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Les participants à des régimes risquent leur retraite par manque de prévoyance

par Vicky Poitras | 16 avril 2006 18h50

Les participants des régimes de retraite collectifs à cotisations déterminées risquent leur avenir financier en ne planifiant pas suffisamment leurs stratégies de placement. Une cohorte grandissante d’assureurs entendent renverser la vapeur en offrant à leurs participants des outils personnalisés de planification.Directeur principal du développement des produits et du marketing pour Desjardins Sécurité financière (DSF), Éric Filion affirme que la plupart des gens tendent à négliger la planification de leur retraite parce qu’ils trouvent cela «trop compliqué, trop loin dans le temps… et parce que cela prend trop de temps».

Un récent sondage de DSF sur la retraite indique d’ailleurs que les Canadiens mettent plus d’efforts sur la planification de leurs vacances annuelles que sur leurs «vacances permanentes».

La plupart des gens préfèrent passer du temps à consulter des brochures touristiques et à s’occuper des préparatifs d’un voyage plutôt qu’à lire des sujets financiers et demeurer au fait de leur planification financière, suggéraient les résultats du sondage de DSF.

Ce sondage effectué auprès de 1 500 Canadiens a aussi montré que même si six travailleurs canadiens sur dix âgés de 40 ans et plus ont un plan de retraite, seulement la moitié d’entre eux le suivent.

Les participants à des régimes de retraites à cotisations déterminées (CD) n’échappent pas à cette règle. Ce qui peut avoir des conséquences néfastes sur leur avenir financier puisque la responsabilité des choix de placements dans un tel régime relève de chaque participant. Afin de contrer ce manque d’engagement des employés, DSF a récemment lancé L’inscription à la maison, un outil d’inscription multimédia clés en main pour les participants aux régimes.

Cet outil combine l’inscription au régime et un programme éducatif de planification de la retraite en cinq étapes.

Il représente «une incitation à agir» et vise à amener les participants des régimes à se concentrer sur ce qu’ils doivent faire pour atteindre leurs objectifs de retraite, dit M. Filion. D’autant plus important, dit-il, que le sondage de DSF révèle aussi qu’un retraité sur cinq épuise son épargne retraite plus rapidement que prévu. Du coup, il pourrait ainsi manquer d’argent.

L’assureur a aussi découvert dans son sondage que la moitié des gens compte sur eux-mêmes pour planifier leur retraite, mais manque de connaissances ou de la discipline nécessaire pour le faire adéquatement.

L’objectif du nouveau programme de DSF, qui est un complément à ses sessions éducatives sur place, est d’aider les participants des régimes à élaborer un plan de retraite et les sensibiliser aux étapes de placement nécessaires pour que leurs rêves puissent se réaliser, explique-t-il.

Lignes directrices

Outre l’initiative de Desjardins, bon nombre de solutions sont récemment apparues dans le marché. Certaines aident aussi les employeurs et leur comité de retraite à répondre aux Lignes directrices pour les régimes de capitalisation (RC) récemment établies par le Forum conjoint des autorités de réglementation du marché financier.

Ces lignes directrices visent à s’assurer que les participants des régimes de capitalisation ont l’information et l’aide nécessaires pour prendre des décisions d’investissement éclairées.

Parmi d’autres responsabilités, ces lignes directrices stipulent que les promoteurs de régimes (l’employeur et le comité de retraite) doivent maintenir une communication constante avec les participants. Ils doivent les informer des activités du comité et faire de même sur les investissements effectués au régime pour le compte des participants.

Les lignes directrices pour les régimes de capitalisation ont été émises il y a deux ans, mais les autorités de réglementation ont donné aux promoteurs de régimes jusqu’au 31 décembre 2005 pour s’y conformer.

Bien que les lignes directrices pour les régimes de capitalisation stipulent clairement que le promoteur du régime a la responsabilité ultime de communiquer les renseignements sur les placements, M. Filion pense que des fournisseurs de régimes comme Desjardins sont beaucoup mieux placés pour le faire. «Si une compagnie fabrique des chaussures, la planification de la retraite ne représente pas son activité principale. Laissons-la se concentrer sur la fabrication des chaussures et occupons-nous de guider la planification de la retraite.»

Parmi d’autres, la Financière Sun Life a récemment lancé un nouveau service appelé mon argent qui vise à encourager les participants des régimes à jouer un rôle plus actif dans la gestion de leurs placements. L’assureur a lancé Tracer la voie, un CD-ROM interactif pour les conseillers en régimes collectifs.

Ce disque comprend des outils pour aider les clients à se conformer aux lignes directrices des régimes de capitalisation ainsi qu’aux pratiques exemplaires que suggère l’industrie.

L’Industrielle Alliance Assurance et services financiers vient pour sa part de lancer un nouvel outil de planification de la retraite appelé Votre guide virtuel, un module d’apprentissage pour les participants des régimes de retraite collectifs. Ce nouvel outil a été conçu pour permettre aux participants des régimes d’évaluer leurs besoins à la retraite, d’établir des objectifs, de choisir les placements qui conviennent à leur profil d’investisseur et de s’inscrire au régime, le cas échéant.

Christopher Cartwright, directeur principal, marketing et développement de produits, épargne-retraite collective, à la Standard Life, a été impliqué dans un comité de l’industrie qui a contribué à élaborer les lignes directrices pour les régimes de capitalisation.

Dans les années 1980, les régimes collectifs à cotisations déterminées avaient des options de placement limitées où souvent un seul fonds était offert. Maintenant, ces régimes offrent des options de placement multiples pour les participants. Quoique cela puisse sembler un développement positif, pour de nombreux participants, cette abondance de choix n’a fait qu’augmenter leur «confusion et leur paralysie», explique-t-il.

«C’est une surcharge de renseignements», ajoute son collègue Anthony Cardone, vice-président directeur, épargne-retraite collective, également à la Standard Life. Pour composer avec cette situation, les promoteurs des régimes réexaminent ces choix de placements et demandent aux fournisseurs de régimes (qui sont principalement des assureurs) d’apporter des solutions. Ceci a fait éclore la nouvelle tendance dans l’industrie pour des fonds de placement qui s’adaptent aux différents cycles de vie de l’épargnant ou qui ciblent une date de retraite en particulier», souligne M. Cardone.

Il observe que les assureurs offrent de plus en plus de solutions de placement clés en main qui éliminent le besoin pour le participant du régime d’être activement impliqué dans la prise de décisions de placement pour sa retraite (Voir encadré ci-dessous).

Michael Campbell, vice-président marketing en retraite collective au Groupe Great-West (Great-West, London Life et Canada-Vie), ajoute que dans chaque groupe, on trouve des participants qui proviennent de tous les milieux. Certains n’ont aucun intérêt pour la planification de la retraite, d’autres si.

Pour joindre et susciter l’intérêt de tous, il est important de ne pas compter uniquement sur du matériel écrit, croit M. Campbell. Il faut livrer des messages éducatifs par divers moyens puisque différentes personnes apprécieront différentes méthodes de communication.

Michael Campbell croit aussi important de cibler les participants des régimes selon leur groupe d’âge. Une personne qui est encore loin de la retraite sera ennuyée par une séance d’information destinée à des employés plus âgés. «Il s’agit de cibler l’information offerte aux gens afin qu’elle soit significative pour eux à l’étape de vie où ils se trouvent», explique-t-il.

Il faut donner aux participants des outils simples afin qu’ils s’intéressent à la planification de leur retraite, estime pour sa part Lucie Lachance, directrice des services actuariels et du marketing, régimes de retraite, chez Industrielle Alliance. «À 25, 30 ans la retraite est une réalité peu concrète qui leur semble encore loin. Alors, il est clair que les participants y consacrent peu de temps. Ils sont davantage préoccupés pour aujourd’hui que pour l’avenir.»

Miser sur la simplicité

Présidente du cabinet en collectif GRMF Inc. et du comité des rentes du Regroupement des consultants en avantages sociaux du Québec, Michèle Frenette pense quant à elle que la simplicité est la seule façon de communiquer avec les participants des régimes.

«J’utilise des outils très simples», explique Mme Frenette en faisant référence à un profil d’investisseur et un éventail de choix de placements simples. Mais, par-dessus tout, la façon la plus efficace de convaincre quelqu’un de s’occuper de la planification de sa retraite est une rencontre en personne. «On doit s’assoir avec la personne et lui dire combien elle pourrait et devrait économiser.»

Elle ajoute que, pendant que l’industrie produit de plus en plus d’information éducative à l’intention des participants des régimes, le problème est que «les gens lisent peu et que l’on doit leur dire quoi faire!»

Pour ces raisons, elle considère l’émergence des fonds de cycle de vie comme une tendance positive. Les fonds composant le portefeuille sont rééquilibrés sans l’intervention des participants des régimes. C’est une bonne chose puisque le participant moyen néglige ses placements. Les gens ne se soucient guère de leurs placements. Ils ne sont pas à l’aise dans ce domaine ni avec les chiffres, ni sur les façons d’économiser et d’investir, dit-elle.

De son côté, Bill Sipes, directeur du marketing pour les activités canadiennes de retraite à la Financière Manuvie, dit que son Programme de retraite en étapes fait de la retraite un sujet «personnellement pertinent», en fournissant des illustrations à chaque participant du régime des montants investis et des revenus de retraite projetés selon ces investissements.

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