MENU

Des chercheurs universitaires travaillent à bâtir un modèle de projection québécois

par Alain Castonguay | 23 novembre 2015 07h00

De nombreuses incertitudes pèsent pour établir le profil de l’assurance soins de longue durée et son besoin réel dans le futur. C’est pourquoi une équipe de chercheurs québécois travaillent à bâtir un modèle de projection qui permettra aux assureurs de bien circonscrire ce risque au Québec.

Pierre-Carl Michaud, de l’École des sciences de la gestion à l’UQAM, est titulaire de la Chaire de recherche Industrielle Alliance sur les enjeux économiques des changements démographiques. Il a traité de l’évolution future de la santé et des besoins en assurance de soins longue durée des ainés au Québec lors du Symposium sur les soins de longue durée, tenu récemment à l’Université Laval. Il y a une différence avec le risque de longévité associé au fait de survivre à son épargne retraite, dit-il.

« Le risque lié aux besoins de soins de longue durée est plus complexe, à cause de deux variables. On ne sait pas si le client sera en santé à la retraite ni pendant combien de temps cet état de dépendance durera », dit-il. Grâce au progrès de la médecine, on sait que l’espérance de vie continuera d’augmenter, mais on ne sait pas à quel rythme.

Le débat sur l’assurance autonomie mené par l’ancien gouvernement a bien montré la difficulté de traiter le sujet des besoins en soins de longue durée. Le contexte québécois est bien connu : en 2011, il y avait 5,3 personnes en âge de travailler pour chaque personne âgée de 65 ans et plus, et en 2031, il ne restera que 2,9 personnes actives.

Il existe de nombreuses incertitudes quant à l’état de santé de la population dans le futur. Si le diabète et l’hypertension sont en hausse, tout comme l’obésité, il y a une baisse de la prévalence de certains types de cancers et de maladies cardiaques, et le nombre de fumeurs est en baisse chez les plus jeunes, explique M. Michaud.

Comme le nombre de personnes âgées augmentera de manière sensible d’ici 25 ans, il y aura une hausse du nombre d’individus dont l’état de santé exigera leur installation dans un établissement spécialisé. En 2006, on comptait 90 724 patients dans les CHSLD. En 2041, les prévisions estiment que ces patients institutionnalisés formeront un groupe de 244 170 personnes. En 2011, rappelle Pierre-Carl Michaud, seulement 77 000 assurés détenaient une protection pour les soins de longue durée.

Déterminer le cout de l’institutionnalisation

L’équipe de la Chaire travaille depuis quelques mois à développer un modèle québécois qui permettra de projeter, par tranche d’âge, le risque d’une personne de finir sa vie en institution, le nombre d’années où les soins seront requis. Grâce au caractère hétérogène de la trajectoire de vie des ainés, on pourra ainsi distribuer le risque sur un large groupe, ce qui permettra d’évaluer le cout et de créer un marché pour les assureurs. Le modèle déterminera la valeur présente du cout de l’institutionnalisation et le nombre d’individus touchés en fonction des divers scénarios analysés.

Pour l’instant, la recherche se limite aux soins de longue durée prodigués dans un centre spécialisé, mais M. Michaud espère que l’on pourra distinguer les soins requis pour maintenir l’ainé au domicile. Le modèle, portant l’acronyme COMPAS, utilise les données des enquêtes nationales menées par les organismes publics, à partir de données de vrais individus. On projette dans l’avenir l’état de santé de la population âgée de 30 ans et plus.

Le COMPAS permet de modéliser des transitions simultanées entre différents états de santé, en incluant une dizaine de maladies dégénératives dans le modèle. Le scénario de référence simule l’évolution de la santé de ces individus en l’absence de changements majeurs dans les politiques publiques, de même que dans les transitions entre les différents états de santé.

Différentes hypothèses démographiques sont utilisées dans la simulation. On simule la prévalence des maladies par âge, par sexe et par niveau de scolarité. On mesure aussi l’évolution du taux de mortalité pour ces maladies, l’incidence de certaines d’entre elles, l’espérance de vie en santé, le nombre de personnes en institution, etc. Le COMPAS suivra attentivement la cohorte de 2010 afin de fournir de l’information sur le risque en fonction de divers facteurs, dont le tabagisme, l’obésité, etc.

Pour la population totale âgée de moins de 65 ans, la probabilité d’être un jour en institution est pour l’instant estimée à 26 %, et la durée moyenne du séjour est de 1,16 année. Si on reporte cette donnée sur la population qui vit en CHSLD, la durée moyenne du séjour est de 4,32 années. Cette évaluation sera utile dans l’hypothèse de la création d’une rente longévité, dit-il, afin de discuter du financement des soins qui seraient prodigués, avec mécanisme d’accumulation et de retour des primes.

Le cout moyen d’une année en institution est évalué à 41 450 $, auquel on ajoute un taux d’escompte réel de 3 %. La partie à assurer varie, selon le cas, de 17 000 $ à 35 000 $. Un autre élément devra être ajouté dans la modélisation, soit celui du temps d’attente avant d’être admis dans un CHSLD. Plus les besoins augmenteront, plus ce temps d’attente pourrait augmenter et il faudra prévoir augmenter l’aide à domicile, explique M. Michaud.

Le cout des produits mieux connu dans le futur

En quantifiant la valeur des produits d’assurance pour les assurés, on pourra ainsi évaluer le cout des produits, tant pour les assureurs que les gouvernements. Le degré d’éducation est un marqueur socio-économique important, précise M. Michaud lors des échanges avec la salle. Les études américaines montrent qu’il s’agit d’un facteur clé à l’égard de la prévalence de certaines maladies, ou encore pour l’adhésion au traitement par le patient qui doit suivre sa médication à son domicile et sans assistance.

M. Michaud explique que la caractéristique « marié ou non marié » ne peut être incluse dans la simulation, car ce n’est pas une donnée fixe que l’on peut projeter. Il serait intéressant de prédire ce facteur, car il influence les politiques publiques, poursuit-il. Il arrive certaines situations où il faut liquider le patrimoine familial afin de payer les soins. Quand il s’agit de la deuxième personne du couple, les dommages se limitent aux héritiers. Mais si c’est la première, cette situation peut laisser le survivant sans aucune ressource pour couvrir ses propres besoins.

Publicité
Sur le même sujet …