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Proposer un programme santé à un client entrepreneur donnera de la crédibilité au conseiller

par Alain Thériault | 20 février 2014 11h17

Le conseiller en assurance collective peut se servir du programme santé pour déplacer la conversation du prix vers la santé des employés. S’il convainc son client, le conseiller gagnera notoriété et relation à long terme, grâce aux économies à venir.Prévenir la maladie et promouvoir la santé est plus rentable que de guérir. « Il est deux fois plus payant, humainement et économiquement, d’investir pour garder les employés en santé, plutôt que de devoir toujours investir pour gérer l’invalidité et la maladie », a insisté Marie-Claude Pelletier, PDG du Groupe entreprises en santé, lors d’une conférence sur la santé, le mieux-être et la gestion de l’invalidité au Congrès 2013 de l’assurance et de l’investissement.

Créé en 2005, le Groupe entreprises en santé voit maintenant une cinquantaine d’entreprises au Québec afficher son programme de certification, Entreprise en santé. Ce programme se fonde sur une norme élaborée par le Bureau des normes du Québec, intitulée Prévention, promotion et pratiques organisationnelles favorables à la santé en milieu de travail (BNQ 9700800).

Mme Pelletier croit qu’une démarche de santé en entreprise basée sur les meilleures pratiques en matière d’intervention en milieu de travail peut représenter un retour de 2,75 $ à 4,00 $ pour chaque dollar investi.

Plusieurs de ces meilleures pratiques se jouent à l’implantation du programme, dont l’engagement de la direction. La création d’un comité de santé mieux-être, la collecte de données, la mise en œuvre des actions et leur évaluation subséquente sont aussi des pratiques essentielles à la réussite du programme. Il devra idéalement intervenir dans quatre sphères : les habitudes de vie, la conciliation vie personnelle-professionnelle, les pratiques de gestion et l’environnement de travail.

Un programme efficace permet de réduire des facteurs apparents comme l’absentéisme, le taux de roulement des employés, les cotisations à la CSST, le cout de l’assurance collective, les griefs et les conflits, dit Mme Pelletier. Il permettra aussi de faire diminuer des couts indirects comme la perte de productivité, le recrutement et la formation des gens qui remplacent les employés absents.

Il réduira en outre les couts cachés, comme le présentéisme, que Mme Pelletier décrit comme le dessous de l’iceberg dans une entreprise. « Les entreprises évalueront souvent les couts de la non-santé en fonction de qui est facilement calculable. Or, les couts indirects représentent souvent deux à trois fois les couts directs », a-t-elle révélé.

En plus des économies de gestion des invalidités, un programme santé rehaussera l’attrait d’une entreprise aux yeux d’éventuels candidats. « Quand on prend soin de notre monde, cela devient un facteur d’attraction et de rétention du personnel. C’est souvent la raison que nous donnent les entreprises qui veulent démarrer une démarche de santé en entreprise. »

Pourtant appuyé par de nombreux faits, ce message demeure difficile à passer à l’employeur, rapportent plusieurs conseillers. Pour y arriver, le conseiller peut se servir de son approche santé au client comme un élément distinctif dans son offre de services, estime Mme Pelletier. Il se démarquera de l’approche courante, qui se fonde avant tout sur le prix.

Sur le terrain

Andrée Daigneault, conseillère en assurance collective à La Capitale, a corroboré les dires de Mme Pelletier. « Au lieu de parler du prix, le conseiller peut amener la conversation sur le terrain de la santé des employés, a-t-elle dit. Cela vous permet de gagner en notoriété, car vous proposez à votre client une façon de réduire les couts liés à la consommation des médicaments, et même, d’éviter les invalidités. Vous développez aussi une relation à long terme avec l’employeur, fondée sur la santé des employés. »

Elle relate une anecdote selon laquelle un collègue a changé ses habitudes de vie et son alimentation. Il s’est mis à courir. Résultat : il a perdu quelque 50 livres. « Il n’a plus besoin de prendre de médicaments pour le diabète », a-t-elle révélé.

Cette anecdote rappelle que Viva Santé, programme qu’offre La Capitale à tous ses clients, a démarré en 2004 comme une initiative de l’assureur pour réduire les absences chez son propre personnel. Sous la forme d’un concours de pas avec remise d’un podomètre et prise du tour de taille, le défi a mobilisé les employés en équipe pour les inciter à marcher 10 000 pas par jour, pendant six semaines.

Le défi a réussi à gagner l’engagement de 95 % des employés de La Capitale, a souligné Marie-Claude Roy, kinésiologue et conseillère en promotion de la santé à La Capitale.

« À la fin de la première année, La Capitale a réussi à diminuer son taux d’absentéisme de 20 %. Nous mentirions de dire que c’est seulement à cause du concours de pas, mais nous osons croire qu’il a eu un impact important, dit Mme Roy. Après une importante couverture médiatique, nos clients nous appelaient pour pouvoir en bénéficier. »

Depuis 2009, La Capitale offre Viva Santé aux grandes entreprises clientes (offre qu’elle étendra à toutes les entreprises en 2013). Mme Roy est appelée à développer le programme au-delà des concours de pas. Il se déploie dorénavant sur une base annuelle et suit le mode d’emploi proposé par la norme Entreprise en santé. Viva Santé est actuellement déployé dans environ 80 entreprises au Canada.

Le programme obtient rapidement des résultats. « La première année d’implantation, on observe une augmentation de l’engagement et de la satisfaction des employés, a révélé Mme Roy. On constate aussi que le moral des employés s’améliore. »

C’est seulement dans la troisième, quatrième ou cinquième année qu’on voit apparaitre les résultats les plus significatifs en matière de productivité et d’absentéisme, dit Mme Roy. « On entame notre quatrième année chez certains clients, et on s’attend à voir des résultats à ce niveau-là, ainsi qu’à l’égard de la diminution des couts liés à la mauvaise santé », a-t-elle ajouté.

Pour mesurer les résultats, La Capitale se base entre autres sur des questionnaires qui permettent de connaitre le point de départ du programme. De même, une tierce partie dispense des cliniques mobiles de dépistage au cours desquelles des infirmières mesurent différents facteurs de risques : cholestérol, sucre, hypertension, pratique d’activités physiques. « Dans notre cas, nous nous attendions à avoir une personne sur deux qui participe au sondage d’intérêt, mais nous en avons eu plus de 70 %. Il en ressort qu’en moyenne, 93 % des employés sont favorables à l’apparition d’un programme de santé et mieux-être dans leur entreprise. Il est capital de s’assurer de l’intérêt des employés avant de lancer un programme. »

Les résultats sont plus décevants en ce qui touche le questionnaire santé en ligne à remplir. La Capitale souhaitait voir un employé sur deux y participer : l’assureur a plutôt obtenu un taux de participation de 30 %. La Capitale souhaitait une participation aux défis de 40 %, et elle a obtenu 60 %. Mme Roy a observé que la participation des petites entreprises était beaucoup plus élevée que la moyenne, soit autour de 95 % à 98 %. Par contre, le taux chutait à 55 % en grande entreprise. Assister aux conférences a attiré un employé sur quatre, un résultat conforme aux attentes de La Capitale.

Dans l’ensemble des 80 entreprises engagées dans Viva Santé, 92,2 % des employés se sont dits satisfaits du programme, et 56 % ont modifié leurs habitudes de vie grâce à lui, révèle Mme Roy. Par ailleurs, 41 % disent mieux concilier le travail et leur vie personnelle, et 34 % ont un meilleur climat de travail dans leur équipe.

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