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Les génériques prennent du terrain sur les médicaments uniques

par Vicky Poitras | 25 juin 2009 17h40

Depuis cinq ans, les médicaments uniques perdent du terrain au profit des médicaments génériques et des produits originaux ou innovateurs.Telle est la constatation de Christine Than, de Telus Solutions en santé, qui a dressé le portrait de la consommation de médicaments dans les régimes d'assurance collective des assureurs qui utilisent les services de Telus.

Elle observe que chez les clients de Telus au Québec depuis cinq ans, les médicaments uniques, c'est-à-dire ceux pour lesquels ils n'existent aucun produit générique, perdent du terrain au profit des médicaments génériques et des produits originaux ou innovateurs.

Alors que les médicaments uniques représentaient 57 % des prescriptions en 2004, cette proportion avait chuté à 49 % en 2008. Les produits génériques ont récupéré cette part de marché, car durant la même période, ils sont passés de 31 % à 39  % du marché des médicaments prescrits au Québec. Les médicaments originaux, pour lesquels il existe un équivalent générique, sont restés stables et représentaient 12 % des prescriptions en 2004 comme en 2008.

Comme ils sont plus chers, les médicaments uniques représentaient toujours 71 % de la facture de tous les médicaments remboursés par les assureurs du groupe Telus en 2008, comparativement à 78 % en 2004. Encore une fois, les produits génériques ont gagné en popularité en 2008, à 18 %, comparativement à 14 % en 2004. Les médicaments originaux, qui comptaient pour 8 % de la facture en 2004, ont perdu du terrain les années suivantes, avant de remonter à 11 % en 2008.

Le coût unitaire des médicaments uniques a grimpé à 1,70 $ en 2008, une hausse de 13 % en deux ans et de près de 31 % depuis 2004. Le coût unitaire des médicaments originaux a lui aussi grimpé de manière substantielle, passant de 0,55 $ en 2004 à 0,93 $ en 2008, soit une hausse de 69 % en cinq ans. Christine Than explique la différence par le fait que plusieurs excellents vendeurs ont perdu leur exclusivité durant cette période. Le coût unitaire des médicaments génériques est demeuré plus stable et n'a grimpé que de 24 % en cinq ans, atteignant 0,46 $ en 2008.

Moins de génériques au Québec

Le Québec consomme moins de médicaments génériques que les autres régions du Canada, selon les données fournies par Telus. Pour tout le Canada, les génériques représentent 48 % de toutes les prescriptions, alors que cette proportion n'est que de 39 % au Québec.

Le gouvernement du Québec a instauré la mesure « bac 15 ans » qui fait en sorte de protéger l'inscription des médicaments originaux au registre des produits remboursables par les assureurs privés et publics, même s'il existe un générique moins cher.

Cette mesure a été prise pour protéger l'important bassin d'entreprises québécoises actives dans la conception de nouveaux médicaments. Christine Than a donné l'exemple du Prozac, pour lequel un générique est maintenant disponible à 60 % du coût de la molécule originale. Mais le Prozac fait toujours partie de la liste des médicaments remboursables dans le régime public d'assurance médicaments de la RAMQ. Cela a pour effet que la substitution vers les médicaments génériques se passe moins vite au Québec que dans le reste du Canada.

Au Québec, les médicaments visant le traitement de maintien des maladies chroniques (asthme, diabète, hypertension) représentaient 66,8 % du coût payé par les assureurs privés du groupe Telus. Cette proportion demeure relativement stable, même si les médicaments visant le traitement aigu de certaines infections ont perdu un peu de terrain depuis cinq ans. Ils ne représentent pas plus de 33,2 % des coûts en 2008, contre 35,5 % en 2004.

Le coût moyen admissible par prescription était de 50,52 $ en 2008 pour le médicament prescrit pour le traitement aigu, contre 43,44 $ pour celui destiné au traitement de maintien.

Telus observe aussi une légère différence dans les types de liste de médicaments en vigueur chez ses clients, au Québec comparativement aux pratiques en cours dans le reste du Canada. La liste de type « managed care », qui couvre les médicaments offrant le meilleur rapport coût/efficacité et est utilisée dans les régimes collectifs à paliers multiples, représentait 22 % de tous les certificats dans le reste du Canada en 2008, contre seulement 15 % au Québec.

La liste à ordonnance requise, qui inclut à la fois les médicaments prescrits et les produits en vente libre mais essentiels à la survie (par exemple, l'insuline), est plus populaire au Québec, avec 77 % de tous les certificats en vigueur en 2008, que dans le reste du Canada, où elle représente 70 % des certificats.

Christine Than a présenté la liste des 10 conditions de santé les plus coûteuses de tous les assurés du groupe Telus au Canada en 2008.

Pour tous les patients couverts par l'assurance, les médicaments visant le contrôle du cholestérol ont représenté 9,4 % des coûts admissibles en 2008, mais ce sont les produits destinés à la régulation de la tension artérielle qui sont les plus souvent prescrits, avec 11 % des prescriptions. La dépression arrive au troisième rang et représentent 6,8 % des prescriptions et la même proportion des coûts admissibles.

Si on cible les conditions de santé spécifiques aux enfants, les médicaments visant le traitement des infections (13,7 % des coûts admissibles), du déficit de l'attention ou de l'hyperactivité (12,7 %) et de l'asthme (12,3 %) représentent la plus large part de la facture remboursée par les assureurs du groupe Telus. Par contre, les médicaments du type Ritalin, qui visent les problèmes d'hyperactivité ne sont qu'au 5e rang en proportion des médicaments prescrits, à 6,4 %. Les autres conditions de santé qui requièrent le plus grand nombre de prescriptions chez les enfants sont les antibiotiques ou anti-infectieux (22,3 % des prescriptions), l'asthme (12,5 %), la contraception (12,2 %) et les problèmes dermatologiques (11,6 %).

Christine Than note que le diabète de type 2 est en progression importante chez les jeunes de moins de 12 ans, ce qui dénote de mauvaises habitudes de vie liées à la qualité de l'alimentation et au peu d'activité physique.

Classement des médicaments

Telus a aussi classé la liste des 10 médicaments les plus populaires au Québec en 2008 parmi sa clientèle, en incluant tous les types de paiement (direct ou différé). Ce sont les médicaments destinés au contrôle du cholestérol qui sont les plus coûteux et aussi les plus prescrits. Ces derniers occupent 4 des 10 premières places, le Lipitor occupant trois de celles-ci. Ses variantes de 10 mg (2e rang), 20 mg (1er rang) ou 40 mg (7e rang) sont ainsi prescrits à 68 885 personnes ayant réclamé un remboursement auprès des assureurs. Le Crestor, autre médicament du même type, arrive au 6e rang des produits les plus coûteux.

Les médicaments servant au contrôle de l'acidité de l'estomac ou des ulcères sont aussi très populaires au Québec. Le Nexium 40 mg arrive au 4e rang, suivi par le Pantoloc 40 mg. Le remboursement de ces deux médicaments a été réclamé par 53 694 personnes. Notons que le Pantoloc est le seul médicament de cette liste ayant perdu son brevet d'exclusivité en 2008 au profit des fabricants de produits génériques, ce qui l'a fait chuter dans le palmarès.

Le Norvasc, qui contrôle la tension artérielle, est aussi très populaire et il a été remboursé à 25 996 réclamants en 2008. Les deux variantes de ce médicament, 5 ou 10 mg, arrivent au 8e et 9e rang des médicaments les plus populaires.

Deux autres médicaments se distinguent. Le Remicade, qui combat la polyarthrite rhumatoïde, n'a été remboursé qu'à 604 réclamants en 2008, mais il arrive au 3e rang des médicaments en termes de coûts payés. De la même manière, le Rebif, qui combat la sclérose en plaques, arrive au 10e rang des médicaments les plus remboursés, même s'il n'a été réclamé que par 247 assurés.

L'insomnie sort de l'ombre

Les problèmes liés à l'insomnie sont de plus en plus fréquents. Cette condition de santé arrive maintenant au 20e rang des maladies les plus importantes du bloc d'affaires chez Telus (0,4 %). Selon l'étude récente produite par le professeur Charles Morin de l'Université Laval, 13 % de la population est affectée par l'insomnie.

La même étude évalue à 6,6 milliards $ par année les coûts directs et indirects liés au manque de sommeil, seulement au Québec.

L'étude montre que le traitement psychothérapeutique de l'insomnie coûte environ 500 $ et permet de corriger les habitudes liées aux problèmes d'insomnie. Mais bon nombre de patient préfèrent utiliser l'alcool, des produits naturels, des médicaments en vente libre ou prescrits comme aide au sommeil.

Les cliniciens hésitent encore à prescrire ces médicaments, car ils craignent la surconsommation ou la dépendance. Un nouveau médicament, l'Eplivanserin commercialisé par Sanofi Aventis, devrait arriver bientôt sur le marché et permettrait de contrer cette méfiance des médecins à prescrire des médicaments pour traiter l'insomnie. Le nouveau produit, qui est en cours d'évaluation aux États-Unis et au Canada, semble avoir peu d'effets secondaires. Il s'agit du premier médicament de la nouvelle classe de produits (Astar) visant à aider le sommeil.

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