Profitant de sa mise à jour budgétaire du 7 novembre, le ministre des Finances du Québec annoncera que Retraite Québec a été mandaté pour élaborer un nouveau régime de retraite à prestations cibles. Éric Girard prévoit le dépôt d’un projet de loi encadrant ce régime au printemps 2020.
Le ministre Girard était l’invité de la 7e édition du colloque annuel « Retraite, investissement institutionnel et finances personnes », tenu ce mardi à Québec. L’événement, organisé par le Cercle finance du Québec et CFA Québec, a attiré plus de 400 participants.
M. Girard, qui a pris la parole au petit déjeuner, a fait attention de ne rien dévoiler à l’avance, deux jours avant sa mise à jour budgétaire prévue le jeudi 7 novembre. Il a toutefois suggéré aux participants du colloque de prendre connaissance des faits saillants, un document d’une vingtaine de pages qui contient les principaux indicateurs sur l’état des finances du gouvernement. « C’est notre effort de vulgarisation, ça fait partie de notre rôle au ministère », indique-t-il.
Mandat à Retraite Québec
Le gouvernement Legault a donné le mandat à Retraite Québec d’élaborer un projet de loi qui offrira une nouvelle option d’épargne aux salariés et aux employeurs : le régime de retraite à prestations cibles. Le ministre exprime déjà son intention de le soumettre au printemps 2020.
Le nouveau produit se voudra un hybride entre les régimes à prestations déterminées (RPD), qui sont de moins en moins populaires, et les régimes à cotisations déterminées (RCD). « Ce seront des régimes de retraite flexibles avec des mécanismes de stabilisation pour assurer leur santé financière », indique Éric Girard.
La volatilité future du régime reposera donc désormais sur l’épargnant, et non sur son employeur. « Les cotisations de l’employeur seront fixes, car comme vous le savez, dans les régimes à prestations déterminés, les employeurs se plaignent de la variabilité des cotisations », indique le ministre des Finances.
La rente sera fixe, et ce sera la cotisation des employés qui pourrait varier. Les mesures d’ajustement seront prévues en situation de déficit ou de surplus, avec une pondération adéquate des prestations et des cotisations. M. Girard promet plus de détails dans un document sur la retraite qui fera partie de la mise à jour budgétaire.
Travailler plus longtemps
La participation accrue au marché du travail est l’un des quatre piliers de la croissance du potentiel économique du Québec visés par le gouvernement Legault. Dans toutes les tranches d’âge, le Québec compte une plus large proportion de gens actifs que la moyenne canadienne, sauf chez les 60 ans et plus. Les Québécois continuent à prendre leur retraite plus rapidement que les autres Canadiens.
C’est pour cela que le gouvernement a adopté des mesures pour inciter les employeurs à garder en emploi leurs employés expérimentés, notamment en réduisant les taxes sur la masse salariale pour les plus de 60 ans, précise le ministre Girard.
La retraite est une responsabilité individuelle et collective, poursuit-il. Le supplément de revenu garanti, qui relève du gouvernement fédéral, les prestations de la Régie des rentes du Québec (RRQ), et l’épargne privée, sont les trois paliers qui visent à combler les besoins à la retraite. Le Québec veut favoriser la création d’un quatrième niveau, soit les revenus de travail des gens déjà à la retraite.
On estime qu’il y a 120 000 emplois à pourvoir sur le marché du travail. Si le Québec augmentait de 21 % à 25 % le taux de participation au marché du travail des plus de 60 ans, comme c’est le cas en Ontario, cela représenterait 90 000 personnes de plus en emploi, souligne-t-il.
Éric Girard remercie le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau, qui a bonifié le régime des prestations de revenu garanti dans son budget 2019. Le régime de la RRQ a aussi été bonifié, tant pour les montants maximaux admissibles que le taux de remplacement du revenu.
Quelque 62 % des cotisants québécois touchent leurs rentes dès l’âge de 60 ans, comparativement à 38 % dans le reste du Canada. En gardant les gens actifs plus longtemps sur le marché du travail, ils peuvent reporter à plus tard le moment où ils touchent leurs prestations de la RRQ. La rente peut être bonifiée jusqu’à 40 % si le retraité attend jusqu’à 65 ans pour recevoir ses prestations, au lieu de 60 ans. Elle augmente même jusqu’à un maximum de 122 % si on attend à 70 ans, ajoute-t-il.
Des précisions
Lors des échanges avec la salle, le ministre des Finances a précisé que la création de ces régimes à prestation cible découlait de la demande des parties prenantes. « On ne s’est pas réveillés un matin en pensant à cela. Ce sont les experts chez Retraite Québec qui nous en ont parlé. Les associations patronales, les syndicats nous disent qu’il faut trouver des solutions pour contrer le déclin des régimes à prestations déterminées », dit-il.
Un autre participant a demandé au ministre des Finances si on envisageait de hausser la limite maximale des prestations versées par la RRQ, comme viennent de le faire les Pays-Bas. « Je vous encourage à faire valoir les avantages de votre proposition à Retraite Québec et au ministère, et on la regardera en temps et lieu », indique M. Girard.
Une telle proposition exigerait le dépôt d’un projet de loi, et son ministère travaille déjà sur un projet de loi touchant les agences de crédit, afin de protéger les avoirs des Québécois. Cette priorité législative occupe ses collaborateurs, tout comme le projet de loi touchant les régimes à prestations cibles, sans parler des ajustements législatifs requis par le dépôt du prochain budget.
Une situation exceptionnelle
Durant son allocution, Éric Girard a insisté sur la performance exceptionnelle de l’économie du Québec. Pour les sept premiers mois de 2019, la croissance du PIB a atteint 2,7 %, largement au-dessus de la moyenne canadienne, qui est à 1,5 %. Ce qui est encore plus remarquable est que cette croissance accélérée se déroule en même temps que l’économie mondiale tourne au ralenti.
« Ça fait deux années de suite que la performance de l’économie québécoise dépasse largement celle de la moyenne canadienne. Pour réduire les écarts de richesse que nous avons avec le reste du pays, il faudrait maintenir cette performance pendant 25 ans », indique-t-il. Le niveau de vie des Québécois est toujours inférieur de 16 % à celui des Ontariens.
Le Québec représente près de 23 % de la population canadienne, mais seulement 20 % du PIB et seulement 15 % des investissements privés de tous ceux faits au pays. « Ça n’est pas assez », insiste-t-il.
Les réformes menées chez Investissement Québec visent particulièrement à améliorer la performance des entreprises québécoises à cet égard, notamment pour faciliter leur transition à l’ère numérique. La mesure touchant l’amortissement accéléré des dépenses en logiciels et dans les équipements, adoptée dans le budget 2019, va aussi dans le même sens.
Le remboursement de la dette
À propos des bas taux d’intérêt, le ministre des Finances a indiqué ceci : « Je suis économiste, et il y a une théorie qui suggère d’emprunter beaucoup lorsque les taux sont bas. Je suis sceptique. Ceux qui véhiculent cette théorie sont souvent les mêmes qui empruntent beaucoup », dit-il.
Les taux d’intérêt sont restés bas depuis la crise financière parce que les taux de croissance de l’économie mondiale sont demeurés modestes. Quand la croissance est plus faible, les rendements sont plus faibles, la valeur des titres refuges augmente, etc., explique le ministre Girard.
Les taux actuels reflètent la valeur que leur accordent les marchés. Le Québec a déjà une lourde dette, et il estime que son devoir comme ministre des Finances est de la réduire, particulièrement lorsque la situation budgétaire le permet, ce qui est le cas en ce moment. « Nous avons une responsabilité collective envers les prochaines générations, avec les défis reliés au vieillissement démographique et les pressions sur la demande des services de santé. C’est le temps de réduire notre dette. Nous visons à passer de la province la plus endettée au pays à être la province médiane », dit-il.