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L’industrie devra délaisser son conservatisme pour se réinventer

par Hubert Roy | 27 janvier 2016 07h00

René Hamel

René Hamel est catégorique. L’industrie de l’assurance est encore trop conservatrice! Pourtant, elle a un urgent besoin d’effectuer un virage important pour se réinventer. Malheureusement, les assureurs sont perplexes face aux nouvelles réalités du marché, déplore-t-il.

Depuis qu’il a quitté les rênes de SSQ Groupe financier, M. Hamel a pris celles du Centre de développement en assurances et services financiers (CDASF), mieux connu sous le nom de « Puissance Onze – Québec Lévis ». Il fait ainsi la tournée de diverses tribunes pour faire connaitre l’impact du secteur de l’assurance à Québec et à Lévis.

Le 10 novembre dernier, à Québec, il a prononcé une allocution à JIQ – l’Événement TI, organisé par le Réseau Action TI. Sa conférence avait pour titre « L’assurance et les technologies : un duo prometteur »! Il s’est ainsi adressé à un parterre de spécialistes en technologie, mais aussi de jeunes étudiants dans ce secteur. Il a d’ailleurs souligné d’emblée de jeu que, depuis quelques années, la proportion d’employés et de consultants en technologies a augmenté sensiblement dans les organisations d’assurance.

« Bien que nous soyons en pleine effervescence de la troisième vague de la révolution industrielle, l’industrie de l’assurance a été lente à réagir et elle a pris du retard. Il y a pourtant belle lurette que l’assurance et les technologies forment un duo, l’assurance étant le membre le plus visible du duo, puisque dans notre industrie, les technologies ont historiquement joué un rôle de conseiller et de soutien, faisant en sorte que tout fonctionne bien. Mais dans notre industrie, comme dans bien d’autres, les changements s’accélèrent et les rôles, lentement, s’inversent : la technologie prend une place de plus en plus visible, importante et dominante », a dit M. Hamel.

Il a rappelé que sur près de 20 000 emplois en TI dans la région de Québec et Lévis, environ 2 500 proviennent du secteur privé de l’assurance et de la finance, donc plus de 10 %, soit près du triple du pourcentage pour l’ensemble du Québec. De plus, 20 % des dépenses en TI dans la région de Québec et Lévis sont faites par le secteur de la finance et de l’assurance.

Nombreux projets TI

M. Hamel a aussi souligné que les assureurs membres de Puissance 11 octroient annuellement près de 450 M$ en contrats à des partenaires et des fournisseurs de la région de Québec et Lévis. En 2014, ce sont près de 150 M$ qui ont été octroyés dans la région dans le secteur des technologies de l’information et 88 % de cette somme a été versée à des partenaires de la région de Québec et Lévis.

Il a mentionné que l’industrie de l’assurance a une longue feuille de route en TI. Il a donné l’exemple de l’application mobile Ajusto de Desjardins, lié à son programme de télématique. SSQ a développé FLEX, un programme d’assurance collective qui permet à chacun de choisir en ligne des options personnalisées. La Capitale a mis sur pied un centre de traitement de l’information (CTI), regroupant près de 200 tables de données, 300 applications et 900 serveurs, tout cela sans interruption de service. iA Groupe financier a développé une application pour permettre aux assurés de géolocaliser les pharmacies afin de comparer les prix en simulant un remboursement. Promutuel Assurance a implanté un cloud privé de son infrastructure technologique et a virtualisé toutes les composantes, lui permettant de gagner en agilité.

Industrie trop conservatrice

« Il n’en reste pas moins que l’industrie de l’assurance est confrontée, comme bien d’autres, à des changements majeurs. Nous sommes une industrie encore trop conservatrice qui a un urgent besoin d’effectuer un virage important pour continuer à progresser. Nous sommes face à de nouvelles réalités qui nous laissent perplexes », dit M. Hamel.

Il se questionne notamment sur la notion d’assurance collective dans une société de plus en plus individualiste. « L’humain a toujours ressenti le besoin de se regrouper pour se reconnaitre, pour développer un sentiment d’appartenance. Mais, les plus jeunes s’identifient autrement, à leurs amis Facebook ou leurs groupes réseautés en ligne. Ces nouveaux groupes d’intérêt fascinent les assureurs, mais confondent les actuaires », dit-il.

D’autre part, une vague de changements déferle présentement dans l’industrie de l’assurance aux États-Unis. « Il serait utopique de penser que le Canada sera épargné, dit M. Hamel. Amazon, eBay et Google ont fait leur entrée en assurance de dommages, alors que Facebook et Apple ont annoncé leur intention de devenir des joueurs importants dans l’industrie des services financiers. »

Impacts sur l’industrie

M. Hamel rappelle aussi que les premières automobiles intelligentes, sans conducteur, parcourent déjà les routes de plusieurs états américains, dont la Californie. Elles seront mises à l’essai en Ontario en 2016.

« On en tire déjà de grands constats. Le gouvernement californien devra se passer de près de 10 % de ses revenus, lesquels proviennent des infractions de la route. Ces voitures sans conducteur parcourront plus d’un million de kilomètres avant commettre une première infraction. De plus, aux États-Unis, on estime qu’il y aura 33 000 décès de moins sur les routes annuellement et 2,5 millions de visites de moins dans les hôpitaux, une économie de près de 18 G$ pour le système de santé américain. Ces estimations sont impressionnantes et elles auront inévitablement un impact sur l’industrie de l’assurance », dit-il.

Quant à l’Europe, elle a adopté « l’Internet de l’objet » en assurance automobile, relate M. Hamel. « Grâce au soutien des constructeurs automobiles, 60 % des assureurs automobiles européens offrent des solutions connectées. Par contre, peu ont réussi à implanter des solutions connectées en assurance santé et habitation. Là-bas comme ici, l’absence de consensus entre les acteurs des industries de la santé et de l’immobilier a ralenti les avancées technologiques dans ces domaines. Il est clair que ces joueurs chercheront à développer le réseau des écosystèmes connectés pour ensuite vendre les données aux assureurs, distribuer les produits ou encore proposer leurs propres solutions », dit-il.

L’arrivée de tous ces grands joueurs au Canada ne saurait tarder, dit M. Hamel. « On prédisait que le géant du taxi Uber n’oserait s’aventurer au Canada alors qu’envers et contre tous, il y bouscule l’industrie du taxi, tout comme Airbnb bouscule celle de l’hôtellerie. Sommes-nous prêts à faire face à ces nouveaux concurrents non traditionnels? En tant qu’employeur? En tant qu’assureur? Individuel et collectif? »

Selon lui, on n’entrevoit que la pointe de l’iceberg. « L’industrie canadienne de l’assurance doit réagir et elle doit le faire très rapidement. Le défi est double : comment évoluer au rythme de nos clientèles existantes et se transformer pour séduire les clientèles émergentes? Comme la banque en ligne du futur se dessine avec les Tangerine et ZAG, le dernier-né de Desjardins dans l’Ouest canadien, les assureurs devront prendre le virage électronique, non pas en transposant leurs modèles d’affaires actuels, mais en se réinventant », dit-il.

Il faudra aussi convaincre les régulateurs de cette nécessité et du bien-fondé de ce virage, dit M. Hamel. « Ces derniers ne peuvent pas être les gardiens d’un monde révolu. Les besoins des consommateurs font maintenant foi de tout et plusieurs d’entre eux privilégient le direct : l’actuel bouleversement du commerce de détail en est l’exemple le plus éloquent. Qui aurait pu prédire un tel tsunami? De plus en plus, l’intermédiaire n’est plus roi : il doit se renouveler ou disparaitre », affirme-t-il.

 

 

Une perche lancée au secteur TI

René Hamel a profité de son allocution devant le Réseau TI pour lancer une perche aux acteurs de ce secteur. « Vous êtes les partenaires privilégiés d’une industrie qui, si elle veut poursuivre sa croissance, ne pourra se passer de vous et aura besoin de votre créativité, non pas pour consolider son présent, mais pour bâtir son avenir, se renouveler et assurer sa pérennité. L’industrie de l’assurance aura besoin de nouveaux outils pour faire face à ces nouvelles réalités technologiques : mobilité, objets connectés, réseaux sociaux, Cloud, Big Data, pour ne nommer que ceux-ci. Elle aura besoin de nouveaux profils TI pour l’accompagner dans cette transformation digitale. Qui plus est, il lui incombera de prouver et de préserver la sécurité de cette transformation afin de contrer tous les piratages informatiques qui proviennent de partout à travers le monde », a-t-il dit.

Mais plus que tout, les assureurs rechercheront des profils TI différents, dit M. Hamel. « Nous rechercherons des gens curieux, capables de dépasser la technique pour comprendre les enjeux d’affaires, capables de remettre en question une solution, un processus, une façon de lire une situation. Des profils agiles et capables de challenger, très loin de certains profils classiques », dit-il.

Pour clore son allocution, M. Hamel a lancé un appel aux jeunes étudiants en TI. « Les technologies vous interpellent? De belles carrières vous attendent dans plusieurs domaines et différentes industries. Sachez que l’industrie de l’assurance est en pleine effervescence technologique et a besoin de jeunes aux idées nouvelles. Nous vous encourageons dans votre parcours scolaire en TI. J’espère qu’aujourd’hui, vous vous sentez tous interpellés et privilégiés d’être confrontés à la réalité d’une industrie entière qui a besoin de vous et de votre créativité pour survivre. Dans son best-seller, Le choc du futur, le célèbre futurologue américain, Alvin Toffler écrivait en 1971 : l’illettré du futur ne sera pas celui qui ne sait pas lire. Ce sera celui qui ne sait pas comment apprendre, désapprendre et réapprendre. »

 

 

L’Université Laval : un pilier de l’actuariat, selon René Hamel

Lors de son allocution au Réseau TI, René Hamel en a profité pour vanter l’École d’actuariat de l’Université Laval, qu’il qualifie de pilier de l’industrie de l’assurance à Québec et Lévis.

« Le succès de notre industrie à Québec repose notamment sur la création de l’Université Laval il y a plus de 160 ans, ainsi que la qualité des autres établissements d’enseignement que l’on retrouve sur notre territoire. En effet, les cégeps de la région offrent divers programmes spécialisés en assurance et services financiers, tout comme l’Université du Québec à Rimouski qui s’est plus récemment installée à Lévis », a-t-il dit.

Il a rappelé que l’Université Laval, avec ses diverses certifications, donne accès à de nombreuses carrières chez les assureurs, que ce soit en comptabilité, finance, marketing, services financiers, indemnisation, gestion des risques, technologies de l’information, ressources humaines, droit, pour ne nommer que celles-ci. Il a ajouté que l’École d’actuariat de l’Université Laval tire son origine d’un programme créé dans les années 1950.

« Ce sont plus de 2 500 actuaires qui en ont gradué, dont près de 500 œuvrent dans la région de Québec et Lévis. Il s’agit d’un des programmes les plus reconnus en Amérique du Nord », a souligné le PDG de Puissance 11.

 

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