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Le privé devra compléter les régimes publics

par Alain Castonguay | 28 janvier 2014 10h36

Le secteur privé attend que les gouvernements déterminent l’offre de service en matière de longévité et pourra ensuite concevoir des produits complémentaires. C’est le constat qu’ont fait deux experts lors du récent Congrès de l’assurance et de l’investissement.Michel Saint-Germain, partenaire chez Mercer, regrette que les régimes à prestation déterminée sont de moins en moins répandus et que les nouveaux adhérents soient poussés vers les régimes à cotisation déterminée, moins généreux et incomplets. « On transfère des décisions à prendre vers des gens qui sont mal outillés pour déterminer les montants à cotiser, les choix de placement, et surtout quoi faire avec le capital à la retraite », dit-il.

En très bonne position

M. Saint-Germain se dit toutefois en désaccord avec l’affirmation unanime voulant que les Canadiens manquent d’épargne pour bien vivre leur retraite. « Les retraités actuels sont dans une très bonne position. Le taux de pauvreté des retraités est de 6 % ou 7 %, comparativement à un peu moins de 15 % pour la population en général. Plusieurs d’entre eux continuent d’épargner même après leur retraite », dit-il.

Il faut se préoccuper des prochaines générations qui n’auront pas accès à des régimes aussi généreux, dit-il. Quelque deux millions de Québécois n’épargnent pas du tout pour leur retraite, surtout des travailleurs autonomes ou des salariés à l’emploi de PME.

Il importe de mieux cibler le discours sur la nécessité de l’épargne, insiste M. Saint-Germain. Les salariés aux revenus peu élevés n’ont pas les moyens d’épargner, mais les régimes publics devraient suffire à leurs besoins. Pour les jeunes familles dont la carrière débute et qui élèvent des enfants, il est préférable de réduire leur risque à l’égard d’une possible hausse des taux d’intérêt sur leur paiement hypothécaire. Et il n’y a rien de mal à cotiser à un CELI plutôt qu’à son REER. « Les prochaines générations ne se laisseront pas mourir de faim en arrivant à la retraite », dit-il.

Parmi ces gens sans épargne, certains recevront un héritage de la génération actuelle de retraités qui ne dépensera pas tout son argent. Mais cet héritage sera plus petit pour la génération suivante. Enfin, une partie du capital immobilier pourra être transformé en épargne pour la retraite. La création du Régime volontaire d’épargne retraite (RVER) est un bon moyen de combler les besoins d’une partie des salariés, dit-il.

Pour l’essentiel, les régimes en vigueur au Québec (RRQ) et ailleurs au Canada (RPC) ont été conçus dans les années 1960. Pour l’essentiel, ces régimes sont demeurés inchangés. Grâce à leur simplicité, les frais de gestion des régimes publics sont inférieurs à 0,5 %, ou 50 points de base. « Le régime public corrige aussi l’une des grandes faiblesses du système actuel, soit d’aider les Canadiens à transformer leur capital en rente une fois atteint l’âge de la retraite. Le secteur privé peine à conseiller adéquatement les gens qui accumulent de gros montants et qui sont confrontés à d’importantes décisions à prendre. Dans le régime public, on n’a pas à décider cela. La décision est prise par le gouvernement et le transfert se fait de manière automatique », dit M. Saint-Germain.

Chez les assureurs

Yves Millette, vice-président au Québec de l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personne (ACCAP), est moins optimiste que son collègue de Mercer. Une étude récente de l’ACCAP montre que le vieillissement accéléré de la population ajoutera de la pression sur les régimes publics de santé. Le nombre de personnes âgées doublera entre 2011 et 2031. À partir de 65 ans, le pourcentage de la population qui doit vivre avec une incapacité augmente, puis reste stable.

À partir de 85 ans, les cas d’incapacité grave augmentent de manière sensible. Le nombre de personnes âgées frappées d’une incapacité grave triplera en 20 ans. « On aura donc un vrai problème pour la demande d’hébergement lourd pour des personnes exigeant beaucoup de soins », dit-il. Les couts de la perte d’autonomie ou des soins de longue durée au Canada sont énormes. L’ACCAP les estime à 1 200 milliards de dollars (G$) pour les 30 prochaines années.

Seule la moitié de cette somme est prévue dans les budgets à même les impôts. Même en améliorant l’efficacité des soins, on ne pourra guère réduire la facture de plus de 100 G$. Il manquera encore 500 G$ pour régler la facture sur ces 30 années. « Cela représente 80 % des sommes déjà investies dans les REÉR collectifs et individuels en 2011 », note M. Millette.

Les soins de longue durée ne sont pas couverts par les régimes universels de soins de santé au Canada. Les personnes âgées qui sont « placées » dans un CHSLD doivent payer leur hébergement si elles en ont les moyens. Ce n’est qu’après avoir épuisé leur épargne que l’État prend en charge ces frais d’hébergement. « Le gouvernement devra réfléchir à la manière de créer un régime universel de soins pour les personnes en perte d’autonomie. Et il faudra utiliser une partie de ces sommes pour maintenir les gens à domicile le plus longtemps possible. »

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