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Médicaments livrés en petits sachets : 2 pharmaciens veulent aider l’industrie

par Denis Méthot | 19 novembre 2019 10h00

La pharmacie montréalaise Picard et Desjardins, qui se spécialise dans le marché des travailleurs couverts par des régimes d’assurance collectifs, s’apprête à offrir une nouvelle méthode de distribution des médicaments.

Elle vise à améliorer l’adhérence aux traitements et à réduire les couts des régimes qui les défraient en diminuant les pertes dues au non-respect de la posologie. Sa solution, les emballer dans des petits sachets individuels indiquant la date et l’heure de prise et les livrer directement à ses clients.

Picard et Desjardins espère y arriver au moyen d’une formule à priori toute simple. Sa grande innovation, c’est de livrer les médicaments commandés par ses clients dans des sachets individuels qui sont facilement transportables dans une poche ou un sac à main. Ce système est déjà utilisé dans les hôpitaux, mais la pharmacie Picard et Desjardins s’apprête à l’exporter vers la clientèle à laquelle elle se destine, soit les travailleurs des régimes d’assurance collective.

Triés par un robot

Les médicaments multiples sont triés par un robot ensacheur et notés selon le moment de la journée où ils doivent être pris. Chaque sachet est identifié et indique la date et l’heure où le médicament doit être consommé.

Pour la distribution et l’envoi de ses commandes, la pharmacie Picard et Desjardins utilise deux méthodes : à Montréal, elle les fait déposer le jour même dans des casiers intelligents Medlock dans sept points de la ville. Pour ses clients en régions, elle recourt à Poste Canada. Les patients n’ont donc pas à se déplacer à la pharmacie pour en prendre possession.

Bien que Picard et Desjardins ait pignon sur rue à Montréal, elle se décrit surtout comme une pharmacie en ligne. Elle tire son plus gros marché de la vente par internet à travers le Québec.

Ses deux fondateurs, Benoit Picard et Karl Desjardins, ont décidé dès leurs débuts de se consacrer à la clientèle des travailleurs des régimes d’assurance collective parce qu’ils estimaient que peu de pharmacies s’intéressaient à ce marché et que les employeurs étaient de plus en plus préoccupés par les couts croissants des médicaments et de leurs impacts sur les régimes. Ce marché représente maintenant 95 % de son chiffre d’affaires.

Benoit Picard et Karl Desjardins se sont aussi donné mission de réduire les couts des régimes collectifs. Au niveau de ses prix, comme cette pharmacie n’est pas affiliée à aucune bannière et qu’elle ne loue pas de grands locaux parce qu’elle vend strictement des médicaments, elle fait des économies d’opérations majeures dont elle fait bénéficier à sa clientèle.

3 bénéfices

En quoi un travailleur d’un régime collectif trouve-t-il une valeur ajoutée à cette pharmacie en ligne plutôt qu’à sa propre pharmacie du coin ? « La première, répond Karl Desjardins, c’est la transparence des prix. On rend disponibles nos honoraires de médicaments en ligne. Nos clients peuvent comparer nos tarifs avec leur propre pharmacie ».

La deuxième, c’est le recours à des technologies afin de faciliter la prise des médicaments par les clients. L’un des moyens est le renouvèlement automatisé. Cinq à sept jours avant l’expiration de son ordonnance, un SMS est envoyé pour rappeler au client que son médicament va bientôt arriver à expiration. Le client n’a qu’à cliquer sur un bouton, ce qui notifie à la pharmacie de faire les démarches auprès de son médecin pour savoir s’il veut prolonger ses médicaments ou s’il veut revoir son patient.

La troisième, c’est d’offrir des services de renouvèlement pour trois mois lorsque la médication est stable plutôt que de le faire aux 30 jours comme c’est la pratique en pharmacie au Québec pour les indications chroniques. Il y a là, dit Karl Desjardins, des économies substantielles à faire pour les clients. Et ce que peu de gens savent, c’est qu’il est possible de se faire donner ses médicaments aux trois mois au Québec, selon l’appréciation du pharmacien.

Chez Picard et Desjardins, c’est le client qui détermine la durée de sa commande jusqu’à 90 jours. « Il n’y a pas de logique, ajoute Karl Desjardins, de servir au mois quand les médications sont stables et qu’il y a des gains financiers à faire. »

Pourquoi utiliser des sachets ?

L’autre grande façon de réduire les couts, ont-ils jugé, est de travailler sur l’observance pour la clientèle qu’elle vise. Ils ont décidé de recourir aux sachets, qui sont plus facilement transportables et moins encombrants que les flacons. Le patient qui doit prendre trois médicaments par jour recevra donc trois sachets différents contenant les indications de prise du médicament pour chaque moment de la journée. Un rappel de ne pas oublier de prendre son médicament peut lui être expédié par SMS durant le premier mois.

« Ce système de sachets, commente Karl Desjardins, facilite beaucoup la prise des médicaments et en même temps, on espère réduire beaucoup l’invalidité qui pourrait être causée par une mauvaise adhésion. »

L’avenir dira si le recours à des sachets aura réellement un impact sur l’observance et peut-être faudra-t-il instaurer un système de rappel qui durera plus d’un mois. Mais à tout le moins, c’est un pas dans la bonne direction, estiment-ils.

Les couts de l’inobservance des prescriptions

L’inobservance des prescriptions coute cher aux régimes d’assurance médicaments. Pour chaque 100 $ soumis à un régime d’assurance collective, a calculé Telus Santé, près de 50 $ seraient gaspillés en raison d’un traitement médicamenteux mal suivi et ces oublis répétés chez certains travailleurs provoqueraient de 2 à 10 jours d’absence annuellement. Si les niveaux d’observance augmentaient à 80 %, soit l’échelon recommandé pour obtenir des résultats optimaux, affirme encore Telus Santé, les employeurs pourraient faire des économies nettes de 2 200 $ par employé.

La non-observance de la posologie a des effets négatifs sur la santé. En 2014, la Financière Sun Life avait établi qu’elle contribuait à une progression plus rapide des maladies, de l’invalidité temporaire et de l’absentéisme. Concrètement, un patient dépressif qui ne prend pas adéquatement sa médication risque de tomber en dépression et éventuellement de se retrouver en invalidité. Un travailleur qui oublie trop souvent de prendre ses statines ou ses antihypertenseurs pourra en payer le prix au niveau de sa santé, ce qui risque de pénaliser tout autant son employeur.

La mauvaise adhésion aux traitements représente un enjeu majeur pour les médecins, les organismes payeurs publics comme la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) et les promoteurs de régimes d’assurance médicaments privés. Près de 50 % d’entredeux se disent préoccupés par ses répercussions négatives sur le cout de leur régime, a démontré le sondage Sanofi Canada sur les soins de santé en juin 2019. Cette proportion passe à 65 % chez les employeurs comptant 250 employés ou plus. Qu’ils soient publics ou privés, tous les gestionnaires de régimes d’assurance médicaments rêvent de trouver la formule qui permettra d’augmenter l’adhérence aux traitements.

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