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Les assurés prêts à faire payer plus aux collègues avec de mauvaises habitudes de vie

par Alain Thériault | 19 mars 2006 13h32

Les participants de régimes collectifs se radicalisent face aux mauvaises habitudes de vie en milieu de travail. En effet, une majorité de répondants se disent d’accord pour que leurs collègues qui montrent de mauvaises habitudes de vie paient plus cher pour leur assurance collective.Voilà l’une des conclusions révélées par la huitième édition annuelle du Sondage sanofi-aventis sur les soins de santé au Canada. Sanofi-aventis a réalisé son sondage en 2005 auprès de 1 500 Canadiens participant à un régime collectif de soins de santé financé par l’employeur. Le Québec représente le quart de cet échantillon. La marge d’erreur du sondage est de plus ou moins 2,5%, 19 fois sur 20. Le géant pharmaceutique dont le siège social canadien se trouve à Laval a présenté ce sondage en novembre dernier lors d’un colloque d’assurance collective organisé par le Regroupement des consultants en avantages sociaux du Québec (RCASQ).

Dans ce sondage, ce sont 54% des répondants qui se montrent favorables à l’idée que les employés qui fument, ne font pas d’exercice ou souffrent d’obésité déboursent plus que les autres au sein de leur régime collectif de soins de santé.

Ils sont aussi d’avis que « les participants devraient payer moins s’ils ne fument pas, ont un mode de vie sain, prennent des médicaments en respectant les recommandations du médecin et font régulièrement de l’exercice ».

En fait, 70% des participants au sondage de sanofi-aventis croient que les personnes qui ne fument pas devraient payer une prime moins élevée pour leur régime collectif de soins de santé. Ceux qui ont un mode de vie sain devraient aussi payer moins, estiment 60% des répondants au sondage de sanofi-aventis. Ensuite, 58% d’entre eux préconisent le même biais en faveur des assurés qui respectent les directives du médecin en prenant un médicament pour soigner l’hypertension ou le cholestérol.

Enfin, 46% des répondants accorderaient volontiers une baisse de prime à ceux qui ne sont pas obèses.

Lors du dévoilement du sondage, le chef des relations avec les gouvernements et les intervenants clés pour le Québec chez sanofi-aventis, Patrick Bergeron, a rappelé la croissance de certains malaises de société au pays, dont l’obésité.

M. Bergeron a d’ailleurs tiré un fait éloquent publié à ce sujet par l’Institut canadien d’information sur la santé en 2004 : « Le surpoids et l’obésité touchent près de la moitié des adultes et environ 35% des enfants au Canada ».

Président du RCASQ, Jean Fiola comprend l’exaspération palpable dans ce sondage quant aux coûts grimpants des soins de santé. Mais cela montre aussi la confusion qui règne en ce domaine. Les répondants à ce sondage, croit-il, donnent l’impression de confondre assurance collective et assurance individuelle.

Le prix de l’assurance individuelle s’établit selon le risque que représente un assuré en particulier. En assurance collective, par contre, tous les assurés paient le même prix pour chaque composante du programme offert par l’employeur. Par exemple, l’assurance vie sera offerte au même taux pour chaque employé, peu importe son état de santé, son âge ou son sexe. De même pour l’assurance invalidité ou l’assurance maladie.

M. Fiola désapprouve pour sa part tout virage qui aurait pour effet de créer des ingérences dans la vie des gens. « Celui qui fume et n’est pas malade, doit-il être pénalisé? Celui qui a un excédent de poids, faut-il l’obliger à faire de l’exercice? »

Selon René Hamel, premier vice-président en assurance collective chez SSQ Vie, on assiste en fait à une tendance partout au Canada : « l’individualisation à la carte de l’assurance collective ». Ce sondage n’en est qu’une manifestation parmi d’autres, croit-il.

M. Hamel s’oppose à cette tendance qui, dit-il, va à l’encontre des principes fondamentaux de l’assurance collective. « L’assurance collective ne peut exister que s’il y a un groupe prêt à partager un risque collectivement; l’employeur et ses employés, par exemple. »

Plus on individualise l’assurance collective, plus on fait de la ségrégation, ajoute-t-il, et moins de gens auront accès à l’assurance dont ils ont besoin.

Utilisateur payeur

Au regard d’autres données, les assurés de régimes collectifs sont eux aussi prêts à prendre davantage de responsabilités.

Parmi les participants au sondage, « 73% ressentent l’obligation d’aider leur employeur à contenir les coûts, 72% indiquent que, de manière générale, ils prennent en considération le coût d’un produit ou d’un service avant d’y avoir recours », a révélé M. Bergeron.

Quant aux moyens à prendre pour aider leur employeur à contenir les coûts, 45% des répondants au sondage accepteraient de payer plus pour la portion « soins de santé » du régime.

De plus, le tiers de ces répondants se disent prêts à payer une proportion accrue de chaque soin qu’ils utilisent, ce qui revient à augmenter leur part de la coassurance.

René Hamel, de SSQ Vie, conseille pour sa part de modifier la franchise plutôt que la coassurance. « Cela fait 25 ans que la franchise stagne à 25$ dans les régimes d’assurance collective. Elle devrait être fixée à 250$ », s’exclame M. Hamel.

Pour Jean Fiola, 45% d’assurés prêts à payer plus, cela lui semble beaucoup. « C’est une proportion qui excède largement ce que je constate quotidiennement dans ma pratique. Lorsque j’annonce à l’employeur une hausse des primes d’assurance collective de 15 à 20%, les employés ne sont pas si contents de payer plus! »

Pour absorber une hausse, M. Fiola suggère plutôt une participation accrue de l’employeur, par exemple, en passant de 50% à 75% dans le partage des coûts avec les employés. « Pour l’employeur, la prime payée en assurance collective est une dépense déductible de l’impôt. Ce n’est pas le cas pour l’employé qui, lui, paie avec de l’argent après impôt. »

Dans une large proportion, les répondants au sondage se montrent également altruistes lorsqu’il s’agit de financer certains pans du réseau de santé canadien.

« Par ailleurs, les répondants sont prêts à payer des frais minimes pour une visite en salle d’urgence, une consultation médicale ou une journée d’hospitalisation dans la mesure où l’argent recueilli servirait à financer des services comme les soins à domicile, les soins communautaires, les soins en maison de repos, les médicaments coûteux, les services de consultation en santé mentale ou les soins palliatifs », indique le sondage.

Parmi les répondants, 71% sont tout à fait ou plutôt favorables à cette idée, contre 19% qui y sont défavorables. L’autre 10% se dit « plutôt en désaccord ».

À savoir qui devrait absorber le coût des médicaments les plus onéreux, 66% des répondants désignent l’État. Ceux-ci croient en effet que le gouvernement devrait assumer les coûts d’un médicament qui représente une dépense annuelle de 5 000$ pour un individu.

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