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Les pharmaciens réclament plus de transparence des assureurs

par Alain Thériault | 05 décembre 2017 07h00

Photo : Freepik

L’Association des pharmaciens propriétaires du Québec (AQPP) veut s’asseoir avec l’industrie de l’assurance pour comprendre ses problèmes, a dit son vice-président exécutif et directeur général, Jean Bourcier. Il leur demande aussi plus de transparence.

M. Bourcier a fait cette déclaration lors du Colloque assurance collective 2017, organisé par Segic, une firme ayant développé une plateforme infonuagique destinée à l’assurance collective et aux avantages sociaux. L’évènement a eu lieu le 27 septembre, à Montréal. Le Journal de l’assurance y a assisté.

Segic agit aussi comme tiers payeur. En assurance collective, un tiers payeur, aussi connu sous le nom de tiers administrateur ou de tiers payant, peut se charger de la facturation des primes, de la gestion des données sur les adhérents, du paiement des réclamations et du service à la clientèle. Il intervient ainsi au nom de l’assureur auprès du client en collectif.

M. Bourcier a profité de la tribune pour annoncer son intention de dépoussiérer l’entente qui lie les pharmaciens aux assureurs, ainsi qu’aux tiers payeurs. Celle-ci est d’ailleurs venue à échéance le 31 octobre. Elle vise à déterminer les termes et les conditions selon lesquels le pharmacien peut obtenir une validation en temps réel pour le compte d’un assuré, ainsi que le paiement de son médicament.

Rajeunir et rénover

« L’entente est vieille dans sa formulation. Elle date des années 2000. Elle doit être rajeunie et rénovée. Nous voulons la renégocier. En même temps, nous sommes conscients que des problématiques existent tant dans votre environnement que dans le nôtre. Nous désirons nous asseoir avec les tiers payeurs et les assureurs pour régler les différentes problématiques. Des choses sont en train de se faire », a dit M. Bourcier devant la centaine de personnes assistant au colloque de Segic.

Parallèlement à ces négociations, l’AQPP renégocie l’entente sur le modèle de rémunération de ses 2 081 pharmaciens propriétaires membres avec le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. « Le mode de rémunération des pharmaciens demeure inchangé depuis 1972, malgré l’évolution de leur rôle, ce qui crée une distorsion entre la valeur des actes posés et la rétribution. Ce modèle n’est plus adéquat. Le ministre l’a reconnu. En 1972, l’honoraire du pharmacien était plus élevé que le cout moyen du médicament. Ce n’est plus le cas en 2017 : plusieurs activités des pharmaciens ne sont plus rémunérées. Nous voulons un modèle qui rémunère globalement tous les services que nous dispensons, et non seulement au public. Si nous réussissons à négocier ce nouveau modèle, nous devrions pouvoir les présenter lors de nos discussions avec les assureurs et les tiers payeurs. »

Public n’égale pas privé

M. Bourcier rejette l’idée de comparer les tarifs des régimes privés avec ceux du régime public. « Depuis l’instauration du régime universel d’assurance médicaments en 1997, le tarif moyen pour l’exécution ou le renouvellement d’une ordonnance à la Régie de l’assurance maladie du Québec est passé de 6,77 $ à 8,85 $, soit une augmentation de 30,7 %. Or, depuis 20 ans, l’inflation a fait grimper les prix de 44,1 %. Le résultat est une diminution nette de 13,4 % du tarif réel au public. »

À savoir que les honoraires publics des pharmaciens invitent aux comparaisons, M. Bourcier ajoute que les tarifs plus élevés facturés au secteur privé s’expliquent par des facteurs qui n’apparaissent pas sur la facture détaillée. (NDLR : Depuis le 15 septembre et l’adoption du projet de loi 92, les pharmaciens du Québec doivent donner une facture détaillée à leurs clients, qui comprend leurs honoraires.)

Pour appuyer ses dires, M. Bourcier a donné en exemple le temps que consacre un pharmacien à la gestion administrative avec les assureurs. Les pharmaciens y consacrent plus de temps qu’avant, dit-il. Il rappelle que les actes posés par les pharmaciens dans le cadre du régime public sont toujours remboursés. Or, ce n’est pas le cas au privé. « Les vérifications ponctuelles sont plus fréquentes et diverses. De plus, il n’y a pas toujours de lien téléphonique direct avec l’assureur pour régler les réclamations qui posent problème », signale-t-il.

M. Bourcier ajoute que les pharmaciens consacrent du temps à répondre aux questions des patients en ce qui concerne leur couverture d’assurance collective. « Nous constatons que les patients ne sont pas beaucoup éduqués sur la teneur de leur régime. »

Il dit ainsi qu’il n’est pas rare de voir un pharmacien se faire enguirlander par un patient qui n’avait pas été avisé que son nouveau régime ne couvre pas le médicament qu’il prenait depuis un moment. « Donner de l’information supplémentaire au patient sur son régime prend un certain temps. Ce n’est pas vrai que l’on peut faire plus de travail dans le secteur privé, à un coup identique à celui du secteur public »,

Plus de transparence pour tous

Si l’AQPP veut comprendre les problèmes des assureurs, elle dit ne pas les voir. « Et on ne se les fait pas montrer ! Personne n’a d’information à ce sujet », soutient son directeur général. Il revient au rapport du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), commandé par l’AQPP et paru en septembre 2016. Une des conclusions du rapport est que le ratio des primes aux prestations augmente.

« Est-ce plus de rentabilité ou de dividendes versés ? Est-ce en raison d’une mauvaise gestion des primes ou parce que les frais d’administration augmentent ? Nous ne le savons pas. La redistribution de cela est assez opaque. Nous étions contents que quelqu’un le dise. Est-ce que les assureurs auraient intérêt à être plus transparents pour faire des démonstrations ? Je crois que oui. Si nous devons indiquer notre marge de profit brut, d’autres organisations devraient le faire », dit M. Bourcier.

Il mentionne aussi un sondage de la firme Léger. Mandaté par le CIRANO, Léger a sondé 1 000 preneurs de régimes. « Sept sur 10 ont dit traiter avec un intermédiaire et 43 % d’entre eux ne savent pas comment il est payé, rapporte M. Bourcier. Il y a aussi 33 % des répondants qui ne connaissent pas leur prime totale. Comme preneur de régime depuis 25 ans, je fais partie de ceux qui ne la connaissent pas. »

Opportunité pour les assureurs

M. Bourcier dit avoir été surpris du faible niveau de connaissances qu’ont employés et employeurs de leur régime. Il y voit pourtant une opportunité pour les assureurs de se distinguer en donnant de l’information accrue.

« Est-ce que les gens savent ce qu’ils achètent, et ont réponse à toutes leurs questions ? Assurer une meilleure compréhension et une meilleure reddition de comptes générerait peut-être des économies en fin de compte. »  

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