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Maladies graves : le prix de plusieurs produits augmentera

par Sophie Boltz | 04 mai 2011 20h18

Des précurseurs ont haussé leurs prix en maladies graves. D’autres suivront bientôt. Comme c’est arrivé dans le marché de l’assurance vie universelle et temporaire 100 ans, ce sont les primes garanties à long terme qui écopent.

Les produits d’assurance permanents sont dans la tourmente depuis l’an passé en raison des bas taux d’intérêt persistants. La hausse des prix touche maintenant les produits d’assurance maladies graves à prime permanente et à prime temporaire 75 ans. Elle atteint dans certains cas 20 %.

Parmi les précurseurs, la Financière Manuvie a haussé le prix de plusieurs produits d’assurance maladies graves le 23 avril. La hausse atteint 20 % pour son produit à prime permanente (T100) payable en 15 ans. Elle touche les assurés non-fumeurs de tout âge.

L’assureur a aussi augmenté de 10 % le prix de son produit T100 payable à vie et son produit temporaire à 75 ans (T75) pour les assurés non-fumeurs de 18 à 34 ans, pour la prime de base et le remboursement des primes à l’échéance. Aucun changement ne touche la prime des remboursements au décès ni la catégorie des assurés de 55 ans et plus. C’est ce qu’a indiqué

Steven Parker, vice-président adjoint produit et marketing, assurance individuelle à la Financière Manuvie, en entrevue au Journal de l’assurance.

Pour expliquer cette hausse, tous pointent du doigt le même facteur : les bas taux d’intérêt à long terme. « Comme les bas taux d’intérêt font pression sur la rentabilité de certains produits d’assurance maladies graves, nous sommes obligés de revoir la tarification à la hausse », explique

Sylvain Charbonneau, vice-président marketing et produits en assurances de personnes chez AXA Assurances.

Selon lui, les produits d’assurances maladies graves suivent la même tendance que les produits d’assurance vie universelle et vie entière. Il rappelle que les compagnies d’assurance ont aussi haussé leurs primes permanentes (T100 et nivelée) en raison des bas taux d’intérêt.

« Si cette augmentation a d’abord touché les produits d’assurance vie, c’est parce que le volume des ventes en maladies graves est moins important. Le marché de l’assurance maladies graves représente 100 millions de dollars (M $) de volumes de ventes en termes de primes. Le second en compte environ dix fois plus », souligne M. Charbonneau. Aussi l’exposition au risque des taux d’intérêt pour les assureurs est-elle moins importante en maladies graves.

La hausse des prix touche les produits maladies graves sensibles au bas taux d’intérêt, indique Steven Parker. Les produits permanents garantis à long terme sont donc particulièrement visés.

Chez Desjardins Sécurité Financière (DSF), la prime de MaxVie (la traditionnelle T100) a connu une hausse d’environ 9 % à compter du 15 avril. Enfin chez AXA, la T100 a aussi subi une augmentation en mai. Au moment de mettre sous presse, M. Charbonneau n’était pas en mesure d’estimer l’augmentation. Le retour de primes au décès et le retour de primes flexible jusqu’ici inclus dans cette police sont maintenant disponibles en avenants. La police T75 n’est pas en reste. AXA en a augmenté la prime de 5 % en moyenne. Le retour de primes au décès inclus dans la police est à présent disponible en avenant.

Selon Alain Bédard, premier vice-président assurances et épargne pour les particuliers chez DSF, des augmentations seront inévitables dans les 12 à 18 prochains mois. Toutefois, les experts s’accordent à dire qu’il est difficile de les estimer.

« Elles varieront d’un produit à l’autre. Plus la période de remboursement des primes sera courte, plus la hausse sera importante. Pour les remboursements d’une durée de 15 ans, on peut prévoir une hausse d’environ 5 % à 10 %. Peut-être sera-t-elle plus élevée encore », dit-il. Sans compter que les augmentations dépendront aussi de ce que fait la concurrence.

En plus des taux d’intérêt, un autre facteur risque d’inciter les assureurs à hausser leur tarification : les nouvelles normes internationales d’information financière (NIIF, aussi connues sous leur acronyme anglais IFRS). M. Bédard affirme qu’elles pourraient avoir un impact sur les produits permanents. Si elles sont adoptées dans leur format actuel, il croit qu’elles entraineront une importante hausse des primes ou plusieurs hausses successives.

Pour éviter de s’exposer au risque, certains assureurs misent sur des produits temporaires. C’est le cas d’AXA.

« Nous focalisons notre développement et notre communication aux conseillers sur les produits temporaires. Nous usons de cette stratégie depuis plusieurs années déjà», dit M. Charbonneau. Il constate pourtant que le marché dans son ensemble est très orienté vers les produits garantis à long terme. Une chose est sûre selon lui : l’environnement profite aux consommateurs. Il estime que c’est le moment d’acheter avant que les prix augmentent.

Les ventes ont atteint leur vitesse de croisière, souligne Ian Jack, chef de produit, prestations du vivant chez RBC Assurances. Il indique que l’assureur n’envisage pas de hausser les prix de ses produits d’assurance maladies graves. Toutefois, il se pourrait que RBC Assurances y recoure, si les bas taux d’intérêt persistent. Cela dépendra aussi des prix affichés par la concurrence, précise-t-il.

Les assureurs qui souhaitent hausser les primes de leurs produits devront veiller à maintenir cette vitesse de croisière. Il leur faudra trouver un équilibre entre un prix qui satisfasse le marché et la pression à la hausse exercée par les taux d’intérêt, insiste Ian Jack. Selon lui, les assureurs pourraient viser une hausse des primes des produits T65, T75 et T100, car ils sont sensibles aux bas taux d’intérêt. Toutefois, il serait délicat de procéder ainsi, car ces produits représentent une importante proportion des ventes, affirme-t-il.

Chez Croix Bleue du Québec et de l’Ontario, aucune hausse ne se profile à court ou moyen terme. « Nous avons toutefois retiré certains garanties en assurance vie, dit Guy Papillon, vice-président ventes et projets spéciaux. C’est le cas pour la Vie 100 ans, 20 paiements. Les taux d’intérêt affectent la tarification, mais comme le marché des produits maladies graves est nouveau, cela a moins d’impact. Il ne représente pas le plus important pourcentage de nos ventes. » Il n’a toutefois pas précisé quel était ce pourcentage.

Selon M. Papillon, les NIIF vont avoir un impact sur la tarification. « Le Canada est un des seuls pays ou la tarification en maladies graves est encore garantie. Au fil des ans, on pourrait être amené à revoir ca », dit-il.

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