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Réconcilier entreprise, employés et assureur? C’est possible!

par Hubert Roy | 18 novembre 2013 10h19

Est-il possible de réconcilier entreprise, syndicat et assureur en assurance collective et en gestion d’invalidité? Le Mouvement Desjardins l’a fait dans une de ses divisions regroupant 4 000 syndiqués. L’initiative a même mené à la création d’un poste d’intervenante en santé qui suit pas à pas les employés souffrant de troubles de santé mentale, en vue de leur réinsertion au travail.Guy Latour, président du Syndicat des employées et employés professionnelsles et de bureau, section locale 575 (CTC-FTQ) et de l’unité Centre Desjardins de compensation, a présenté le cheminement vécu par les trois parties lors du Rassemblement pour la santé et le mieux-être en entreprise, tenu au printemps.

Tout a débuté en 2004, lorsque le Mouvement Desjardins et l’assureur de son programme d’assurance collective, en l’occurrence Desjardins Sécurité financière (DSF), ont demandé à rencontrer les dirigeants du syndicat pour leur faire part des problématiques rencontrées.

Méfiance des employés envers l’assureur; le syndicat vu comme point d’entrée

« Tant le Mouvement que DSF sentaient qu’il y avait une méfiance des employés envers l’assureur. Comme syndicat, on était vu comme la porte d’entrée auprès des employés. Ces derniers reprochaient à l’assureur de ne jamais payer. Au début, comprendre les contrats de DSF, c’était du chinois pour nous. On était une dizaine de personnes à les lire et chacun en faisait une interprétation différente. Pourtant, nous étions toutes des personnes habituées aux subtilités des conventions collectives », relate M. Latour.

Un programme fut ainsi créé en 2009 pour améliorer les choses. La clé de celui-ci a été l’embauche d’une intervenante en santé.

« Les employés revenaient parfois trop vite à la suite d’un congé pour traiter des problèmes psychologiques. Elle aide maintenant 90 personnes par année, à la grandeur du Québec. De plus, 87 % des cas qu’elle suit sont pour des troubles d’ordre psychologiques. Inutile de vous dire qu’elle peut facilement franchir les 80 000 kilomètres par année, parfois plus », dit-il.

Aide à la famille de l’employé en maladie

Cette ressource aide aussi la famille de l’employé en maladie. « Expliquer à ses enfants qu’on a un congé pour un problème psychologique, ce n’est pas aussi évident que pour un bras cassé. Si l’intervenante doit parler trois heures avec quelqu’un, elle va le faire, peu importe où au Québec », dit M. Latour.

L’intervenante travaille aussi à changer les perceptions au sein de Desjardins. « Beaucoup de gens pensent que l’employé malade s’est payé des vacances. C’est faux. Ce sont des préjugés, comme ceux que l’on peut avoir sur les gens ayant besoin de l’aide sociale. Une minorité fait mal paraitre le reste. La majorité des gens veulent revenir au travail. Elle vient ainsi mettre des mots sur une expérience mal définie et mal comprise. Il faut respecter les limites de chacun. De plus, chaque cas doit être traité de façon spécifique », dit-il.

Selon le président du syndicat, les trois parties sortent gagnantes d’une telle approche. « L’employeur conserve ses compétences. L’assureur, lui, réduit ses couts et son temps d’intervention. Quant à l’employé, son retour au travail est mieux planifié », dit-il. Le programme connait tant de succès que le syndicat souhaite l’étendre aux employés qui partent à la retraite ou qui y sont déjà.

M. Latour ajoute que cette approche permet au prestataire de services de prendre une plus grande action dans son rétablissement. « Des fois, ça peut prendre deux ans. C’est rempli de hauts et de bas. À force de tout conter au conjoint, ce dernier ne comprend pas nécessairement tout ce que la personne vit. On devient la bouée de sauvetage pour lui. Ça ravive aussi un sentiment de contrôle sur sa vie professionnelle. Par exemple, il ne faut pas hésiter à inviter un employé en congé de maladie à une fête donnée à un autre employé. Au contraire! Ça ravive son sentiment d’appartenance », dit-il.

Plus de respect entre les parties impliquées

Il ajoute que cette manière de faire a permis de mieux comprendre le rôle de chaque acteur. « Il y a plus de respect envers l’employeur et l’assureur. Nous ne sommes plus fâchés lorsque l’assureur arrête de payer. On peut mieux l’expliquer », dit-il

Il prend en exemple le cas d’une personne qui n’avait pas ouvert pendant six mois le courrier que l’assureur lui avait envoyé. Celui-ci avait arrêté de payer ses prestations.

« Si elle avait ouvert son courrier, elle aurait su qu’elle aurait dû aller voir un médecin pour qu’elle continue à recevoir ses prestations. Cette expérience nous a ouvert les yeux, et depuis, on s’assure qu’un employé en congé maladie ouvre bien le courrier expédié par l’assureur. On le fait avec lui s’il le faut. On peut ensuite lui expliquer la lettre, que ce soit par téléphone ou en personne », dit-il.

Démystifier le rôle de l’assureur

M. Latour ajoute qu’au départ, il était aux prises avec des employés qui ne voulaient plus rien savoir de DSF. « Dans certains cas, c’était uniquement parce qu’ils avaient entendu de mauvaises choses sur eux. Il a fallu démystifier ce qu’ils faisaient », dit-il.

Quant à l’employeur, il n’est plus vu comme celui qui ne veut rien savoir du processus et qui veut que l’employé revienne au plus vite, dit M. Latour. Il note toutefois qu’employeurs et assureurs devraient revoir certaines de leurs approches. Il pense notamment au terme « hâtif », présent dans de nombreux documents. « Ça envoie un message contradictoire quand on parle de retour au travail hâtif », dit-il.

Même chose pour le processus de prévention au travail, qui gagnerait à être revu, dit-il. « Être capable de faire de la prévention dans les milieux de travail, ce n’est pas évident. Quel employé va aller chercher un dépliant du programme d’aide aux employés dans le bureau de son patron ou devant ses collègues? », dit-il.

Faire comprendre aux employés que leurs prestations ne sont versées qu’à la fin du mois est une autre difficulté, dit M. Latour. « Le système de compensation fonctionne comme cela, mais leur expliquer peut être compliqué. Au syndicat, on a néanmoins prévu des fonds pour cela. On peut diriger la personne vers les bonnes ressources pour l’aider à faire son budget et on peut l’aider à trouver des arrangements pour payer ses factures, comme avec Gaz Métro ou Hydro-Québec », dit-il.

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