Canada Vie a puisé dans sa base de ressources multigestionnaires pour présenter une nouvelle analyse économique de mi-année pour les investisseurs le 13 juillet dernier. Deux des gestionnaires d’actifs de l’entreprise ont discuté des marchés des actions et des revenus fixes, des marchés émergents, des évaluations et des politiques monétaires des banques centrales.

Katherine Klingensmith

Dans les obligations, Katie Klingensmith, vice-présidente principale et spécialiste en investissement chez Brandywine Global Asset Management, indique que l’analyse de l’entreprise n’est pas radicalement différente de ce qu’elle était en début d’année, malgré le fait que les six derniers mois ont été intéressants.

Au premier trimestre, le marché des actions a repris la tendance à la hausse, stimulé par certains secteurs, tandis que les investisseurs se montraient plus optimistes quant à la croissance et à la performance des entreprises. Dans ce contexte, dit-elle, les obligations ont été laminées.

« Mais maintenant, les marchés obligataires (à la fin du deuxième trimestre) étaient de retour aux conditions du début d’année, ce qui signifie que nous avons des courbes de rendement très inversées, lesquelles suggèrent une récession, et des taux relativement élevés, et nous y sommes arrivés très rapidement grâce aux banques centrales », dit-elle. 

Mme Klingensmith ajoute que les occasions d’évaluation des obligations et de leurs écarts varient à la fois entre les secteurs et les régions. « Il se passe vraiment beaucoup de choses sur les marchés des revenus fixes », dit-elle.

« Nous avons des titres qui versent des revenus. Non seulement cela verse des revenus, mais il y a aussi toute une gamme d’occasions », poursuit-elle.

Avec des évaluations qui varient entre différents secteurs et pays, elle exprime ce constat : « C’est un environnement où nous pouvons chercher des rendements. Je pense que c’est un environnement où nous verrons une corrélation négative beaucoup plus traditionnelle entre les revenus fixes et les actions parce que les taux sont plus élevés. C’est un moment où il faut beaucoup de réflexion du point de vue macroéconomique et du point de vue de l’évaluation pour faire les choses correctement. » 

Par ailleurs, Katie Klingensmith souligne que les développements ont surpris les investisseurs, notamment la performance plus forte en Europe, un hiver plus doux et une activité manufacturière inattendue. À l’automne dernier, les craintes étaient que l’Europe entre dans une récession importante en raison de la rareté et du prix résultant des produits de base et de la nourriture. Les craintes sont toujours présentes en Europe pour l’automne qui vient, selon elle.

Chris Dillon

Le gestionnaire d’actions Chris Dillon, vice-président et spécialiste en investissement chez T. Rowe Price, souligne que même si l’industrie a l’habitude de scruter les données de l’indice des directeurs d’achat (PMI), qui surveille l’activité manufacturière mondiale, l’impact de la reprise dans les services ne doit pas être sous-estimé.

« Il y a une énorme reprise de l’économie des services découlant de l’arrêt du COVID-19 », dit-il.   

« La fabrication mondiale pointe vers une récession ; l’activité des services mondiaux indique une économie mondiale qui fonctionne toujours assez bien », ajoute M. Dillon. 

Politique monétaire  

Lors de la discussion qui a suivi, les deux gestionnaires ont exprimé leurs préoccupations concernant la manière dont les banques centrales gèrent l’inflation et la demande.

« Ce qui nous préoccupe le plus, c’est une politique monétaire qui dépasse les limites : des taux qui montent trop haut et qui restent trop hauts pendant trop longtemps », note Mme Klingensmith.

L’impact de la remontée des taux se fait sentir plus rapidement sur la consommation au Canada qu’aux États-Unis, en raison des différences significatives dans la façon dont les dettes et les hypothèques sont structurées. Aux États-Unis, les hypothèques sont plus souvent à terme fixe de 30 ans et le secteur des entreprises a des périodes de financement similaires.

« Nous avons eu cette réponse sans précédent du point de vue de la politique monétaire. Le taux politique au Canada n’a pas été aussi élevé depuis 2001 et il y est arrivé en une fraction de seconde », déplore M. Dillon.

« Combien de temps faut-il pour qu’une politique monétaire beaucoup plus stricte ait vraiment un impact sur la demande et sur l’inflation ? Peut-on obtenir une baisse de l’inflation sans vraiment détruire la demande ? Les débats sont ouverts », note Mme Klingensmith.

De son côté, Chris Dillon souligne que l’histoire montre qu’il faut normalement de 12 à 18 mois pour que la politique monétaire plus élevée « commence réellement à mordre dans le système ».

Katie Klingensmith ajoute qu’il est peu probable que les banques centrales baissent les taux tant qu’elles n’en ont pas besoin. « Elles ne vont pas baisser les taux à moins qu’elles n’aient une déflation ou une inflation trop faible. Il y a des décalages, mais il y a beaucoup de signaux de ralentissement de la demande. Il n’y a pas d’évidence que nous allons connaître une déflation dans les économies occidentales de sitôt », dit-elle. 

« Il est peu probable que les banques centrales baissent les taux pendant un certain temps. Donc ces décalages continuent de s’accumuler », poursuit-elle.

« Et ils vont se manifester dans toutes sortes d’endroits que nous avons oublié de mentionner », dit-elle.

Mme Klingensmith dit espérer que les taux directeurs seront maintenus au lieu d’être ramenés à des niveaux plus bas. « Si les banques centrales doivent les réduire, c’est parce que quelque chose d’assez extrême s’est produit. » 

Probabilités de récession  

Les deux experts estiment que le Canada est plus sensible aux augmentations des taux d’intérêt compte tenu de la façon dont les ménages détiennent leurs hypothèques, mais en réalité, beaucoup de pays — Europe, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada et les États-Unis sont dans une situation similaire.

« Je pense que nous finirons par faire face à des risques de récession de manière coordonnée », souligne Mme Klingensmith. Les marchés émergents, quant à eux, prendront probablement des trajectoires différentes, selon elle. 

Au Canada et aux États-Unis, Chris Dillon évalue la probabilité d’une récession en utilisant des mesures classiques. Il met les chances d’une récession à 65 % au cours des 12 prochains mois aux États-Unis, tandis que les chances de récession pour le Canada se situent autour de 45 %.

Selon le point de vue de T. Rowe Price, la politique industrielle aux États-Unis a plus d’impact sur la demande dans le marché de l’immobilier commercial que ce qui est reconnu. « Il y a des indices qui laisseraient penser que vous devriez inverser cette probabilité de 40 % pour le Canada et la transposer aux États-Unis et retenir plutôt 60 % pour le Canada », dit-il.

M. Dillon ajoute que la firme ne croit pas qu’une récession est prévue cette année. « Si elle arrive, c’est l’année prochaine », dit-il.

Une année de questions  

Katie Klingensmith constate que l’année 2023 soulève beaucoup de questions chez les gestionnaires d’investissement, et cela avait été aussi le cas en 2022. Ces questions nécessitent une certaine agilité d’esprit pour naviguer.

« Nous devons non seulement être intellectuellement curieux et comprendre nos propres hypothèses, mais nous devons également construire des portefeuilles et des approches qui donneront des résultats malgré le contexte d’incertitude. Il faut surveiller les particularités de manière vraiment attentive », dit-elle.