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Manuvie acquiert Standard Life : certains conseillers sont inquiets

par Susan Yellin | 22 septembre 2014 09h00

Plusieurs conseillers financiers déplorent la perte d’un autre joueur-clé dans l’industrie de l’assurance vie avec l’annonce de l’acquisition des activités canadiennes de Standard Life par la Financière Manuvie pour quatre milliards de dollars (G$).Cette transaction permettra à Manuvie d’accroitre sa présence dans des segments qu’elle a identifiés comme étant propices à la croissance. Elle pourra ainsi accroitre sa présence au Québec, mais aussi distribuer des produits conçus par Standard Life au Canada, aux États-Unis et en Asie.

Standard Life comptait 1,4 million de clients au Canada et un actif sous gestion de 52 G$. La transaction devrait se clore au premier trimestre de 2015, après l’approbation des autorités règlementaires.

Certains conseillers de renom joints par le Journal de l’assurance sont restés de glace face à cette transaction. Certains autres y voient plutôt la perte d’un joueur majeur. « Chaque fois qu’il y a une transaction, nous perdons un marché, ce qui réduit la concurrence. Ce n’est pas bon qu’un petit joueur après l’autre se fasse acheter », a commenté un conseiller qui a requis l’anonymat.

Ce conseiller compare le tout à la transaction qui a fait passer la chaine de restauration rapide Tim Horton’s aux mains de Burger King. « Chaque fois que je veux un café ou un hamburger, est-ce que je vais au Tim Horton’s ou chez Burger King? Qu’est-ce que je fais si je veux aller dans un petit restaurant unique en son genre? Avec des transactions comme celle conclue entre Manuvie et Standard Life, on voit moins de ces petits joueurs uniques. Je n’aime pas cela », dit-il.

Avantages potentiels

La transaction, une fois complétée, pourrait générer certains avantages dans les segments de la gestion du patrimoine et de la retraite, croit Henry Toby, un consultant indépendant en assurance vie, qui œuvre dans l’industrie depuis 25 ans. « Tant Standard Life que Manuvie offrent d’excellentes propositions dans le marché des petits et moyens revenus. La consolidation des deux pourrait offrir des avantages, comme une réductions de certains frais », dit-il.

Les conseillers qui ont de larges portefeuilles avec Standard Life pourraient toutefois se retrouver avec plus de boulot sous les bras. Certains administrateurs de régimes pourraient devoir être formés pour d’éventuels changements à leurs programmes, tandis que des conseillers devront peut-être revoir les options d’investissements de leurs clients, souligne M. Toby.

Il souligne aussi que les petits conseillers risquent d’être les plus touchés. « Ce n’est pas une menace pour le moment. Il y a plein d’autres choix pour eux en plus des trois grands assureurs présents dans le marché », dit M. Toby.

La transaction fera aussi en sorte que Manuvie aura une plus grande présence au Québec. L’assureur y maintiendra-t-il l’équipe de direction québécoise de Standard Life? Un observateur de l’industrie, qui a requis l’anonymat, a souligné au Journal de l’assurance que Manuvie avait la réputation de maintenir en place le personnel déjà établi lors d’une acquisition du genre. Ce fut le cas lors de l’acquisition de La Maritime, où Manuvie a ouvert quelques centres d’excellence dans l’Atlantique pour y retenir son personnel et pour superviser les activités locales.

Pour le moment, Manuvie soutient que rien ne changera d’ici la fin de l’intégration. L’assureur estime que celle-ci se fera sur une période de 18 à 24 mois.

L’agent général Groupe financier Horizons a réalisé quelques acquisitions au Québec au cours des dernières années. Son président, John Hamilton, a confié au Journal de l’assurance être désolé de voir un fournisseur tel que Standard Life quitter le marché canadien. Toutefois, il considère que cette transaction ne changera pas grand-chose pour son entreprise.

« Nous avons de fortes relations avec les deux assureurs au Québec, dit-il. Nous étions le plus gros agent général de Standard Life en ce qui a trait à la distribution de nouvelles polices et probablement d’actifs sous gestion. Nous devons être le numéro deux chez Manuvie. On verra bien la suite des choses », dit-il.

Il ajoute que cette situation pourrait créer des occasions pour d’autres assureurs de faire affaires avec des conseillers qui ont été des supporteurs de longue date de Standard Life. Il pense, entre autres, à Équitable, à Canada-Vie ou à Empire Vie. Il souligne aussi que RBC Assurances s’est aventuré du côté des fonds distincts.

Des assureurs prêts pour une expansion

La firme de notation A.M. Best dit voir d’un œil positif cette transaction. Elle affirme que celle-ci renforcera le positionnement de Manuvie au Canada, et plus particulièrement au Québec. Les analystes d’A.M. Best ajoutent que la transaction permettra à Manuvie de gagner en taille dans ses segments-clés, tels que les groupes de retraités, les fonds communs et les avantages sociaux.

Meny Grauman, analyste de recherche pour la firme Cormark Securities, souligne que plusieurs assureurs vie sont maintenant en position de réaliser des fusions et des acquisitions. « C’est un grand changement par rapport à ce que nous observions il; n’y a de cela que quelques années. Durant la crise, ce type d’acquisition n’était même pas sur la table. Les assureurs s’affairaient plutôt à consolider leurs contrats se terminant, et à éviter de recourir à des acquisitions pour grandir », dit-il.

Il rappelle que des rumeurs couraient depuis un certain temps à l’effet que Standard Life avait affiché la pancarte « à vendre » au Canada. « Plusieurs investisseurs s’attendaient à ce que Manuvie réalise plutôt une acquisition en Asie », dit-il.

Qui sera le prochain?

La grande majorité des sources contactées par le Journal de l’assurance s’attendent à ce que ce ne soit pas la fin de la consolidation de l’industrie canadienne de l’assurance vie. Un rapport publié par BMO Marchés des capitaux deux jours avant la transaction rappelait d’ailleurs que Standard Life et Transamerica Vie Canada étaient les deux seuls joueurs restants qui n’étaient pas à propriété canadienne. Le rapport indiquait par ailleurs que le tout « pourrait présenter un certain attrait au bon prix ».

Plusieurs assureurs étrangers ont quitté le paysage de l’industrie de l’assurance vie au Canada au fil du temps : Metlife, Royal & Sun Alliance, Zurich et Aetna, entre autres.

BMO soulignait aussi que Sandard Life et Transamerica avaient tous deux recentré leurs activités canadiennes au cours des derniers mois. « La perspective que ces deux filiales soient vendues est faible, mais chaque actif a son prix », indiquait le rapport.

Plusieurs des petits assureurs vie présents dans le marché canadien ont ou fermé leurs portes ou été achetés durant les premières phases de la consolidation, spécialement après la démutualisation. On retrouve encore quelques assureurs de petites et moyennes tailles parmi les trois plus grands joueurs. Un intervenant interrogé par le Journal de l’assurance, qui a requis l’anonymat, fait toutefois remarquer que, si un assureur se donne la peine d’acheter une compagnie, « aussi bien acheter quelque chose d’un peu plus substantiel qu’un petit poisson ».

« Si je dois acheter quelque chose, gérer les efforts d’intégration, passer au travers de la vérification diligente, sans compter tout le travail qu’il faut faire pour en arriver là, ce n’est pas très différent de le faire pour une grosse compagnie que pour une petite, dit cet intervenant. En bout de ligne, il faut passer à travers l’intégration. Il y a donc un avantage à acheter un grand joueur. Il n’en reste toutefois pas beaucoup ».

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