé.

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