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Médicaments biosimilaires : le Québec devrait-il suivre l’exemple de la Colombie-Britannique ?

FLASHFINANCE | PRIVILÈGE DE VOTRE NIVEAU PRO
par Denis Méthot | 10 juin 2019 11h30

Marc Parent

La Colombie-Britannique a annoncé récemment sa décision de transférer les patients traités avec des médicaments biologiques d’origine vers des traitements avec des médicaments biosimilaires pour la spondylarthrite ankylosante et l’arthrite psoriasique, le psoriasis et le diabète. Ce geste devrait lui permettre d’économiser annuellement des millions de dollars.

Le Québec et les assureurs privés devraient-ils s’inspirer de cette province et recourir davantage à ces médicaments pour bénéficier à leur tour des gains appréciables que permettent les biosimilaires ?

Encore peu connus de la population et ignorés ou sous-exploités par plusieurs médecins, les biosimilaires sont des copies de médicaments biologiques déjà utilisés, mais dont les brevets sont expirés. Ils ne doivent pas être confondus avec des génériques, qui sont de petites molécules chimiquement synthétisées. Les biosimilaires sont créés dans des cellules vivantes plutôt qu’avec des produits chimiques. Ils doivent être similaires aux médicaments biologiques qu’ils remplacent dans leur composition ainsi que dans leurs effets sur l’organisme, positifs et indésirables.

Les biosimilaires ont été introduits en Europe au milieu des années 2000 et au Canada dix ans plus tard. Le pays accuse donc une décennie de retard dans leur application aux patients.

Des économies appréciables

Pharmacien dans un hôpital universitaire de Québec, Marc Parent est un expert de ces médicaments. Il donnera d’ailleurs une conférence sur le sujet lors du congrès de Segic qui se tiendra le 25 septembre à Montréal.

Les biosimilaires, explique-t-il en entrevue au Journal de l'assurance, servent à traiter les mêmes maladies que les médicaments d’origine qu’ils copient. Au plan clinique, le recours à des biosimilaires plutôt qu’à des médicaments biologiques ne devrait avoir ni avantages ni désavantages pour le patient. Leur atout numéro un, c’est leur prix moins élevé que les médicaments biologiques qu’ils remplacent. « L’enjeu, souligne-t-il, c’est d’avoir une thérapie comparable à un prix moins cher. »

Il est toutefois incapable de chiffrer avec précision les économies totales qu’ils peuvent engendrer au Québec, car leur cout fait l’objet de négociations confidentielles de la part de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). On sait toutefois que les prix de catalogue des biosimilaires sont inférieurs d’en moyenne 30 % aux produits biologiques auxquels ils peuvent se substituer, selon une fourchette pouvant aller de 10 % à presque 50 %. Comme les biosimilaires remplacent le plus souvent des médicaments très dispendieux, les économies qu’ils peuvent amener pourraient s’élever à des dizaines de millions de dollars.

Marc Parent cite un exemple concret d’une substitution d’un produit biologique, l’insuline de marque Lantus, par un biosimilaire moins cher, le Basaglar. Dans une pharmacie communautaire où nous avons procédé à une vérification, la différence de prix entre les deux pour cinq stylos est d’environ 20 $, tant pour la RAMQ que les assureurs privés.

En aout 2017, la RAMQ annonçait qu’elle mettait fin à la couverture d’assurance du Lantus et qu’il ne serait plus remboursé aux nouveaux patients en raison de l’inscription à la Liste des médicaments du Basaglar.

Rôle des médecins et des pharmaciens

Les biosimilaires sont disponibles au Québec et entrainent déjà des économies pour les payeurs, publics et privés. Alors pourquoi n’y recourt-on pas davantage ? Certains médecins en prescrivent, mais ce n’est certainement pas la norme, dit Marc Parent. Il explique cette réserve par différentes raisons.

En général, dit-il, les médecins ne connaissent pas souvent les produits équivalents qui sont disponibles et ils ont tendance à prescrire le nom du médicament original qu’ils connaissent bien. Historiquement, ce sont les pharmaciens qui avaient la responsabilité de suggérer le transfert vers un produit de substitution. Marc Parent constate toutefois « un grand inconfort » à le faire pour les biosimilaires, sauf pour les insulines. Pour d’autres maladies traitées avec produits biologiques comme le cancer et des maladies sévères comme la maladie de Crohn et l’arthrite, ils n’ont pas été, à ce jour, très « agressifs » à procéder au remplacement, juge-t-il. 

Dans toute la communauté médicale et pharmaceutique québécoise, observe-t-il, il y a encore une grande prudence face à l’introduction des biosimilaires, une attitude qu’il juge correcte d’ailleurs. Ce doute est probablement entretenu par le fabricant du produit original qui a tout intérêt à protéger son marché. Marc Parent parle de prudence, voire même encore de méfiance de la part de médecins et pharmaciens. Pourtant, dit-il, il n’y aurait pas eu de problèmes qui seraient survenus dans l’utilisation des biosimilaires en Europe. 

« On a tout de ce côté-ci de l’Atlantique pour être rassuré », croit-il. Des études menées notamment en Norvège ont permis de confirmer que le transfert des biologiques vers les biosimilaires ne cause pas de préjudices pour les patients au plan clinique.

Au Canada, c’est la Colombie-Britannique qui va le plus loin à ce jour avec la politique qu’elle vient d’annoncer, car même les patients déjà traités avec des médicaments biologiques seront transférés vers des biosimilaires.

« Il n’y a pas d’arguments scientifiques qui s’opposent à cette décision. Après, ça reste des arguments politiques et économiques », réagit Marc Parent. Au Québec, dans le cas de l’insuline tout est moins, la RAMQ ne rembourse plus que le biosimilaire, mais uniquement pour les nouveaux patients. On ne fait pas de transfert obligé pour les anciens. C’est une différence de taille.

Les assureurs privés et les biosimilaires

Selon le pharmacien québécois, les assureurs privés pourraient jouer un rôle important dans un virage vers ces médicaments moins chers que forment les biosimilaires en décrétant qu’ils ne remboursent plus le produit original biologique et qu’ils favorisent uniquement le biosimilaire, ce qui forcerait la main aux médecins.

« C’est délicat, car les professionnels sont généralement chatouilleux quand les choix de médicaments sont faits par des tiers-payeurs ou une organisation qui émet un standard de pratique, commente Marc Parent. Mais pour un médicament valant 1 000 $ au coutant, on parle d’une économie d’environ 30 %. L’insuline coute plusieurs milliers de dollars par année par patient. Certains biosimilaires peuvent couter de 40 000 $ à 50 000 $ pour un traitement : 30 % d’économie par patient, il y a un grand potentiel d’économies significatives pour un régime et les payeurs et des millions de dollars au total. »

Suivre les traces de la Colombie-Britannique ?

Le Québec devrait-il, dans un avenir rapproché, imiter la Colombie-Britannique et décider de ne rembourser que les biosimilaires pour certaines maladies ? Les biosimilaires sont-ils appelés à être plus utilisés dans le futur dans la province ?

« Je crois que la pérennité des régimes l’impose, dit Marc Parent. Est-ce souhaitable au vu de la croissance des couts des médicaments ? La réponse est : surement. Ce genre de décisions se passe à plusieurs niveaux, politique, économique et il faudra le vendre à la population même si ça ne semble pas sexy et que ça puisse susciter une certaine méfiance dans la population. »

Le fondateur de Segic, Danny Boulanger, croit beaucoup à ce virage vers les biosimilaires et y voit, en autogestion et en autoassurance, une occasion de réaliser des économies importantes. « Tout le monde va en bénéficier », plaide-t-il.

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