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Les pharmaciens veulent aider à réduire les coûts des soins de santé

FLASHFINANCE | PRIVILÈGE DE VOTRE NIVEAU PRO
par Caroline Phémius | 29 avril 2008 20h04

Campagnes publicitaires et semaine de sensibilisation, tout y est!

L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires met le paquet pour faire connaître ses intentions : faire partie des services remboursés dans les régimes d’assurance collective. Une mesure qui aurait pour effet de réduire les soins de santé, défend l’organisme.Pour Normand Cadieux, vice-président exécutif et directeur général de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), la réduction des coûts relatifs aux soins de santé passe par une implication active des pharmaciens. Les quelque 1600 membres – soit la totalité des pharmaciens propriétaires du Québec – sont à même de prendre en main une partie du problème si on leur en donne l’occasion, estime-t-il. Eux qui offrent déjà une gamme de services de base à leurs clients ont plus d’une corde à leur arc, défend M. Cadieux en entrevue dans les bureaux du Journal de l’assurance.

En plus de prodiguer des conseils sur la prise d’un médicament et des possibles interactions médicamenteuses, les pharmaciens proposent aussi des services de consultation plus poussés, affirme M. Cadieux. En l’occurrence, les clients qui le désirent peuvent y obtenir un plan de soins.

Ce plan consiste en une entrevue de départ avec le pharmacien, lequel effectue un tour complet du dossier pharmaceutique, fait des recherches et des analyses de façon à s’assurer que le traitement prescrit est suivi de manière optimale, explique M. Cadieux. Par exemple, si une personne prend plusieurs médicaments et qu’elle a tendance à en oublier, le pharmacien peut voir à ce que le médecin modifie son ordonnance pour qu’un cachet combinant plusieurs effets soit offert au client.

Les pharmaciens sont donc en mesure d’émettre une opinion pharmaceutique qu’ils soumettent au médecin lorsqu’ils estiment qu’un traitement n’est pas le plus approprié au regard du dossier et de l’état de santé du client, affirme M. Cadieux. Des suivis sont aussi offerts, le cas échéant. S’agit-il d’un nouveau service? Non, répond M. Cadieux. Il concède toutefois qu’il revient aux pharmaciens de le dire. « Les pharmaciens sont de mauvais vendeurs. Ils offrent une multitude de services que les gens ne connaissent pas! »

Chasse au gaspillage!

M. Cadieux va plus loin : ce rôle clé dans l’observance des traitements peut réduire le gaspillage qui se fait chaque année. Toutefois, pour aboutir à des résultats, il faudrait que pharmaciens et assureurs se parlent.

Ce que déplore d’abord et avant tout M. Cadieux, c’est le manque de communication entre ces deux milieux. Il regrette notamment que les pharmaciens soient plus souvent qu’à leur tour tenus responsables des coûts élevés des médicaments. Depuis les années 90, souligne-t-il, il n’est pas rare que les assureurs disent à leurs assurés de commander 90 jours de leur traitement d’un coup afin d’économiser sur les honoraires du pharmacien.

Une aberration, selon M. Cadieux! « Il faut savoir que le médicament représente 75 à 78  % du coût de l’ordonnance. Si le client jette un mois de traitement après deux ou trois jours et qu’il voit le médecin pour obtenir une autre ordonnance, le pharmacien percevra alors un autre honoraire. C’est complètement fou! Il y a un manque de compréhension », s’indigne-t-il.

Normand Cadieux croit que le concept de pharmacothérapie initiale est la solution pour éliminer l’inefficacité et le gaspillage.

La pharmacothérapie initiale consiste à donner une partie de son traitement au patient – pour voir s’il ne développe pas d’effets indésirables –, avant de lui en délivrer la totalité. Ainsi, au lieu de donner directement 30 jours de traitement à un patient, le pharmacien ne lui remettra que l’équivalent de cinq jours de médicaments. Par conséquent, si le malade est allergique à ce qui lui a été prescrit, la quantité de médicaments à jeter sera moindre que s’il avait reçu tout d’un coup.

Une telle initiative avait été mise sur pied de concert avec les assureurs il y a quelques années, mais elle a avorté, se souvient M. Cadieux, car les assureurs faisaient payer deux fois les honoraires des pharmaciens à leurs assurés dans la coassurance, si le traitement leur était donné en deux fois. Donc, plutôt que de payer des honoraires en double, les clients préféraient obtenir tout le traitement d’un coup, quitte à le jeter s’il ne leur convenait pas.

Une expérience en matière de pharmacothérapie initiale menée en Saskatchewan a révélé que pour chaque dollar investi, le retour sur l’investissement était de l’ordre de 2,58$.

Quelle est l’ampleur du gaspillage de médicaments, selon l’AQPP? M. Cadieux ne peut le préciser. Toutefois, en 2003, à la suite d’une campagne de sensibilisation sur l’importance de rapporter les médicaments non utilisés en pharmacie, l’AQPP a observé que les médicaments retournés correspondaient à 57  % des quantités originales délivrées. Les classes de médicaments les plus rapportés étaient les analgésiques et les anti-inflammatoires (18,8  %), les médicaments cardiovasculaires (14,5  %), ainsi qu’ex æquo, les antidépresseurs et les psychotropes, tels que les médicaments contre la schizophrénie et ceux pour aider le système digestif (10,0  % chacun). L’Association indique que la valeur moyenne des médicaments rapportés s’élevait à 18,30 $.

Et ces médicaments, une fois récupérés et traités, se retrouvent à l’incinérateur de Québec, mêlés à d’autres déchets domestiques. « Ce sont quelque 1500 tonnes de produits pharmaceutiques et cosmétiques qui sont incinérés chaque année », précise Benoît Delisle, directeur de la gestion des matières résiduelles, au Service des travaux publics de la Ville de Québec. Un chiffre qui est demeuré stable au cours des dernières années, indique M. Delisle.

L’AQPP s’appuie aussi sur une étude publiée par le Health Promotion Associates dans la Revue de la littérature scientifique sur la prévalence, les conséquences et les coûts en soins de santé de la non-fidélité au traitement et de l’emploi inapproprié des médicaments d’ordonnance au Canada pour montrer que les malades ne prennent pas leur traitement jusqu’au bout. « 50  % des utilisateurs de médicaments d’ordonnance ne sont pas fidèles à leur traitement; soit qu’ils ne prennent pas leurs médicaments ou ne fassent pas remplir l’ordonnance (33 %), soit qu’ils ne prennent pas leurs médicaments tel que prescrit (17 %). »

Une place en assurance collective

Il est évident qu’une mauvaise prise des médicaments a des conséquences néfastes à bien des points de vue, rappelle M. Cadieux. « Ça va se traduire par plus d’absentéisme, plus de visites chez le médecin ainsi qu’à l’hôpital », souligne-t-il.

En tout et pour tout, la non-observance d’un traitement coûte chaque année au pays entre 7 et 9 milliards de dollars, indique de nouveau l’étude du Health Promotion Associates. Même si ces données datent de plusieurs années, Normand Cadieux croit qu’aujourd’hui la situation ne s’est pas améliorée, au contraire.

M. Cadieux s’appuie aussi sur une étude menée en 2003 en Colombie-Britannique auprès de personnes asthmatiques pour soutenir l’importance du rôle du pharmacien dans un plan de traitement. Dans cette province, les patients qui ont bénéficié d’un service personnalisé de leur pharmacien ont sensiblement amélioré leur qualité de vie et réduit leur consommation de médicaments. Ils ont aussi connu moins de périodes d’absence du travail et ont moins souvent été hospitalisés.

L’expérience britanno-colombienne a montré qu’une personne souffrant d’asthme coûte mensuellement 351$ tous frais confondus, alors qu’un patient qui reçoit l’appui de son pharmacien n’en coûte plus que 150$.

Les services des pharmaciens que l’AQPP souhaiterait voir remboursés par les régimes collectifs ont un prix. L’AQPP a établi, par exemple, à 34,50$ la consultation privée auprès du pharmacien et à 18$ le suivi.

Il y a cependant une sorte de gêne au sein de la communauté des pharmaciens à facturer des services supplémentaires aux clients. Traditionnellement, dans l’esprit de la population, on ne paye pas pour recevoir des soins médicaux et les médicaments couverts ne coûtent presque rien. Voilà pourquoi aujourd’hui au Québec, des 42 % de pharmaciens qui offrent des services pharmaceutiques spécialisés, seuls 19 % les facturent.

Pourtant, croit Normand Cadieux, si l’assurance collective couvrait de tels services, les personnes malades y gagneraient, les assureurs aussi.

Pour le directeur général de l’AQPP, si les preneurs de régimes ont un budget dédié aux soins de massothérapie, les pharmaciens pourraient bien avoir leur place dans l’assurance collective. Il estime que les services d’un pharmacien seraient bien plus bénéfiques en matière de réduction de coûts de soins de santé que les services des massothérapeutes.

En dépit des campagnes publicitaires qui battent leur plein, le milieu de l’assurance est demeuré muet, indique Normand Cadieux. De son côté, il compte faire une approche auprès de l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personnes (ACCAP), voire même inviter des assureurs au prochain congrès de l’AQPP. L’entente entre ces deux mondes n’est pas des plus cordiales et M. Cadieux anticipe d’ores et déjà des difficultés à dialoguer. « Nous ne sommes pas pessimistes mais nous ne sommes pas confiants. Il y a une incompréhension, des préjugés. Pour nous ce sera plus facile d’aller à l’ACCAP. Nous avons déjà approché des assureurs dans le passé et il n’y a pas eu de relation de confiance », soutient-il.

Quant à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), elle a un train d’avance sur l’assurance privée. En effet, en plus de couvrir la pharmacothérapie initiale, la RAMQ paye entre autres les opinions pharmaceutiques émises par les pharmaciens.

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