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Offrez des actions à vos employées, suggère Femmessor

par Alain Castonguay | 01 novembre 2019 11h47

La relève entrepreneuriale est un défi que doivent relever toutes les organisations, peu importe le secteur d’activité. Selon une étude réalisée pour Femmessor, offrir des parts de la propriété de l’entreprise aux salariées et femmes cadres est un bon moyen de retenir les meilleurs talents et d’assurer la relève.

L’étude a été réalisée à partir d’un sondage mené par la firme Léger avec la collaboration de Rouge Canari, et il a été rendu public ce mercredi 30 octobre. Parmi les Québécoises ayant participé au sondage, 51 % auraient montré de l’intérêt à devenir actionnaire si leur employeur le leur offrait. De plus, 31 % des répondantes disent avoir l’intention de se lancer en affaires au cours de leur vie.

Un potentiel entrepreneurial féminin

Selon Séverine Labelle, PDG de Femmesor, « ce potentiel entrepreneurial féminin mérite toute notre attention d’autant qu’il peut agir comme un moyen de rétention et de mobilisation des meilleurs talents d’une entreprise ».

Parallèlement, quelque 81 % des propriétaires d’entreprise sondés se disent ouverts à s’associer avec une femme travaillant déjà au sein de leur compagnie. De plus, 55 % des entrepreneurs affirment être prêts à partager la propriété des actions avec des employés. Concrètement, 23 % l’ont déjà fait, 17 % en ont l’intention sans l’avoir fait et 15 % n’y avaient pas pensé, mais se disent ouverts à le faire.

Enfin, 33 % des propriétaires disent être à la recherche de partenaires, actionnaires ou associés, tant pour stabiliser que pour faire croitre leur entreprise. Dans ce contexte, « les femmes ont donc tout avantage à faire connaitre leur intérêt envers l’actionnariat », ajoute Séverine Labelle.

Les hommes affichent toujours des intentions plus élevées envers l’entrepreneuriat (49 %) ou de l’intérêt pour devenir actionnaires de leur entreprise (68 %).

Des progrès, mais...

Dans la plus récente version de l’Indice entrepreneurial, publiée en novembre 2018 par la Fondation de l’entrepreneurship du Réseau M, on notait que les femmes étaient trois fois plus nombreuses qu’en 2009 à exprimer leur intention de démarrer leur entreprise. Or, selon Statistique Canada, seulement 13,6 % des entreprises du Québec étaient détenues à 100 % par une ou des femmes, contre 64,9 % des entreprises détenues par leurs homologues masculins.

C’est dans ce contexte que Femmessor a mandaté Rouge Canari pour trouver des solutions, et la voie de l’actionnariat a ainsi été explorée.

Deux cas

L’étude de Femmessor donne l’exemple de Sylvia Masson, qui est devenue propriétaire de la Pourvoirie St-Zénon, dans la région de Lanaudière. À la suite d’un voyage de pêche en compagnie de sa conjointe, elles ont commencé à chercher une manière de s’établir dans un endroit similaire. Quelques jours plus tard, une offre d’emploi à la direction générale de la Pourvoirie lui en a donné l’occasion.

Dès son entrevue d’embauche, Mme Masson a fait part de son intérêt à détenir des parts dans l’entreprise. « Ce que j’avais imaginé dans un horizon de cinq ans s’est plutôt concrétisé neuf mois après mon arrivée en poste. On m’a alors offert de racheter la totalité de la compagnie », relate-t-elle.

L’étude rapporte aussi le témoignage de Jason Monfette, associé de la firme Absolu, un réseau de cinq agences de communication marketing fondé en 1987. Étant lui-même devenu actionnaire il y a 15 ans, il raconte que l’entreprise a récemment accueilli quatre nouvelles personnes au sein de leur actionnariat, dont trois sont des femmes.

M. Monfette conseille vivement aux employées qui ont un intérêt à devenir actionnaires un jour de le démontrer de vive voix. Si l’intégration des nouvelles ressources s’inscrivait dans le processus de relève entrepreneuriale, l’ouverture de l’actionnariat visait également à retenir des employées-clés au sein de l’entreprise, ajoute-t-il.

Recommandations

Pour les hommes propriétaires d’entreprises, les compétences recherchées chez un actionnaire ou un associé sont la rigueur (47 %), le développement des affaires (45 %) et l’expertise en comptabilité ou en finances (41 %). Les femmes propriétaires d’entreprise ont ciblé les mêmes compétences, mais dans l’ordre inverse (respectivement : 35 %, 41 % et 45 %).

L’étude soumet trois recommandations :

1) valoriser l’actionnariat comme étant une forme d’entrepreneuriat : en étant copropriétaire, on participe activement au développement de l’entreprise, à la prise de risque et aux retombées financières ;

2) offrir des services d’accompagnement et de financement adaptés à la réalité des propriétaires et des futurs actionnaires : malgré la vigueur de l’écosystème entrepreneurial au Québec, les organisations auraient intérêt à diversifier leur offre pour valoriser le potentiel de l’actionnariat au Québec ;

3) cibler les femmes ayant un fort potentiel et favoriser leur participation comme actionnaire ou associée : les propriétaires doivent être sensibilisés à l’impact de cette ouverture à l’actionnariat sur la rétention des meilleurs talents et sur le transfert éventuel de leur entreprise.

Méthodologie

Femmesor est vouée au développement de l’entrepreneuriat féminin dans les 17 régions administratives du Québec et offre divers services d’accompagnement. Grâce à ces divers partenariats, l’organisme offre du financement sous forme de prêts conventionnels et réalise des investissements en capital-actions dans des entreprises à propriété féminine.

Quelques 2592 personnes ont été jointes pour ce sondage, tant des entrepreneurs et des propriétaires que des travailleurs à temps plein, des cadres et des travailleurs autonomes dans les secteurs publics et privés. Il visait à connaitre leurs pratiques actuelles et leurs intentions à l’égard de l’entrepreneuriat et plus spécifiquement de l’actionnariat.

L’enquête a été menée en ligne entre le 12 février et le 3 mars 2019. L’échantillon a été tiré aléatoirement à partir du panel d’internautes de Léger. L’échantillon serait représentatif de la population du Québec, selon la firme de sondage. À titre comparatif, un échantillon probabiliste de même taille comporterait une marge d’erreur maximale de 1,96 % dans un intervalle de confiance de 95 % (19 fois sur 20).

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