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Les voleurs prennent d’assaut les ordinateurs internes des voitures

par Justine Gaignard-Parent | 13 août 2014 09h00

Si les nouvelles technologies ont pratiquement fait disparaitre les voleurs d’occasion, elles font foisonner de nouvelles méthodes de vol plus sophistiquées les unes que les autres. La dernière technique en date est l’appropriation du code de la clé du véhicule via la prise de diagnostic embarqué ou prise OBD (on board diagnostics).Les voitures récentes sont toutes équipées d’un ordinateur interne et d’une prise OBD qui permet, entre autres, aux garagistes et aux concessionnaires de connaitre l’état de santé de la voiture. Les voleurs ont développé une technologie qui leur permet maintenant de se brancher à cette prise OBD pour obtenir le code de la clé du véhicule. Ils peuvent ainsi créer de nouvelles clés autant de fois qu’ils le désirent.

Les clés des véhicules récents ont toutes leur propre code depuis que la Norme nationale du Canada en matière de système antidémarrage a été instaurée en 2007. Ce code est enregistré dans l’ordinateur central de la voiture, auquel les voleurs ont désormais accès par l’intermédiaire de technologies de moins en moins dispendieuses et difficiles à trouver.

Freddy Marcantonio, vice-président, développement des affaires et de la distribution, de Tag affirme qu’on peut désormais se procurer un système permettant de contrecarrer l’antidémarreur pour moins de 30 $ sur Internet. « Et si tu en achètes en grande quantité, ils te font des rabais ! », ajoute-t-il.

Le Journal de l’assurance a facilement pu trouver sur le Web de tels outils à bas prix. Les compagnies qui les vendent ont toutefois refusé toutes ses demandes d’entrevue.

Des outils qui se branchent dans l’allume-cigarette pour des modèles spécifiques de voitures sont aussi en vente pour moins de 50 $. Le gadget permettant de prendre le contrôle de la prise OBD du véhicule coute quant à lui de 30 $ à 500 $, selon le modèle.

Si la voiture est équipée d’un système de repérage, les voleurs peuvent même utiliser des brouilleurs d’ondes pour se rendre invisibles aux bureaux d’enquêtes. Selon Freddy Marcantonio, le système de repérage Tag résiste sans problème aux brouilleurs d’ondes, ce qui ne serait pas le cas de systèmes d’autres compagnies de repérage.

Michael Lendick, chef des enquêtes chez Lojack, est ferme sur le sujet. « Tous les signaux peuvent être brouillés, mais Lojack permet toutefois de détecter l’utilisation de brouilleurs d’ondes. » La compagnie peut donc avertir les corps policiers que quelqu’un utilise un brouilleur d’ondes à un endroit donné.

Utiliser un brouilleur d’ondes est illégal au Canada selon la Loi sur la radiocommunication, mais peut-être pas pour très longtemps. De nombreux pays utilisent cette technologie pour empêcher les gens d’utiliser leur téléphone portable au cinéma, par exemple. L’ancien ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, proposait en novembre 2013 d’installer des brouilleurs d’ondes dans les prisons pour empêcher les détenus d’utiliser des téléphones cellulaires. Le gouvernement fédéral s’était alors montré très réceptif à l’idée.

De plus en plus populaire, le brouilleur d’ondes est un outil qu’il est relativement facile de se procurer, même au Canada, pour une centaine de dollars seulement, par l’intermédiaire d’une multitude de sites Web.

Les voleurs s’emparent du véhicule en plusieurs étapes distinctes, relate M. Lendick. La première étape est celle où le spécialiste de la technologie de l’équipe s’introduit dans le véhicule. « Lui, son travail, c’est de faire en sorte que quelqu’un puisse partir avec le véhicule. Une fois que c’est fait, son travail est terminé. Il quitte les lieux, sans le véhicule. Il ne faut pas qu’il se fasse coincer, car c’est lui, l’expert. S’il se fait prendre par la police, l’organisation perd son spécialiste », explique M. Lendick.

À la seconde étape, un adolescent est engagé pour déplacer le véhicule jusqu’à un endroit donné. Il laisse les clés sous la voiture puis quitte les lieux. Son travail est terminé. « Pourquoi se donnent-ils la peine de faire appel à un jeune ? Parce que, s’il se fait arrêter, il ne sait rien. Il sait seulement qu’un individu lui a demandé de faire ça et combien il a reçu pour cette tâche », précise l’ancien enquêteur.

Après que le jeune homme ait stationné la voiture, quelqu’un d’autre vient la chercher et la conduit à bon port. Le tour est joué.

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