Selon un sondage récent, près de trois chefs de PME sur cinq déconseillent à leur entourage de se lancer en affaires dans le contexte actuel. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) profite de la publication de ce résultat inquiétant sur le futur entrepreneurial au Québec pour lancer un cri d’alarme au gouvernement Legault.
Quelque 58 % des répondants au sondage estiment donc qu’il n’est pas opportun de vouloir démarrer une entreprise à l’heure actuelle au Québec. La principale raison invoquée pour ce manque d’enthousiasme : la pénurie de main-d’œuvre, un enjeu mentionné par 89 % des chefs de PME qui découragent l’entrepreneuriat.
Seulement 18 % ont répondu oui à la question : « Conseilleriez-vous à quelqu’un de démarrer une entreprise en ce moment? », tandis que 24 % ont indiqué « je ne suis pas sûr ou je ne sais pas ».
Outre la pénurie de personnel, les autres raisons les plus souvent mentionnées pour ne pas démarrer une entreprise sont :
- les retards dans la chaîne d’approvisionnement ou le manque de stock (59 %);
- la gestion du personnel : protocoles de santé et de sécurité, stress des employés (51 %);
- le stress découlant de la pandémie (45 %);
- le lourd fardeau de la paperasserie gouvernementale (42 %);
- les difficultés de suivre les règles liées à la pandémie (34 %);
- le niveau trop élevé des taxes et des impôts (34 %).
« On savait que le manque d’employés ralentissait la production, que cela faisait perdre des occasions d’affaires dans toutes les régions, et que cela contraignait les propriétaires de PME à travailler davantage », indique François Vincent, vice-président Québec de la FCEI.
Les préoccupations entourant la rareté de la main-d’œuvre incitent la FCEI à lancer cet appel à l’aide au gouvernement du Québec, qui « doit reconnaître pleinement l’ampleur de cette crise et adopter des mesures qui répondront aux attentes des PME de tous les secteurs d’activité qui sont frappés. Sans cela, au Québec, on risque de se retrouver face à une pénurie de main-d’œuvre avec, en plus, une pénurie d’entrepreneurs », ajoute M. Vincent.
En avril dernier, la FCEI avait publié une étude faisant état des impacts du manque de main-d’œuvre sur le stress imposé aux chefs de PME.
Pour la relance
Lors du discours inaugural de la deuxième session de sa législature, prononcé le 19 octobre dernier à l’Assemblée nationale, le premier ministre François Legault a notamment insisté sur l’amélioration de la productivité du Québec. Selon la FCEI, le gouvernement doit inclure la rareté de la main-d’œuvre parmi ses priorités.
« Contrer la pénurie de main-d’œuvre et faire tomber les barrières qui freinent les petites entreprises doivent devenir des orientations phares pour notre économie », souligne François Vincent. Il rappelle que les deux tiers des emplois du secteur privé sont générés par les petites entreprises. Selon la FCEI, les chefs de PME attendent avec impatience la mise à jour économique qui sera faite par le ministre des Finances en novembre.
Parmi les changements attendus, la FCEI dénonce l’injustice fiscale vécue par les plus petites entreprises des secteurs des services et de la construction. Le Québec est la seule province qui ne donne pas accès au taux d’impôt réduit pour les petites entreprises si elles ne rémunèrent pas au moins 5 500 heures de travail. Cette injustice a déjà été l’objet d’une sortie publique de la Fédération en mars dernier.
La quatrième vague de la pandémie de la COVID-19 perd de sa vigueur, mais ses impacts persistent, constate la FCEI. Quelque 54 % des PME du Québec n’ont pas encore retrouvé leurs revenus normaux et la dette moyenne des PME au Canada frôle les 100 000 $.
« On peut être fiers de nos entrepreneurs. Ils ont traversé des tempêtes à répétition depuis mars 2020 et sont toujours debout », mentionnait M. Vincent dans sa réaction au discours inaugural. Le gouvernement « peut désentraver encore plus leur route pour leur permettre de prendre leur réelle vitesse de croisière », affirmait-il.
Méthodologie
La FCEI sollicite l’opinion de ses membres de manière régulière par l’entremise du sondage « Votre voix ». Dans le cas présent, ce sont 548 membres du Québec qui ont participé à la consultation en ligne entre le 9 et le 27 septembre 2021. À titre comparatif, pour un échantillon de même taille, la marge d’erreur est de 4,2 % dans 95 % des cas.