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Un environnement hostile pousse les fonds distincts vers plus de simplicité

par Alain Thériault | 23 octobre 2015 07h00

Les fonds distincts se sont réinventés depuis la déroute du produit de garantie de retraits à vie (GRV). Les bas taux d’intérêt et les exigences de capital qui tourmentent l’industrie depuis la crise de 2008 sont toujours là, mais les assureurs l’ont en tête lorsqu’ils développent un produit. Ils ont un mot à la bouche : simplicité.

En octobre, Canada-Vie, Great-West et London Life ont lancé BonjourLaVie, un programme qui permet aux retraités de décaisser un montant en provenance à la fois de rentes et de fonds distincts, selon différentes proportions.

Le nouveau venu est un pur produit des focus groups, partagés entre clients et conseillers. Great-West a voulu donner aux Canadiens en situation de décaissement un produit holistique conçu dans un langage simple, a expliqué le vice-président exécutif, gestion du patrimoine, Rob Ritchie.

Dans les groupes de discussion, les clients ont été clairs : ils veulent mieux comprendre comment convertir leurs actifs en revenu de retraite. « À la base, les gens se demandent s’ils seront ok pour la retraite. Ils veulent se faire guider dans leurs décisions, dans un langage simple. Ils veulent prendre contrôle de leurs décisions », a expliqué M. Ritchie.

Qualifications automatiques

Le 7 décembre, iA Groupe financier lancera une série de fonds à frais réduits pour ses clients qui détiennent 300 000 $ ou plus d’actifs auprès de l’assureur. « Nous qualifierons automatiquement nos clients qui sont admissibles. Le conseiller n’aura pas à les qualifier lui-même », a révélé Marie-Claude Poulin, directrice, produits d’épargne et de retraite, chez iA.

SSQ Groupe financier annonce de son côté un lancement le 9 novembre. L’annonce comporte deux éléments principaux, a révélé Sylvain Charbonneau, vice-président, actuariat et sélection des risques, de SSQ Assurance. SSQ change sa plateforme technologique pour accommoder les agents généraux, tous passés au système d’arrière-guichet FundSERV depuis belle lurette. SSQ avait retardé le développement de certaines de ses fonctionnalités en raison des couts.

SSQ fait aussi le ménage de ses tablettes de produits. « Dans un souci de cohérence, nous abandonnons la marque Astra, lance d’emblée M. Charbonneau. Nous avions un produit de vie universelle que nous avons appelé SSQ Vie universelle. Nous appelons donc nos fonds de placements garantis : Fonds de placements garantis SSQ. Il faut dire ce que le produit fait, simplement. » L’offre s’enrichit entre autres de quatre nouveaux fonds.

Réfléchir davantage

L’assureur avait en tête les exigences réglementaires au moment du développement. « Les règles de capital n’ont pas bougé depuis le choc post-crise qui a signé la fin des GRV telles qu’on les connaissait alors, rappelle M. Charbonneau. Elles nous incitent à réfléchir davantage à l’environnement économique et aux risques au moment de concevoir et développer un produit. »

Empire Vie y va aussi en légèreté de capital… et en sécurité. Le 20 avril, l’assureur a lancé une gamme de fonds 75/75. Il a lancé du même coup le Fonds de placement garanti revenu mensuel. Si la nouvelle garantie n’a pas surclassé la populaire série 75/100, elle jouit toutefois d’un momentum, dit Julie Yoshikuni, vice-présidente, marketing de la gestion de patrimoine individuelle chez l’assureur.

Julie Yoshikuni« Nous sommes heureux de ce que nous voyons depuis le lancement. Le choix entre les garanties 75/75 et 75/100 dépend des besoins des investisseurs. Les plus jeunes seront davantage intéressés par les garanties 75/75 parce qu’ils ont une plus grande tolérance au risque. L’idée derrière ce lancement était d’offrir un choix. De plus, certains conseillers disent que les fonds distincts à garanties 75/75 sont une excellente alternative aux fonds communs », a-t-elle expliqué.

Depuis l’instauration de règles de capital sévère, Sylvain Charbonneau note pour sa part une tendance croissante vers la garantie de la valeur des dépôts à l’échéance de 75 % et au décès de 75 % (75/75). Plus légère en capital pour l’assureur, elle permet d’offrir à l’investisseur une version épurée, dont le ratio des frais de gestion est au plus bas. « Mais les conseillers et leurs clients voient encore le bénéfice des garanties à l’échéance de 75 % et au décès de 100 % (75/100) », confie M. Charbonneau.

Selon Mme Yoshikuni, l’environnement actuel favorise le lancement de nouveaux fonds distincts, quels qu’ils soient. « Il y a beaucoup de volatilité dans les marchés et cela préoccupe les investisseurs. Beaucoup de gens sont près de la retraite ou à la retraite. Cet environnement incite à regarder les fonds distincts, observe-t-elle. Il y a une ruée vers la sécurité. » En ces temps volatils et incertains, les fonds distincts offrent des garanties et une protection pour ceux qui recherchent la sécurité, dit Mme Yoshikuni.

La GRV survit à sa complexité

Le GRV ne passe peut-être pas le test de la simplicité, mais l’industrie a su lui donner une cure minceur. À la fin de 2014, IA Groupe financier a réalisé le vœu exprimé par son PDG, Yvon Charest, un an plus tôt : livrer un produit de GRV « léger en capital ». SérieÀVie se voulait un remplacement de l’ancien GRV, trop gourmand en capital.

« Les ventes ont connu un départ un peu plus lent que nous avions espéré, mais les conseillers ont des commentaires positifs. Ils voient que le marché se transforme. Les compagnies s’éloignent de la formule traditionnelle parce que les exigences de capital élevées et les bas taux d’intérêt en font un produit couteux », a confié Marie-Claude Poulin.

Changement compliqué

IA Groupe financier voit présentement les ventes du nouveau GRV prendre de la vigueur. « Nous avons beaucoup misé sur la simplicité du nouveau produit. Mais le changement n’est pas toujours aussi simple. Les conseillers s’étaient habitués à l’ancien et ont besoin d’une période pour s’approprier le nouveau. Changer pour plus simple amène aussi sa propre complexité », dit Mme Poulin.

Elle observe aussi la popularité des garanties 75/75, qui représentent de 55 % à 60 % de ses ventes de fonds distincts. Les garanties 100/100 en représente 20 %. Il faudra voir pour la suite, dit Mme Poulin.

Desjardins Assurances a réintroduit son produit GRV au printemps 2014 sous la forme d’Hélios 2. La garantie de retrait s’est alors enrichie d’une composante variable. Encore là, les nouvelles règles de capital ont joué pour beaucoup dans le nouvel équilibre entre rendement du produit et légèreté. « Le design des caractéristiques respecte cet équilibre », indique Jean-François Girard, directeur, développement et mise en marché des produits d’épargne pour les particuliers chez Desjardins. La composante variable a fait tendance dans l’industrie, parce qu’elle tient compte de la variation future des taux, ajoute-t-il.

Au moment de l’entrevue réalisée le 30 septembre avec Jean-François Girard, Desjardins Assurances s’apprêtait à réaliser des changements à ses fonds distincts. Plusieurs fonds communs et distincts peu performants ont été fermés ou fusionnés à des contreparties plus prometteuses.

« Nous fermerons quelques fonds qui sous-performaient et pour lesquels nous n’éprouvions plus la même confiance envers les gestionnaires. Ils seront remplacés par de nouveaux fonds plus performants », a révélé M. Girard. Desjardins lance entre autres un fonds dont le contenu sera principalement américain, a-t-il ajouté.

Éliminer la confusion

De son côté, Investissements Manuvie vient de fusionner plus de 50 fonds, pour éliminer le chevauchement et la confusion chez conseillers et investisseurs. Aucune autre fermeture ni fusion de fonds distincts n’est envisagée pour le moment, a révélé Marie Gauthier, vice-présidente associée, fonds distincts. « Manuvie veut continuer à croitre en fonds distincts. Nous sommes numéro un au pays dans ce secteur en termes d’actifs sous gestion et numéro deux au chapitre des ventes brutes », ajoute Mme Gauthier.

De son côté, Great-West aura un mois d’octobre chargé. En plus de son nouveau programme, l’assureur ajoutera quelques fonds distincts à son alignement, a révélé George Turpie, vice-président principal, fonds d’investissement de Great-West, Canada-Vie et London Life. 

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