La hausse des dépenses en médicaments prescrits ne connaît pas de relâchement au Québec, et elle touche même davantage les assureurs privés que le Régime public d’assurance médicaments (RPAM).

Pour l’année financière 2024-2025 seulement, les compagnies d’assurance ont payé 4,7 milliards de dollars (G$) en médication dans la province. Et depuis cinq ans, la croissance annuelle de ces coûts dépasse généralement celle du régime public, montre une analyse effectuée par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS).

Au total, l’organisme gouvernemental estime que 11,1 G$ ont été dépensés dans la province en médicaments prescrits en 2024-2025. Le RPAM a déboursé exactement la même somme que les assureurs privés pour ses 3,9 millions d’assurés, soit 4,7 G$. Le reste représente les dépenses en médicaments des établissements de santé et de services sociaux.

Les dépenses du RPAM et des assureurs privés excluent les honoraires professionnels. La facture finale est donc plus lourde que 11,1 G$, mais l’INESSS n’avance pas d’estimations pour le volet de la rémunération en pharmacie.

Les chiffres utilisés par l’INESSS proviennent des bases de données IQVIA Canadian Drugstore & Hospital Purchases pour les établissements et IQVIA Pharmastat pour le RPAM et les assureurs privés. Le taux de capture des réclamations acceptées par le RPAM est de 100%, mais celui des transactions pour les assureurs privés se situe autour de 78%.

Faits saillants de l’année 2024-2025

Dans son bulletin de veille stratégique intitulé Coûts des médicaments – Suivi des tendances des dépenses en médicaments au Québec de 2020 à 2025 paru en janvier 2026, l’INESSS trace le portrait suivant de la dernière année financière (1er avril 2024 au 30 mars 2025) :

  • Les dépenses en médicaments pour 2024-2025 sont évaluées à 11,1 G$ et se décomposent comme suit : 4,7 G$ pour les assureurs privés, 1,7 G$ pour les établissements et 4,7 G$ pour le RPAM.
  • En comparant ces chiffres à ceux de l’année financière précédente, cela représente une augmentation de 7,2% pour les assureurs privés, de 9,2 % pour les établissements et de 8,2% pour le régime public.
  • Comme pour les cinq années précédentes, la classe regroupant les antinéoplasiques, destinés à traiter les cancers, et les agents immunomodulants, utilisés pour le système immunitaire, est celle qui contribue le plus aux dépenses en médicaments pour les établissements (72,9%), le RPAM (23,6%) et les assureurs privés (23,6%).
  • Les ristournes provenant d’ententes d’inscription sur les listes des médicaments versées au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) se chiffrent à 703 millions de dollars (M$) pour les établissements et à 1,3 G$ pour le RPAM, ce qui représente respectivement 41,9% et 27,4% des dépenses en médicaments au cours de la dernière année.

Évolution des dépenses depuis cinq ans

Les assureurs privés font face à une augmentation soutenue du coût des médicaments. Cette progression serait même supérieure à celle du régime public, comme le montre le tableau suivant.

Les chiffres de l’INESSS permettent de constater que les assureurs privés déboursaient 500 M$ de moins que le régime public en 2020-2021, et 600 M$ en moins en 2021-2022. L’écart entre les deux payeurs s’est rétréci à 300 millions en 2022-2023. Puis, les compagnies d’assurance ont fait un bond important et rattrapé le RPAM en 2023-2024. Les deux régimes ont encore payé le même montant en 2024-2025. 

Ces chiffres montrent aussi que depuis 2021-2022, les coûts en médicaments pour les assureurs privés grimpent chaque année de 300 M$ à 400 M$.

Le taux de croissance annualisé des dépenses en médicaments chez les assureurs privés n’a jamais été inférieur à 7% ces dernières années, comme le montrent ces autres données.

« En comparaison, l’indice des prix à la consommation (IPC) pour le Québec a augmenté de 2,2% au cours de la dernière année », écrit l’INESSS dans le document.

Répartition des dépenses chez les assureurs privés

Toujours selon les données de l'INESSS, voici la répartition du pourcentage des dépenses en médicaments selon les classes anatomiques, thérapeutiques et chimiques (ATC) chez les assureurs privés pour l’année financière 2024-2025 :

  • Antinéoplasiques et agents immunomodulants : 23,6 %
  • Système nerveux : 20,6 %
  • Système digestif et métabolisme : 15,6 %
  • Autres : 15,3 %
  • Système respiratoire : 8,7 %
  • Système cardiovasculaire : 6,9 %
  • Anti-infectieux : 4,7 %
  • Système génito-urinaire et hormones sexuelles : 4,7 %

 Ces pourcentages sont sensiblement les mêmes au niveau du régime public. L’INESSS observe toutefois que « la classe Système nerveux représente une part plus importante des dépenses chez les assureurs privés ». En effet, les dépenses remboursées dans ce domaine par les assureurs privés ont représenté 20,6% de tous les médicaments qu’ils ont payé l’an dernier. En comparaison, elles étaient de 13,1% dans le RPAM, ce qui représente une différence de 7,5%.

Les dépenses en médicaments pour le système nerveux ont d’ailleurs augmenté continuellement au courant des cinq dernières années. Elles se retrouvent aujourd’hui aux portes du milliard de dollars annuel pour ce seul volet :

  • 2020-2021 : 725 M$ 
  • 2021-2022 : 765 M$ 
  • 2022-2023 : 819 M$ 
  • 2023-2024 : 940 M$ 
  • 2024-2025 : 971 M$