Les demandes de remboursement de médicaments traditionnels ont augmenté de 0,1 % par rapport à 2018, et celles des médicaments de spécialité de 2,8 %. La tendance globale s’est établie à 1,0 % au terme de la même période de comparaison. Les demandes de remboursement de médicaments traditionnels compte pour 98 % de toutes les demandes, alors que celles des médicaments de spécialité en représente 2 %.

Le rapport révèle que la tendance de 2019 est attribuable aux médicaments de spécialité, lesquels ont constitué 33 % des dépenses globales, alors qu’elles en représentaient 32 % en 2018. Les médicaments traditionnels ont constitué 67 % des dépenses globales.

« Il est donc essentiel d'adopter une approche proactive afin de lutter contre l’augmentation rapide des dépenses en médicaments de spécialité et de relever les autres défis qui se profilent à l'horizon », dit le rapport.

Des tranches d’âge frappées

Dans son mot d’introduction, le président d’Express Scripts Canada, le Dr Dorian Lo, a révélé que les patients atteints de plusieurs maladies et qui prennent de nombreux médicaments doivent composer avec des coûts jusqu'à 16,2 fois plus élevés que ceux engagés par les autres patients, en moyenne.

Le rapport d’Express Scripts signale que les dépenses en médicaments de spécialité sont plus élevées chez les personnes âgées de 19 à 35 ans et de 36 à 65 ans. Ces tranches d’âges sont mises en évidence par l’impact sur elles « de maladies complexes et chroniques, comme la sclérose en plaques et la colite ulcéreuse, qui nécessitent des traitements à vie ».

Pour leur part, les personnes de 66 ans et plus recourront davantage à des traitements pour plusieurs maladies chroniques. Parmi les plus proéminentes figurent l'hypertension artérielle, le diabète et l'hypercholestérolémie. Ces maladies sont habituellement traitées au moyen de médicaments traditionnels, signale le rapport.

L’entreprise de services aux régimes collectifs, dont le paiement direct des réclamations de médicaments, constate que dans les 10 principales classes thérapeutiques, la tranche des patients âgés de 19 à 35 ans dépense davantage en médicaments de spécialité. Selon son rapport, la dépression se classe au premier rang des dépenses chez les personnes âgées de 19 à 35 ans, par rapport à tous les autres groupes d'âge. Le trouble déficitaire de l'attention est en tête des dépenses chez les enfants de 18 ans et moins, et les dépenses demeurent élevées dans cette classe thérapeutique chez les 19 à 35 ans.

« Même si la recherche pharmaceutique porte principalement sur le traitement du cancer, plus de 30 nouveaux médicaments indiqués pour traiter les maladies rares sont en voie de développement. Les maladies rares, également connues sous le nom de maladies orphelines, touchent environ un million de Canadiens dont près de la moitié sont des enfants. Les traitements pour ces maladies sont souvent extrêmement coûteux », rappelle le Dr Lo.

Inflammations en tête

Trois des principales classes thérapeutiques en 2019 en termes de dépenses ont mis en jeu des médicaments de spécialité, dont la plus importante : les maladies inflammatoires. Le rapport explique cette forte tendance par l'arrivée sur le marché de nouveaux médicaments biologiques, comme Skyrizi, et par l'approbation de nouvelles indications pour des médicaments existants, tels qu’Humira et Cimzia.

Le cancer arrive sixième et la sclérose en plaques neuvième. « Plus de 15 nouveaux médicaments sont arrivés sur le marché, et ce chiffre double lorsqu’on calcule le nombre d'indications qui ont été approuvées en 2019 pour des médicaments existants », dit le rapport. Il note en outre que Revlimid figure toujours en tête des dépenses en matière d'anticancéreux, et représente 14,3 % des dépenses globales dans cette classe thérapeutique. Pire : aucun générique n'est prévu avant 2023 pour ce médicament.

Bien que le cout par ordonnance des médicaments de spécialité ait fléchi de 0,1 %, leur utilisation s’est accrue de 2,9 %. Trois facteurs explique cette hausse : l’utilisation accrue de médicaments existants dont les indications ont été élargies (ce qui ouvre la voie à plus de patients); l’arrivée sur le marché d’anticancéreux oraux qui occasionne un transfert des coûts vers les régimes privés; et l’utilisation accrue de médicaments de spécialité pour traiter l’asthme. « Des médicaments plus chers pour traiter l'asthme sont désormais recommandés à titre de traitements de première intention. Ces traitements viennent remplacer les inhalateurs de secours moins coûteux et feront augmenter la tendance ».

Source d’ordonnances en médicaments traditionnels, le diabète occupe le deuxième rang du classement des plus importantes classes thérapeutiques. Cette classe thérapeutique a contribué à une hausse de 0,4 % du cout par ordonnance des médicaments traditionnels. Le rapport note une utilisation accrue de médicaments plus coûteux et de fournitures plus coûteuses pour traiter des maladies courantes, comme le diabète.

Éclaircie à l’horizon

Des signes encourageants pointent toutefois à l’horizon. Le rapport annonce qu’à compter du 1er juillet 2020, le Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés (CEPMB) supprimera les États-Unis et la Suisse de sa liste des pays comparateurs, ce qui devrait entraîner une baisse des prix. Il s’agit en effet des deux pays où les prix des médicaments brevetés sont les plus élevés.

De plus, Express Scripts signale que l'introduction de médicaments génériques et de médicaments biosimilaires pourrait atténuer la tendance haussière entrainée par les anticancéreux. Parmi eux, SprycelMD, Rituxan et Afinitor. Quatre biosimilaires ont été mis en marché au Canada en 2019, dont trois contre le cancer et un contre l’ostéoporose.

Dans la classe thérapeutique de la sclérose en plaques, Express Scripts prévoit que les coûts diminueront grâce à l'arrivée de génériques à des prix abordables. Son rapport explique que ces génériques pourraient remplacer le Gilenya, un médicament qui représente actuellement 18,5 % des dépenses en médicaments contre la sclérose en plaques. Il note aussi que l'arrivée à échéance des brevets de médicaments très utilisés pourrait abaisser les coûts liés à cette classe. Parmi eux, les brevets d’Aubagio et de Tecfidera prendront fin « au cours des prochaines années », a indiqué le rapport.

La règle du 80/20

Express Scripts profite du rapport pour exhorter les régimes privés d’assurance collective à gérer activement le risque. « Il est essentiel d'adopter des solutions novatrices pour contrôler les coûts des régimes, surtout quand certains médicaments peuvent coûter jusqu'à un million de dollars par traitement. L'arrivée sur le marché de médicaments de pointe dont le prix est astronomique, nous incite à innover dans la façon dont nous gérons les régimes d'assurance médicaments », rappelle le président d’Express Script Canada.

Les régimes pourront par exemple cibler les réclamants les plus couteux et voir comment ils peuvent alléger le fardeau. Le rapport démontre en effet que 20 % des demandeurs (réclamants) entrainent 80 % des dépenses des régimes privés.

Dans ce groupe de demandeurs, les coûts annuels moyens sont 16,2 fois plus élevés que ceux de l’autre groupe, démontre les recherches d’Express Scripts. Ces demandeurs souffrent chacun en moyenne de 5,9 maladies, ils prennent en moyenne 8,6 médicaments, dont 12 % sont des médicaments de spécialité.

Observance des traitements

Parmi les pistes de gestion serrée, celle de l’observance des traitements se démarque. Express Scripts dit avoir constaté dans son bloc d'affaires que les patients atteints d’hypertension artérielle, de diabète et de dépression présentaient un taux de non-observance élevé. Ces maladies chroniques sont les plus courantes, ajoute le rapport.

« Plus une personne prend de médicaments, plus elle est susceptible de ne pas observer au moins un de ses traitements », peut-on lire. Ainsi, 38 % des patients qui souffrent de dépression n’observent pas leur traitement. C’est aussi le cas de 33 % des patients qui prennent des médicaments contre l’hypertension artérielle et d’hypercholestérolémie. Le rapport précise que ces deux médicaments sont souvent prescrits ensemble.

De plus, l’entreprise de services aux régimes révèle que près de 70 % des Canadiens ne prennent pas leurs médicaments de la manière prescrite par leur médecin, et « près de 26 % des ordonnances ne sont jamais exécutées (auprès de la pharmacie) ». Express Scripts Canada dit s'attendre à ce que plus de 38 % des demandeurs n'observent plus leurs traitements, du début de l’année à juin 2020. « Si nous pouvons cibler les patients qui sont susceptibles de ne pas prendre leurs médicaments tels qu’ils sont prescrits, la bataille est déjà à moitié gagnée », déclarent les auteurs.

Gestion proactive

Ce sont les demandeurs qui font partie de la tranche des plus couteux (20 %) qui ont de la difficulté à composer avec la complexité du traitement de leurs maladies chroniques, observe le rapport.

Express Scripts croit que les régimes d'assurance médicaments qui font l'objet d'une gestion proactive se donnent les meilleures chances de limiter les coûts. Dans les meilleures pratiques qu’elle observe dans les régimes, l’entreprise observent que les plus proactifs aident les patients à prendre en charge leurs nombreuses maladies chroniques. Ils prévoient une coordination des soins offerts par les médecins et les autres professionnels de la santé, et aident les patients à gérer leurs nombreux médicaments.

Au moment de publier cet article, le rapport sur les tendances de 2019 de Telus Santé et Solutions de Paiements n’était pas encore disponible. Il devait être publié au courant du mois de juin 2020. Le Portail de lassurance en fera le suivi dans une publication ultérieure.