La fusion de La Capitale et de SSQ Assurance, deux mutuelles d’assurance de la région de Québec, vise à faciliter le virage numérique qui s’impose à tous les assureurs.

Pour recruter du personnel, notamment dans les technologies de l’information, un employeur de plus grande taille a plus de chance d’être attractif, indiquent les deux dirigeants, Jean St-Gelais, président du conseil d’administration et chef de la direction de La Capitale, et Jean-François Chalifoux, président-directeur général de SSQ.  

« C’est dans tout le secteur des technologies de l’information, dans tous les domaines d’activité, qu’il est difficile de recruter des bons candidats. Après cela, ça prend des talents dans tous les domaines », indique Jean St-Gelais.

« En unissant nos forces, nous serons un joueur d’impact dans le secteur de l’assurance au Canada, souligne Jean-François Chalifoux. Nous aurons la capacité de faire les investissements technologiques pour poursuivre notre transformation, accélérer le virage numérique et réaliser une foule de projets au bénéfice de nos membres et de nos clients. »

« Nous aurons la possibilité d’élargir et d’optimiser notre gamme de produits et de solutions et ces produits seront désormais mieux adaptés aux besoins de notre clientèle de plus en plus variée. Nous pourrons ensemble offrir une expérience client unique et distinctive », ajoute-t-il.

Pour la croissance

Les deux assureurs veulent devenir la plus grande mutuelle d’assurance au pays. Comme ils opèrent principalement dans des marchés complémentaires, cette fusion était une évidence, indique Jean St-Gelais, qui deviendra président du conseil d’administration de la nouvelle entité une fois la transaction autorisée.

« Ce que nous réalisons est véritablement la réunion de deux entreprises complémentaires, de taille similaire, avec des valeurs communes et qui sont toutes les deux en excellente santé financière », note le PDG de La Capitale.

La nouvelle entreprise comptera 4 700 employés, plus de 3,5 millions de membres et de clients, avec des actifs sous gestion à plus de 20 milliards de dollars (G$) et une valeur des primes d’assurance consolidées atteignant 5 G$.

« Nous avons déjà plus de 400 personnes qui travaillent hors Québec dans notre nouvelle entreprise », dit M. Chalifoux. Le nom de la nouvelle entité devra résonner partout à travers le pays, de Halifax à Victoria en passant par Montréal, Toronto, Calgary, Edmonton, Vancouver, etc., précise-t-il.

« Ailleurs au pays, il y a des joueurs beaucoup plus importants que nous, mais avec ce regroupement, nous allons devenir le caillou dans le soulier, j’imagine que nous étions plus un grain de sable jusqu’à maintenant. (...) Nous aspirons à nous développer plus rapidement ailleurs au pays, il y a des parts de marché à conquérir pour notre nouvelle organisation », poursuit M. Chalifoux.

Économies d’échelle

Les deux hommes ont cependant refusé de chiffrer les économies d’échelles qui sont attendues de la part des conseils d’administration des deux mutuelles. Jean-François Chalifoux, qui sera le PDG de la nouvelle entité, confirme cependant que les deux mutuelles devaient investir de bonnes sommes pour moderniser leur plateforme respective en assurance de dommages, le domaine de La Capitale, et en assurance collective, celui de SSQ.

« Chacune de nos organisations a ses forces au niveau technologique et c’est dans cet esprit que nous allons continuer. Sans donner de chiffres précis, on parle en centaines de millions de dollars qui sont requis en investissements », note M. Chalifoux.

Au lieu d’investir en double, la mise en commun de leurs efforts leur permettra d’améliorer plus rapidement l’expérience client.

« Il nous faut maintenir ce qu’on fait déjà avec nos clients actuels, il faut que ça reste fluide, les opérations de nos deux assureurs qui sont toujours des concurrents. Là, on travaille sur l’intégration dès aujourd’hui. Alors, nous devrons être capables de livrer la marchandise concernant nos estimations de réduction des couts », reprend M. St-Gelais.

Trois années pour l’intégration

Jean St-Gelais présidera le comité chargé d’intégrer les deux organisations dans une seule entité, avec la collaboration de M. Chalifoux. « On se donne trois années pour réussir l’intégration. (...) On veut toujours que ça aille plus vite, nous sommes des dirigeants, mais on veut que ça soit bien fait pour le long terme, pour la pérennité de nos deux organisations, des mutuelles qui sont là pour longtemps. On n’a pas la pression de publier des résultats trimestriels que les compagnies publiques ont, avec des attentes des marchés boursiers en termes de réduction de personnel et de synergie. Je suis convaincu, nous sommes optimistes, ensemble, on va réussir », précise-t-il.

Il y a encore plusieurs étapes à franchir avant de concrétiser le regroupement. « Il nous faudra d’abord obtenir l’approbation du Bureau de la concurrence du Canada, de l’Autorité des marchés financiers, du ministre québécois des Finances, ainsi que des assemblées des membres mutualistes de nos deux organisations », indique M. St-Gelais. L’Assemblée nationale devra adopter des modifications aux lois privées respectives des deux mutuelles et les deux groupes espèrent que le tout se fera d’ici la fin de la prochaine session parlementaire, qui commence la semaine prochaine.

« Dans l’intervalle, on continue comme avant. Nous sommes toujours deux compagnies distinctes et autonomes. Nous affirmons haut et fort aujourd’hui notre volonté de nous regrouper et pour nous, c’est un beau et grand projet », poursuit Jean St-Gelais.

La plus grande mutuelle

« Il y a une volonté commune de devenir la plus grande mutuelle d’assurance au Canada, c’est clair, ajoute Jean-François Chalifoux. Nous aspirons à demeurer sous la forme d’une mutuelle, c’est l’engagement que nous avons pris auprès de nos instances également. » Les assemblées mutualistes se réuniront le 3 mars prochain afin d’approuver ce projet de regroupement.

Les deux dirigeants ont refusé de dire qui avait mis le projet de fusion sur la table. « Ça s’est fait naturellement, à Québec, nous sommes une industrie importante, mais ça reste un petit milieu, nous nous connaissons tous, on se rencontre souvent. Je ne peux pas vous dire qui a approché l’autre, ça s’est vraiment fait naturellement. C’est la volonté commune des organisations, ça n’a pas vraiment d’importance de savoir qui a lancé l’idée », indique M. Chalifoux.

« Ça s’est vraiment fait comme Jean-François vous l’a dit, confirme M. St-Gelais. À l’ACCAP, les discussions sur la consolidation reviennent constamment, on en a souvent discuté dans le passé », dit-il.

« À travers les présentations différentes que nous avons faites dans le passé, le rapprochement dans le milieu mutualiste, on doit trouver des pistes de collaboration, reprend M. Chalifoux. Nous sommes plusieurs assureurs de petite ou de moyenne taille. Nous avons tous intérêt à mettre en commun nos ressources pour nous développer. Nous avons les mêmes défis, la même volonté de nous développer à l’extérieur du Québec, et s’unir fait tout son sens si l’on veut percer dans le marché canadien. »

« Ça prenait aussi un peu de temps pour que ça se fasse, reprend M. St-Gelais. Je suis arrivé à La Capitale en 2016, Jean-François est chez SSQ depuis 2015. Il fallait prendre le temps de bien connaitre notre organisation », dit-il.

« Le monde change et évolue rapidement. (...) La pénurie de main-d’œuvre sévit, la transformation technologique est profonde », ajoute M. Chalifoux.

« Avec la présence de La Capitale en assurance collective, ça nous ajoute du volume aussi, on est déjà bien positionné, note M. Chalifoux. On accueille de nouveaux clients, ce qui nous permet d’amortir les frais fixes sur un plus grand nombre de clients, un plus grand volume de primes, c’est la même chose en assurance de dommages et en sécurité financière. Nous sommes tous les deux présents dans ces marchés, alors en créant un nouvel assureur qui double de taille, c’est important. Dans notre industrie, un plus gros assureur peut générer des économies d’échelle, peu importe son marché », dit-il.

Le siège social restera à Québec, mais il est trop tôt pour déterminer où seront réunis les membres de la haute direction de la nouvelle entité. Et la nouvelle entité sera toujours une mutuelle dans l’avenir, ajoute Jean St-Gelais.

« Notre taille respective, pour le long terme, nous avons jugé qu’elle n’était pas suffisante. En se regroupant, on peut relever les défis qui s’en viennent. Le modèle coopératif, mutualiste est répandu au Québec, avec la Coopérative Fédérée, Agropur, Desjardins, Humania, Union-Vie, Promutuel, nous. C’est un modèle qui a de l’avenir, nous y croyons et la preuve est que nous fonçons à fond de train », dit-il.

La main-d’œuvre

Le recrutement est de plus en plus difficile et la relève se fait rare. On le voit dans le recrutement des agents spécialisés dans le service à la clientèle ou dans les finissants des programmes techniques en assurance, souligne M. Chalifoux.

« Nous aurons quelque 500 départs à la retraite d’ici trois à cinq ans, dans nos deux organisations. Dans le cours normal de nos activités, il nous faut embaucher des centaines de personnes chaque année. Et à l’heure actuelle, dans nos deux organisations, nous avons plus de 200 postes vacants et à pourvoir », poursuit Jean-François Chalifoux.

« Si vous avez de l’ambition, si vous êtes talentueux et passionné, nous attendons votre CV », dit-il.

En combinant leurs volumes, les deux assureurs pourront utiliser les forces de chacun pour dégager des économies, réduire leurs couts et être plus efficaces. « On a de la concurrence, alors si on veut être pertinents et offrir une expérience complète à nos clients, il faut prendre les moyens pour le faire », note M. St-Gelais.