Deux rapports indépendants l’un de l’autre révèlent que les Canadiens pourraient rater leur objectif de retraite s’ils ne rectifient pas le tir.
Un rapport de Manuvie sur l’évolution des tendances entre 2020 et 2025 a sondé un échantillon des participants du groupe de recherche d’Angus Reid. Dans ce rapport intitulé 40 ans de retraite : trouver l’équilibre entre les rêves et l’argent, Manuvie a sondé 1680 employés adultes et 514 retraités, du 1er au 16 mai 2025.
Il révèle que seulement 15% des retraités ont pu prendre leur retraite parce qu’ils avaient suffisamment épargné. En comparaison, 46% l’ont fait pour des raisons de santé, dont 33% pour un problème de santé et 13% pour s’occuper d’un proche. D’ailleurs, 43% des travailleurs canadiens s’inquiétaient des coûts des soins de santé à la retraite en 2025, contre 39% en 2022 et 31% en 2000.
En 2025, 42% des retraités sondés par Manuvie ont retardé leur départ à la retraite pour pouvoir épargner davantage. De plus, 41% des participants perçoivent leur situation financière comme passable ou mauvaise, alors qu’ils étaient seulement 33% à exprimer ce sentiment en 2020.

« Les pressions inflationnistes des dernières années, la hausse des taux d'intérêt et leur impact sur les renouvellements ou les paiements hypothécaires ont laissé des traumatismes », explique en entrevue avec le Portail de l’assurance Marc-Antoine Morin, chef de l'engagement des participants de régimes de retraite à cotisations déterminées de Manuvie Canada. Selon lui, le poids de ces années continue de peser sur la population.
Poids de la dette des X…
Le sondage de Manuvie couvre plusieurs générations. Parmi les embellies constatées, l’endettement est devenu une moins grande préoccupation pour les Canadiens. C'était un problème pour 59% des personnes sur le marché du travail sondées par l’assureur en 2020. Entre 2022 et 2025, cette préoccupation est passée de 56 à 51 % d’entre elles.
M. Morin attribue cette amélioration à la génération X. Selon Statistique Canada, cette génération représente les personnes nées entre 1965 et 1980. Au fil des sondages, il a remarqué que cette génération est toujours celle pour laquelle « la dette est un plus gros problème ». Pourquoi? « Les X sont la génération sandwich. Cela ressort beaucoup du sondage, au point de vue qualitatif et quantitatif » dit M. Morin. Il précise que le sondage de 2025 a permis aux participants de commenter. « Les X sont les plus susceptibles d'avoir à supporter des gens économiquement, que ça soit leurs enfants ou leurs parents », rapporte-t-il.
… Et leur longévité
En 2025, Manuvie s’est penché plus avant sur l'impact de la longévité. « La génération X est probablement la première à être doublement frappée par les défis de la longévité : les X vivront beaucoup plus longtemps qu’il y a deux générations », explique Marc-Antoine Morin. Il rappelle que les parents soutenus par les X vivront également plus longtemps.
« Un troisième coup de poing pour les X : ils ont des enfants pour lesquels la situation économique est bonne, mais pour qui l'accès à la propriété demeure un défi », renchérit M. Morin. Il croit que face à ces défis, les X se diront qu’ils ont besoin de plus d'actifs, de plus de planification en vue de la retraite.
Surestimer l’argent accumulé
Un récent sondage de Sun Life révèle de son côté que les participants de ses régimes de retraite collectifs surestiment leur épargne-retraite. Ainsi, les participants au travail ont en moyenne 23 000 $ de moins qu’ils ne pensent. Les hommes surestiment davantage le montant de leur épargne-retraite que les femmes. L'écart entre leurs économies réelles et perçues est de 16%, contre 12% pour les femmes.
L’étude mentionne également que les personnes ayant pris part à l’enquête ont indiqué qu’elles détenaient en moyenne 159 000 $ dans leur régime au travail de Sun Life. En réalité, le solde moyen du régime des participants au travail est de 136 000 $. Chez les retraités, le solde moyen du régime collectif des femmes à la retraite s’élève à 164 000 $, contre 224 000 $ pour les hommes.
Sun Life compte quelque 7000 clients et 1,3 million de participants des régimes collectifs à cotisations déterminées. Dans ce type de régimes, l’épargne accumulée par chaque participant dépend de ses cotisations et celles de son employeur, s’il y a lieu, ainsi que de ses choix de placements parmi les options proposées par le régime et le rendement obtenu. Dans son étude intitulée Perspectives des participants et participantes : mesures et motivations, Sun Life dit que son enquête a été effectuée auprès de 1981 participants.
L’âge moyen des personnes qu’a sondées Sun Life en collaboration avec la firme Ipsos est de 49 ans. Elles ont été contactées entre le 21 juillet et le 11 août 2025. D’entre elles, 62% sont des hommes et 37% des femmes. L’étude relève que les participants correspondant au pourcentage restant (1 %) n’ont pas précisé leur genre. Le revenu moyen du ménage des participants à l’enquête se chiffre à 143 300 $.
Des femmes trop prudentes?
Selon le rapport de Sun Life, les hommes sont plus susceptibles d'être des investisseurs très confiants, tandis que les femmes ont tendance à être plus prudentes.
De plus, les femmes versent 21% moins d'argent que les hommes aux régimes de retraite collectifs, malgré le fait qu'elles doivent généralement financer des retraites plus longues avec moins d'épargne et qu'elles aient davantage de problèmes de santé, constate-t-on à la lecture du rapport.

« Les femmes tendent à être plus prudentes dans leur approche d’investissement pour la retraite », observe le vice-président régional, régimes collectifs de retraite, de Sun Life, Yashar Zarrabian, en entrevue avec le Portail de l’assurance. « Quand tu es un peu plus prudent, tu peux être moins apte à aller chercher des conseils financiers. Tu te fies plus aux conseils d'amis, de ton entourage », suppose M. Zarrabian.
Le vice-président régional des régimes collectifs de Sun Life croit que plus de littératie financière suscitera plus de confiance. L‘expression « littératie financière » désigne les connaissances et les compétences qui donnent confiance en ses capacités de bien gérer son argent, qu’il s’agisse de budgéter, d’épargner ou d’investir, par exemple.
« Confiance et littératie financière vont ensemble. Notre rapport révèle que les gens plus confiants tendent à avoir plus d'épargne. Souvent, la différence entre avoir juste les connaissances, c'est la confiance. C’est de comprendre les grandes lignes, être à l'aise avec les différents aspects, mais sans trop rentrer dans les détails », résume M. Zarrabian.
Dans le rapport de Sun Life, on peut lire que les participants à l’enquête dont le niveau de confiance est élevé accumulent 64% plus d’épargne par rapport à leur revenu que les personnes avec un faible niveau de confiance. « En revanche, une littératie financière élevée confère un avantage de seulement 12% par rapport à un faible niveau de littératie », ajoute le rapport.
Sun Life dit miser sur son coach numérique Ella pour inciter les participants de régimes à agir. En 2024, Ella a interagi avec les participants des régimes un total de 161 millions de fois, a révélé la porte-parole de Sun Life, Ariane Richard, en marge de l’entrevue. Ainsi 4,2 millions de clients uniques (participants) ont été ciblés avec au moins un rappel. Parmi les clients qui ont reçu des rappels, quatre clients sur cinq ont trouvé au moins un rappel utile.
Yashar Zarrabian explique que ces rappels peuvent par exemple inciter un participant à maximiser sa cotisation en égalant celle de l’employeur, ou de l’augmenter lorsqu’il reçoit une augmentation de salaire. « On peut aussi faire des communications plus ciblées vers les femmes, et qui tiennent compte de leur réalité », souligne-t-il.
L’écart hommes-femmes se rétrécit
Quant aux femmes qui épargnent 21% de moins que les hommes dans leur régime, Yashar Zarrabian dit que les choses s’améliorent. « En 2010, la différence entre les hommes et les femmes était à peu près de 33% », soutient-il.
M. Zarrabian cite deux facteurs qui peuvent en partie expliquer l’écart qui défavorise les femmes, et « que les chiffres ne disent pas ». En premier lieu, des clients de régimes exercent leurs activités dans certains secteurs dans lesquels les salaires sont beaucoup plus élevés que la moyenne et où les femmes sont sous-représentées. Il cite en guise d’exemples les secteurs de l’énergie (gaz et pétrole) et des mines.
Le deuxième facteur qu’évoque M. Zarrabian : les congés de maternité. « Quand tu dois prendre une pause, le facteur temps joue un rôle très important sur comment ton argent progresse, note-t-il. Une pause à 25 ou 30 ans aura un impact négatif sur ton épargne. »
Yashar Zarrabian observe que de plus en plus d’employeurs veulent changer leur approche, ce qu’il dit inciter et encourager fortement. « Durant le congé de maternité, l’employeur continue à cotiser dans le régime de l'employée », résume M. Zarrabian à propos de cette approche.