MENU

Les courtiers inquiets de l’influence d’Intact sur leurs affaires

par Hubert Roy | 04 juin 2011 17h34

La vente d’AXA Canada à Intact Corporation financière inquiète les courtiers d’assurance du Québec. La fusion des deux leaders du courtage québécois fait en sorte qu’ils se demandent comment équilibrer leur portefeuille pour protéger l’offre qu’ils font aux consommateurs.Claude Brosseau, président d’Assurancia Groupe Brosseau et ancien président du Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (RCCAQ) est l’un de ceux qui se questionnent. En entrevue au Journal de l’assurance, il s’est dit foudroyé par la nouvelle de la transaction. 40?% de son volume était placé chez AXA. La transaction fait en sorte que 70?% de son volume sera placé chez Intact. S’il conserve son volume chez Intact, il devra divulguer le fait que plus de 60?% de son volume est placé chez cet assureur.

Il ne cache pas qu’une importante réflexion l’attend au cours des prochaines semaines. «?J’avais décidé de ne garder que trois assureurs il y a quelques années, l’autre étant L’Union Canadienne. J’avais libéré tous les autres, dont Aviva Canada et La Missisquoi. J’avais formé mon personnel pour ces trois assureurs, que ce soit pour l’informatique, les produits et les systèmes. Je dois maintenant dire à mes employés qui aimaient travailler avec AXA qu’ils vont devoir apprendre à travailler avec Intact ou avec un autre assureur?», dit-il.

M. Brosseau ne sera pas le seul dans cette situation. Stephan Bernatchez, président du RCCAQ, a parlé à plusieurs courtiers depuis l’annonce. Il dit qu’il y a beaucoup d’appréhension face à la transaction. Les courtiers se questionnent sur l’offre qu’ils vont pouvoir faire au consommateur, a-t-il révélé au Journal de l’assurance.

Le président du RCCAQ craint particulièrement l’impact sur les petits cabinets, qui ont moins d’assureurs dans leurs livres. Il souligne qu’un certain nombre d’entre eux n’avaient qu’Intact et AXA à proposer à leurs clients. La transaction fait ainsi en sorte qu’ils doivent revoir leur positionnement en tant que courtiers.

Perte de leadership

Autre crainte du président du RCCAQ?: la perte de leadership et de compétitivité dans le marché québécois. «?Ce sont nos deux leaders au Québec qui ont fusionné. Pas seulement en termes de volume, mais aussi en matière d’innovation et de présence. Ça va demander encore plus d’ingéniosité, de flexibilité et d’entrepreneurship de la part de nos membres?», dit-il.

M. Bernatchez est aussi président du cabinet Deslauriers et associés. Il ne cache pas que la transaction a un impact sur son cabinet.
«?La transaction positionne Intact d’une façon importante dans nos livres. On envisage donc toutes les possibilités. Est-ce qu’on conserve notre volume chez Intact ou est-ce qu’on regarde d’autres options? On est en réflexion présentement et on ne prendra pas de décision tout de suite. Nous avons toujours eu une philosophie de dire que nous ne concentrions pas de volume chez un assureur. AXA était le plus gros assureur chez nous. Il n’avait toutefois pas plus de 20?% de notre volume?», dit-il.

Jean-Pierre Lasalle, PDG du Groupe Jetté, est dans une situation semblable. Il s’est toujours fait une fierté de ne pas avoir à divulguer ces liens d’affaires avec un assureur. Lorsque la transaction se conclura, il sera peut-être obligé de le faire.

«?Pour un cabinet de courtage, un assureur de moins c’est une perte. AXA était notre plus gros partenaire. Avant qu’AXA achète Boréal, nous tentions toujours d’avoir quatre ou cinq assureurs ayant chacun une part égale dans nos livres. Avec la concentration du marché, c’est devenu impossible. AXA avait maintenant un volume de 12 M$ chez nous. Avec la transaction, Intact aura un volume de 20 M$ dans notre portefeuille. On regarde donc le tout pour voir s’il y a des ajustements à faire de ce côté. C’est la nouvelle réalité du marché et je m’attends à ce qu’il y ait d’autres transactions de ce type?», a-t-il dit en entrevue au Journal de l’assurance.

Valeur des cabinets à la baisse

Contacté par le Journal de l’assurance, Robert Beauchamp, président d’Invessa Assurances et services financiers et ancien président de la Fédération des courtiers d’assurance indépendants du Québec (FCAIQ), se dit déçu de cette annonce pour le courtage d’assurance québécois. Il dit craindre que la transaction fasse baisser la valeur des cabinets de courtage du Québec.

«?Le prix était influencé par ce qu’offraient les assureurs. AXA et Intact étaient les deux assureurs qui cherchaient à établir des ancrages au Québec. AXA était rendu loin dans sa consolidation au Québec. On n’a plus ce combat-là. Par ailleurs, l’indépendance du courtage, est-ce que ça existe encore? Pour certains cabinets, la question va se poser. Toutefois, ont-ils d’autres options??», se demande-t-il.

Pierre Boisvert, président de la bannière AssurExperts, dit que cette transaction est une mauvaise nouvelle pour les courtiers, puisqu’ils perdent un marché. Toutefois, il dit que c’est une excellente nouvelle pour une bannière comme la sienne.

«?Beaucoup de cabinets n’ont que deux assureurs dans leur offre, et bien souvent, ces deux assureurs sont Intact et AXA. Ils tomberont à un seul, ce qui fait qu’ils ne seront plus courtiers. Notre rôle de bannière sera ainsi beaucoup plus apprécié et beaucoup de cabinets vont reconnaitre l’utilité de nos services?», a-t-il dit au Journal de l’assurance.

AXA est actionnaire à 20?% d’AssurExperts. Quel est l’impact sur la bannière? M. Boisvert dit que la transaction ne change rien pour son entreprise. «?AXA n’a jamais siégé au conseil d’administration, alors que ce soit Intact ou un autre, ça ne change rien?», dit-il.

Relation de longue date

Claude Brosseau rappelle toutefois que plusieurs cabinets avaient une relation de longue date avec AXA. C’est le cas de son cabinet.
«?AXA était mon financier depuis 13 ans. Il y avait des valeurs humaines chez eux que j’appréciais beaucoup. AXA ne m’a jamais dit quoi faire. Pour moi, AXA était un coach et un mentor. Intact était un peu plus loin de ça. C’est un assureur plus traditionnel et plus financier, ce qui est correct aussi, mais ce n’est pas la même école de pensée?», dit-il.

M. Brosseau croit que cette transaction amènera une consolidation supplémentaire des cabinets de courtage au Québec. «?Dans chaque région, il y avait un cabinet plus proche d’AXA et un autre plus près d’Intact. C’est le cas dans ma région à Saint-Jean-sur-Richelieu. On sera donc deux Intact maintenant. On assistera alorsà une consolidation. Néanmoins, pour les jeunes courtiers dynamiques, c’est une belle occasion d’affaires qui se présente. Il faudra être patient pour en voir les effets?», dit-il.

Diane Joly, présidente du Groupe DPJL, un cabinet de courtage qui se concentrait auprès d’AXA, avait aussi une relation de longue date avec l’assureur. L’histoire se répète même dans son cas, car ce cabinet concentrait auparavant son volume avec La Laurentienne et Boréal, deux assureurs achetés par AXA.

Bien que surprise de la transaction, elle se dit au moins satisfaite qu’AXA ait été vendue à un assureur majeur. «?Ça nous permettra de mieux combattre les Desjardins et autres. Plus que jamais, c’est le service à la clientèle qui va faire la différence. C’est tout de même dommage pour les courtiers de perdre un marché?», dit-elle.

Publicité