Le troisième trimestre de 2022 confirme la tendance observée lors des deux années précédentes : les dommages assurés découlant des sinistres naturels dépasseront la barre des 100 milliards de dollars (G$) pour une troisième année de suite.
La firme de consultants en services professionnels Aon plc a récemment publié son bilan trimestriel des catastrophes à l’échelle mondiale Q3 Global Catastrophe Recap.
De juillet à septembre, quatre grandes catastrophes ont frappé et confirmé que la barre des 100 G$ serait atteinte en 2022. Après neuf mois, les dommages causés par les sinistres assurés sont estimés à 227 G$, incluant 99 G$ sont couverts par l’assurance.
Le mois de septembre a été particulièrement animé par des cyclones tropicaux, outre Ian, avec l’ouragan Fiona et les super typhons Noru et Nanmadol dans le Pacifique Ouest.
Dans le cas de Fiona, qui a touché les Caraïbes avant de frapper la côte est du Canada, on rappelle que 31 personnes ont perdu la vie et les pertes sont d’environ 3,1 G$.
Ouragan Ian
Le bilan trimestriel souligne le caractère très préliminaire des pertes estimées en raison des dommages énormes causés par l’ouragan Ian, qui a sévi du 23 septembre au 1er octobre.
Même si les premières estimations indiquent que les pertes dépasseront plusieurs dizaines de milliards de dollars, le bilan final ne sera pas établi avant plusieurs mois. Mais Ian s’annonce déjà comme le plus coûteux des ouragans ayant frappé la Floride.
Aon prévoit déjà que cette tempête sera le pire sinistre de l’année et a le potentiel d’être l’un des plus coûteux de l’histoire pour les assureurs. On constate que les dommages sont concentrés sur la côte ouest et le centre de la Floride. « Il faut noter qu’un très grand nombre de propriétés endommagées par les vents violents ont aussi été frappées par l’ouragan Irma en 2017. »
Il ne faut pas sous-estimer l’impact des dommages découlant des pluies torrentielles qui ont inondé de nombreux comtés de la Floride qui ne sont pas situés en bordure de mer. Dès que l’on s’éloigne des côtes, on constate d’ailleurs une très faible couverture par les assureurs des dommages causés par les inondations pluviales. On doit donc s’attendre à ce qu’une bonne partie des pertes associées à ce sinistre ne soient pas indemnisées par des assureurs, indique-t-on dans le rapport.
Inondations en Australie
Les inondations sur la côte est de l’Australie sont déjà considérées comme le pire sinistre de l’histoire du pays. À Sydney en date du 11 octobre, les précipitations déjà tombées depuis le début de l’année totalisaient 2 306 mm. Ce volume dépasse déjà le record établi en 1950 alors qu’il reste encore deux mois et demi à la saison estivale.
Le plus récent rapport hebdomadaire Cat Alert publié par Aon le 20 octobre consacre d’ailleurs plusieurs pages aux inondations en Australie. L’État de la Tasmanie est particulièrement marqué par les pluies abondantes qui se poursuivent à la mi-octobre. Dans sept municipalités, les précipitations ont largement dépassé les 200 mm.
On souligne que les volumes de pluie demeurent inférieurs à ceux enregistrés en février dernier, car les fronts atmosphériques se déplacent plus rapidement. Quelques 234 000 réclamations avaient été faites en février dernier pour des dommages estimés à 7,5 G$.
Au nord-ouest de Melbourne, le fleuve Maribyrnong a grimpé à 4,22 mètres le 14 octobre, soit près de deux mètres de plus que son cours modéré. Le fleuve Goulburn, le plus long de l’État de Victoria, a dépassé les 12 mètres le 15 octobre à Muchison, soit plus de 1,5 mètre plus élevé que son niveau modéré.
La mousson
Du côté du Pakistan et de l’Inde, les inondations reliées à la mousson estivale ont causé plus de 3 500 décès. Au Pakistan, près de 1 700 décès sont reliés aux inondations et ce nombre est susceptible de grossir encore. Les gens sont morts de malnutrition ou des maladies.
Les grands fleuves du pays (Hindus, Gilgit) ont atteint des débits historiques en raison des pluies exceptionnelles, mais aussi à cause de la fonte des glaciers dans les régions montagneuses de leur bassin versant. C’est dans ce pays où l’on compte le plus grand nombre de glaciers à l’extérieur des régions polaires.
Les volumes de précipitations ont été les plus élevés depuis 1961 en juillet et en août. Dans les provinces du Balochistan et du Sindh, au sud du Pakistan, les pluies ont été de quatre à huit fois supérieures à la normale en juillet et en août. Badin a reçu 219 mm le 25 juillet. À Padidan le 19 août, les précipitations ont totalisé 355 mm.
À Jacobabad, la température diurne a dépassé les 38 °C (100 °F) pendant 51 journées consécutives, atteignant un record de 51 °C le 14 mai.
Eh 2010, la pire année précédente pour les inondations, les dégâts se concentraient dans le nord-ouest, alors qu’en 2022, toutes les régions ont connu des crues exceptionnelles.
Sécheresse et canicule
Les températures très élevées en Europe ont provoqué des sécheresses, des canicules mortelles et de nombreux feux de forêt dans plusieurs pays de l’Europe occidentale. La Chine aussi a connu de nombreux épisodes de canicule durant l’été 2022.
Des records historiques de température élevée ont été enregistrés, particulièrement au Royaume-Uni. À Coningsbury, le mercure a grimpé à 40,3 °C, la température la plus élevée notée dans tout le pays.
La canicule a aussi fait sentir ses effets durant la nuit à Kenley Airfield, où la température minimale observée a atteint 25,8 °C, un autre record national.
On estime que la première vague de canicules survenue à la mi-juin a causé 3 700 décès, tandis que 13 000 personnes sont mortes lors de la deuxième vague de chaleur à la mi-juillet.
La sécheresse a rendu la navigation impraticable sur plusieurs grands fleuves (Danube, Rhein, Po) durant l’été. La rareté de l’eau potable a provoqué de lourdes pertes chez les producteurs agricoles. À la mi-août, la cartographie de l’observatoire européen qui surveille l’impact de la sécheresse montre que près de la moitié du continent européen est couvert par l’alerte orange et 17 % par l’alerte rouge, ce qui signale des dommages causés aux terres agricoles.
Les pertes ont été particulièrement élevées en Espagne, en Italie, en France et en Hongrie. Les pertes reliées à la sécheresse et à la chaleur sont estimées à 19 G$, ce qui est le deuxième été le plus catastrophique à cet égard sur le contient européen, après celui survenu en 2003.
Les feux de forêt ont brûlé des superficies largement supérieures à la moyenne annuelle partout en Europe, tant dans les pays membres de l’Union européenne (UE) que dans les pays non membres.
En Espagne, près de 300 000 ha ont brûlé, soit plus de quatre fois la moyenne du territoire ainsi endommagé durant la période 2006-2021.
Ce n’est que le début
Pour toute l’année 2022, on estime déjà que les vagues de chaleur ont causé la mort d’au moins 16 700 personnes en Europe. Aon a d’ailleurs utilisé cet été européen exceptionnel comme un exemple des risques plus élevés, selon une étude publiée en septembre dernier.
La chaleur est classée désormais comme étant le sinistre le plus mortel. Les sécheresses et la rareté de l’eau potable sont des phénomènes qui augmenteront en gravité au fur et à mesure que le climat se réchauffe, indique Aon. Cela aura des impacts notables sur l’aménagement du territoire, la santé humaine et l’activité économique.
À titre d’exemple, l’étude note que la température des rails du réseau ferroviaire britannique a atteint 62 °C en juillet 2022, ce qui a forcé l’interruption du trafic sur plusieurs tronçons. Les tests de résistance au stress menés sur l’acier utilisé sont faits à une température de 27 °C.
Au-dessus de la moyenne
Le bilan trimestriel souligne d’autres constats concernant la hausse de la température moyenne à l’échelle mondiale. En juillet 2022, comparativement à la moyenne enregistrée depuis 1880, la température a été de 0,88 degré Celsius (°C) plus chaude.
Cet écart fait de juillet 2022 le sixième mois le plus chaud jamais observé. Notons que dans ce classement des 10 années les plus chaudes en juillet, neuf ont eu lieu depuis 2010. Le mois de juillet 1998 arrive au 9e rang du classement.
Le mois d’août 2022 (+0,9 °C) arrive aussi au 6e rang des mois les plus chauds, comparativement à la moyenne annuelle depuis 1880. Dans la liste des 10 mois d’août les plus chauds, neuf ont eu lieu depuis 2014, le plus ancien étant 2009, qui arrive en 10e place.
Quant au mois de septembre 2022 (+0,88 °C), il arrive au 5e rang des mois les plus chauds. Dans ce classement, 2012 est le plus ancien, en 10e place.