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Rapport de tarification automobile - De nouveaux joueurs vont diluer la concentration

par Hubert Roy | 03 juin 2007 17h40

L'arrivée de nouveaux assureurs sur le marché québécois de l'assurance automobile pourrait venir briser la concentration actuelle. C'est ce que révèle le rapport de tarification automobile 2006 de l'Autorité des marchés financiers, déposé le mois dernier.Selon le rapport de l'Autorité, 128 assureurs étaient autorisés à souscrire des primes au Québec en 2006, mais seulement 79 % d'entre eux l'ont fait.

« Certains assureurs n'ont obtenu leur permis en assurance automobile qu'au cours du dernier trimestre de l'année 2006, indique le rapport. Il est fort probable que ces derniers souscrivent de l'assurance automobile au Québec au cours de l'année 2007. Ainsi, le pourcentage des assureurs ayant souscrit de l'assurance automobile au Québec devrait augmenter au cours de la prochaine année. »

Le rapport révèle que le marché de l'assurance automobile a continué à se concentrer en 2006. Le plus gros assureur présent en assurance automobile y occupait 20 % du marché. Si on combine les trois assureurs les plus importants, cette proportion passe à 47 %. La proportion monte à 62 % pour les cinq plus grands. Les 15 assureurs les plus importants réunis, occupaient 95 % du marché. L'Autorité note aussi que les sept plus grands assureurs sont les mêmes depuis les sept dernières années.

À ce sujet, l'Autorité avance que « l'augmentation de cette proportion au cours des dix dernières années est principalement attribuable à la formation de nouveaux groupes d'assureurs ainsi qu'à la fusion d'assureurs déjà importants ». Le régulateur ajoute « qu'un certain plafonnement semble avoir été atteint depuis quatre ans pour le plus important assureur, de même que pour les trois premiers ».

L'Autorité indique que seulement 11% des assureurs présents au Québec ont une charte québécoise. Néanmoins, ils vont chercher 58 % des parts de marché. S'ils ont un siège social au Québec, la proportion monte à 64 %.

L'Autorité remarque dans son rapport qu'un marché se développe pour les véhicules divers et récréatifs. Le régulateur souligne que ce marché n'est plus réservé aux assureurs qui se spécialisaient dans ces créneaux.
Cette concurrence rend également les assureurs plus actifs dans leur tarification. Ainsi, ces derniers ont effectué 234 modifications dans leurs manuels de tarification, contre 198 l'année précédente et seulement 123 en 2001.

L'Autorité dit ensuite que les manuels de tarification ont été consultés à 191 reprises en 2006. Plus de 74 % des consultations ont été faites par des assureurs à charte du Québec. Certains vont même jusqu'à consulter leur manuel sept ou huit fois par année.

Le régulateur révèle même que les primes pour un même profil d'assuré peuvent varier de 79 %. L'Autorité rapporte que les modifications se faisaient surtout pour les motocyclettes, il y a quelques années, mais qu'elle observe maintenant une recrudescence des modifications pour les motoneiges et les véhicules tout terrain.

L'Autorité explique que la présence plus accrue des assureurs dans le secteur des véhicules récréatifs suit le phénomène des baby-boomers. « Ce segment d'âge de la population dispose aujourd'hui de revenus appréciables et consacre plus de temps aux loisirs. Ainsi, les assureurs qui jouaient un rôle mineur dans ce secteur de l'assurance automobile ont ajusté leurs pratiques afin d'être en mesure de suivre la tendance affichée par leur clientèle et de la conserver. En 2006, cette tendance s'est également manifestée dans le secteur des véhicules récréatifs. »

Faire magasiner son courtier

L'Autorité indique que les tarifs sont à la baisse dans ces catégories compte tenu de la forte concurrence. Elle donne en exemple celle des voitures de tourisme, où 89 % des assureurs ont diminué leurs tarifs en 2006. C'est d'ailleurs la quatrième année consécutive que l'Autorité observe une baisse dans ce secteur.

Le régulateur observe que la demande d'assurance pour les véhicules récréatifs ont monté en flèche depuis huit ans. Pour les VTT, la hausse est de 89 %, tandis que pour les motocyclettes, elle est de 72 %. La demande d'assurance pour les véhicules utilitaires a augmenté de 35 %. Pour les véhicules de tourisme, la hausse est de 21 %. Pourtant, l'Autorité fait remarquer que l'augmentation des titulaires d'un permis de conduire au Québec est seulement de 8 %.

L'Autorité affirme ensuite que les consommateurs peuvent faire jouer cette concurrence pour avoir le meilleur tarif possible. Elle va même jusqu'à conseiller aux consommateurs qui font affaire avec un courtier « de s'assurer que ce dernier ait réellement magasiné pour eux... »

Primes en diminution

Le rapport de tarification révèle que les primes en assurance automobile sont en diminution pour une deuxième année consécutive. L'Autorité prévoit une autre diminution pour 2007. L'organisme explique ces baisses par les hivers cléments des dernières années. Il avance même que les baisses auraient pu être plus significatives qu'elles ne l'ont été.

« La conjoncture incertaine des marchés financiers et du marché de la réassurance au cours des dernières années a pu influencer les décisions des assureurs. En outre, la détérioration importante des résultats des assureurs de dommages dans les autres régions du Canada au cours des dernières années explique, en partie, le fait que les tarifs n'ont pas diminué de manière plus importante. »

Peu de choses ont modifié la rentabilité des assureurs présents en assurance automobile au Québec en 2006. Le taux de sinistres continue de diminuer. Depuis 1997, il est passé de 81,3% à 61 % pour les véhicules de tourisme. Pour l'ensemble des véhicules, le taux de sinistres est passé de 79,9 % à 58 % en dix ans.

Cette baisse du taux de sinistres a permis aux assureurs d'augmenter leur bénéfice. Ce dernier est passé d'une perte de 4,5% à un bénéfice de 17,4 % en dix ans. Le bénéfice réalisé en 2006 est le deuxième plus élevé depuis 1983. L'Autorité avance même que les rendements de l'industrie de l'assurance automobile devraient continuer à se maintenir à des « niveaux historiques » en 2007. Cette situation favorise les consommateurs selon l'Autorité, puisqu'elle fait augmenter la concurrence en tarification.

Le taux de bénéfices sur dix ans des assureurs a également augmenté. De 1997 à 2006, il est passé de 2,9% à 9,6 %. Sur 20 ans, il se chiffre maintenant à 7,2 %.

Du côté des catégories de sinistres, les sinistres en responsabilité civile sont en baisse de 6,4 %, mais les réclamations sont en hausse de 4,7 %. Le même phénomène s'observe pour les collisions. Les sinistres sont en baisse de 3,6 %, mais les réclamations sont en hausse de 4,6 %. Pour les accidents sans collision ni versement, les sinistres sont en hausse de 6,7 % et les réclamations sont aussi en hausse, de 6,5 %.

L'Autorité explique la baisse des sinistres par le fait que le nombre de véhicules sur la route augmente plus vite que le nombre de conducteurs. Ainsi, chaque véhicule en circulation est potentiellement moins utilisé, ce qui réduit les risques d'accident pour chacun d'eux et, par conséquent, la fréquence des sinistres. L'Autorité ajoute que le prix élevé de l'essence incite les consommateurs à réduire leurs déplacements et leur vitesse et à utiliser d'autres moyens de transport.

Les franchises plus élevées

De plus, les conducteurs ont commencé à augmenter leur franchise pour la collision. En 2001, 63,6 % des assurés avaient une franchise à 250 $ et 30,2 % d'entre eux avaient une franchise à 500 $. Cinq ans plus tard, la tendance s'est inversée. Seulement 42 % des assurés ont une franchise de 250$, contre 44,2% ayant une franchise à 500 $.

Le même phénomène s'observe du côté des accidents sans collision ni versement. En 2001, 72,5 % des assurés avaient des franchises à 50$ et 100 $. En 2006, cette proportion a chuté de 20 %. Les franchises de 250 $ et plus sont maintenant préférées par 41,1 % des assurés.

L'Autorité explique cette tendance par les rabais qui accompagnent les franchises plus élevées. « Cette tendance explique le mouvement à la baisse de la fréquence des sinistres observé ces dernières années. Des franchises plus élevées permettent aux assurés d'économiser de bonnes sommes d'argent sur la prime d'assurance automobile qui leur sera demandée. À titre d'exemple, un assuré peut économiser de 10 % à 15 % sur sa prime annuelle en optant pour une franchise de 500 $ au lieu de 250 $ pour la garantie de collision ».

Le rapport 2006 de l'Autorité note que les vols de voiture sont en baisse. Depuis 1999, les vols partiels ont diminué de 52 % et les vols complets de 39 %. Pour l'Autorité, ces résultats sont directement liés aux nombreuses campagnes de promotion qui ont eu lieu à ce sujet, conjugués aux efforts des assureurs pour inciter leurs clients à équiper leur véhicule d'un système antivol.

De leur côté, les dommages reliés au vent et à la grêle sont également en baisse de 33 %. Malgré ces baisses, les coûts moyens par sinistre ont augmenté depuis 2000. L'augmentation est de 41 % en responsabilité civile, de 42 % en collision et de 37 % pour les accidents sans collision ni versement. De plus, l'Autorité révèle que les vols complets d'automobiles représentent 7 % des réclamations, mais 53 % des montants versés par les assureurs.

Réclamations selon le sexe

Le rapport de l'Autorité mentionne que la fréquence des réclamations est plus élevée pour les femmes que pour les hommes et que l'écart entre les deux se creuse depuis six ans (0,73 % en 2001 contre 1,17 % en 2006).

Selon l'Autorité, qui se base sur ce que lui ont dit certains assureurs, la fréquence de réclamations plus élevée des femmes s'explique par le fait qu'elles achètent plus de couvertures d'assurance que les hommes.

Au bout du compte, les assureurs considéreraient que les hommes ont des fréquences de réclamation supérieures aux femmes. Les primes pour les femmes demeurent donc moins élevées que celles des hommes, puisque le montant des réclamations des hommes est plus élevé.

Encore une fois cette année, l'Autorité remarque que la fréquence de sinistres des jeunes conducteurs est plus élevée que celle des autres conducteurs.

Hubert Roy

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