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Les antidémarreurs montés en série critiqués - Vols d’auto : les voleurs changent de visage

par La rédaction | 16 mars 2006 20h24

Jusqu’ici l’apanage du crime organisé et du grand banditisme, le trafic de voitures attire maintenant les gangs de rue. Plus jeunes et moins sophistiqués, les voleurs s’attaquent aux modèles plus anciens et moins chers. L’efficacité de certains systèmes de sécurité commence à s’éroder!

Du coup, bien que reconnus par les assureurs, les antidémarreurs montés en série commencent à voir leur cote décliner. Cet antivol qui pouvait suffire aux véhicules moins onéreux ou plus vieux perd en efficacité au fil du temps. Ce système étant toujours installé au même endroit, les voleurs de tout acabit ont vite compris comment le désactiver.

Pour le moment, nombre d’assureurs accordent encore des rabais au chapitre B3 de la prime des assurés qui se dotent d’un antidémarreur, qui font buriner leur véhicule ou qui le munissent d’un système de repérage. Cependant, depuis un peu plus d’un an, l’émergence d’une nouvelle race de voleurs pourrait changer la donne. Les rabais ne seront plus automatiques.

C’est en tous les cas ce que prédit Bernard Tremblay, vice-président actuariat pour la région du Québec chez ING. « Il y a beaucoup de systèmes très efficaces, mais les voleurs développent une expertise et au bout d’un moment arrivent à les déjouer, constate M. Tremblay. Probablement que les rabais sur les antidémarreurs vont diminuer car ils avaient été établis lorsque ces systèmes étaient plus efficaces », poursuit-il.

La Fédération et La Missisquoi n’envisage pas de toucher aux rabais déjà intégrés à la prime. En revanche, l’assureur qui offre un remboursement d’une cinquantaine de dollars lors de l’installation d’un antidémarreur de base est actuellement en train de réviser ce programme. « Nous nous sommes rendu compte que ces systèmes devenaient moins efficaces. Dans le programme en révision, nous voulons inciter les assurés à se doter de systèmes antivols plus performants », commente Jacques Boucher, directeur développement des marchés. Et bien que rien ne soit encore officiel, il est possible qu’au lieu d’attribuer un remboursement lors de l’installation d’un antidémarreur, La Fédération et La Missisquoi décide à la place de couvrir une partie des frais reliés au marquage des pièces ou à l’achat d’un système de repérage, avance M. Boucher.

L’assureur AXA a lui choisi de ne pas accorder de rabais lorsque l’antidémarreur est monté en série, a signalé Lise Allard, directrice à la communication.

Toutefois, chez Aviva, Groupe Promutuel, et à La Capitale, pas question pour le moment de supprimer la réduction de prime accordée aux véhicules dotés d’un antidémarreur monté en série.

La Capitale adopte cependant une politique plus généreuse à l’égard des assurés qui investissent davantage dans la protection de leur véhicule. Au lieu du traditionnel rabais qui peut aller jusqu’à 17,5 % au chapitre B3 de la prime, on consent davantage. La Capitale offre 38 % aux assurés qui optent pour l’installation d’un système de repérage ou 30 % pour le marquage des pièces, affirme Jacinthe Boucher, responsable relations avec les médias.

Au Groupe Promutuel, Luc Boissière, directeur actuariat, précise que les rabais sont inclus dans la tarification initiale. L’assuré ne reçoit pas de rabais supplémentaire. « Ça se joue selon l’expérience du véhicule. Par exemple, si un type de véhicule est beaucoup volé, même s’il est équipé d’un antidémarreur monté en série, il ne bénéficiera d’aucun rabais. »

Chez Aviva, si un véhicule neuf n’est pas muni d’un antidémarreur et que l’assuré en fait poser un, il aura droit à un rabais sur sa prime, explique Michel Murphy, directeur, assurance des particuliers.

L’industrie a d’ores et déjà éliminé de ses listes certains systèmes qui ont prouvé leur quasi inefficacité, tel le système de repérage On Star, lance Bernard Tremblay. Les assureurs interrogés par le Journal de l’assurance considèrent qu’il s’agit plutôt d’un outil destiné à fournir une assistance routière.

Si l’on regarde les Top 10 des voitures volées, on est progressivement passé d’autos d’une valeur de 50 000$ et plus à 30 000$ et moins, constate Freddy Marcantonio, directeur du développement des assurances et distribution stratégique de Boomerang, une entreprise spécialisée dans le repérage automobile. Selon les données de l’entreprise, la Honda Civic et la Toyota Corolla sont les deux modèles les plus volés au Canada.

« Les membres des gangs de rue volent pour financer d’autres opérations, pour acheter de la drogue, par exemple. Ils volent et revendent au réseau. Et comme ils ne sont pas aussi sophistiqués que le réseau, ils volent des véhicules de moindre valeur », explique-t-il.

Avec ces nouveaux réseaux de voleurs sur le marché, les compagnies qui fabriquent des outils de prévention et de répression vont devoir adapter leur matériel et leurs offres commerciales.

À ce chapitre, Boomerang a pris les devants à l’été 2005 en lançant le Boomerang Xpress, destiné aux véhicules d’une valeur de 30 000$ et moins. Vendu au prix de 99,95 $, contre 290 $ pour Boomerang et 450 $ pour Boomerang 2, Xpress, permet de bénéficier d’une ristourne sur la prime. C’est le cas chez ING, puisque l’assureur a signé un accord avec le fabricant donnant aux assurés le droit à 30% de rabais, toujours sur le chapitre B3 de la prime. Boomerang compte quelque 150 000 clients.

Ceci dit, avant de guérir, on peut toujours prévenir. Les systèmes de repérage s’avèrent efficaces lorsque le méfait est déjà commis. Mais il existe d’autres méthodes qui veillent à prévenir les vols. À ce titre, on trouve le marquage, aussi appelé burinage ou les antidémarreurs installés de manière personnalisée. Et l’idée de combiner prévention et répression commence à faire son chemin.

Combiner les systèmes

Le marquage continue de faire des adeptes, constate Pierre-Paul Jodoin, président de Sherlock. La compagnie qui a marqué plus de 400 000 véhicules estime que pour déjouer le vol d’autos, il est impératif de commencer par la prévention. « Dans la lutte au crime il y a la prévention et la répression. Nous, on fait de la prévention, et je pense que c’est la méthode qui rapporte le plus à long terme, même si on ne peut pas toujours mettre de chiffres dessus. Les assureurs nous disent qu’il y a une grosse réduction pour les véhicules marqués. Il y aurait jusqu’à 50 % moins de vols avec les véhicules marqués », commente-t-il.

D’ailleurs, dans son rapport annuel dévoilé en février dernier, l’assureur La Capitale assurances générales annonçait que les systèmes de repérage et de burinage ont permis, pour une deuxième année consécutive de diminuer la fréquence des vols automobiles, stabilisant ainsi les débours à 24 millions$ (M$). Ce programme antivol mis en place en 2003 a en outre coûté quelque 6,7 M$ à l’assureur en rabais et remboursement de tout genre. Mais il a aussi engendré une baisse de la fréquence des vols de 22 %.

« Je ne pourrais pas donner de chiffres comme tels, mais ça a effectivement engendré des baisses substantielles de réclamations. Et c’est pour ça que l’on donne des rabais de primes à nos assurés qui adoptent ces systèmes », dévoile Michel Murphy d’Aviva. Un constat que fait aussi Luc Boissière de Promutuel.

Et l’amélioration de l’expérience est perceptible chez d’autres assureurs, en l’occurrence à la Fédération et La Missisquoi. C’est notamment pour cette raison que l’assureur compte offrir un remboursement partiel à l’installation d’un système de marquage de pièces ou de repérage, en plus du rabais déjà en vigueur.

M. Jodoin considère que les différents outils de prévention ou de répression peuvent être combinés pour une plus grande efficacité. Vu que les voitures neuves possèdent un antidémarreur, les conducteurs peuvent se prémunir contre le vol en faisant marquer les pièces de leur véhicule. Si une inquiétude persiste, ils peuvent ajouter un système d’alarme. Et pour finir, s’ils souhaitent disposer d’un moyen de répression, il reste les systèmes de repérage. « Un système de repérage tout seul ne servirait à rien car vous auriez escamoté tous les systèmes de prévention », croit-il.

Arrivée dans la course en 2003, la compagnie Automod qui commercialise le système de burinage Autoluck a obtenu l’aval de 90 % des assureurs québécois. Gérald Fortin, représentant au sein de la compagnie, est aussi d’avis que plusieurs systèmes sont complémentaires. Le principe de marquage d’Automod consiste à buriner les six derniers chiffres du numéro de série sur 45 pièces du véhicule dont sont cinq cachées. La compagnie qui a marqué jusqu’à présent 2000 unités, espère pouvoir doubler ce chiffre cette année. Pour Gérald Fortin, le fait que les réseaux de vol évoluent va pousser les gens à cumuler plusieurs systèmes.

En attendant, Automod veut faire sentir la présence du sien. La compagnie a récemment mis au point un témoin lumineux de couleur bleue qui souligne au voleur potentiel que la voiture a été marquée. Ce prototype sera commercialisé dans le courant du mois de mars, précise M. Fortin.

La compagnie Vi-Max co – une filiale de VitroPlus – a très vite compris que les besoins en matière de protection de véhicules allaient changer sous peu. Fondée en avril 2005, Vi-Max co a créé un partenariat avec trois entreprises afin de lutter contre le vol à tous les niveaux. « Nous constituons une alternative supérieure en matière de protection contre le vol. Nous pouvons palier l’ensemble des méfaits commis en une seule solution », explique André Jetté, directeur prévention vol auto et formation.

Grâce à son partenariat avec Autostart (qui fabrique des antidémarreurs), Centrale Vin-lock (qui se spécialise en burinage) et avec Vigil GPS (systèmes de repérage par satellite), Vi-Max co entend démontrer aux assureurs qu’ils ont tout intérêt à protéger au mieux leur parc automobiles et que ce triple produit les y aidera. Ceci dit, Vi-Max co n’a signé aucune entente d’exclusivité avec qui que ce soit et se réserve le droit d’offrir des produits d’autres compagnies, dépendamment des besoins de l’assureur, souligne M. Jetté. D’ici fin 2006, cinq ou six assureurs devraient figurer au nombre des clients de Vi-Max co, avance André Jetté.

Une aubaine pour les conseillers

Mais aider les assurés à mieux protéger leurs biens, et dans ce cas-ci leurs automobiles, est payant aussi pour les courtiers. En plus d’apporter une valeur ajoutée à ses clients, un courtier qui aura moins de réclamations aura un pouvoir de négociation accru, soutient Freddy Marcantonio, de Boomerang.

«Le courtier gère mieux le ratio de pertes. Il gagne en pouvoir de négociation avec l’assureur s’il protège mieux sa flotte et s’il a un faible ratio de pertes », indique-t-il.

Accrédité par la Chambre de l’assurance de dommages, Vi-Max donne des conférences portant sur le vol de véhicules, sur les voleurs et sur les produits de protection disponibles sur le marché. Ainsi dans le cadre de ses formations, André Jetté et ses collègues s’assurent de faire un tour exhaustif des systèmes offerts. « Quand les gens ont une bonne compréhension du produit ça leur permet de donner des conseils éclairés aux assurés. Ce qui les aide à mieux se protéger », constate M. Jetté.

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