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Vie universelle : la hausse du cout nivelé se poursuit

par Alain Thériault | 04 mai 2011 20h20

Après une hausse de la Financière Manuvie en décembre, le marché a suivi. La flambée s’achève alors que l’on voit les derniers joueurs s’aligner.

Plusieurs assureurs ont récemment annoncé les hausses à leurs conseillers par voie de bulletin. RBC Assurances offrait ses anciens taux jusqu’au début de mai. Transamerica Vie Canada et Desjardins Sécurité financière (DSF) les offraient jusqu’à tard en avril. Equitable Life était passé à la hausse le 14 mars.

Coupable : les taux d’intérêt. « Nous avons tous opéré dans un environnement de bas taux d’intérêt pendant des années. Ce que vous voyez présentement n’est qu’une rationalisation », a lancé Natalia Witkowsky, directrice des produits chez RBC Assurances. L’industrie espérait encore une hausse, mais les économistes ont fait voler ces espoirs en éclats au début de l’année, a-t-elle rappelé.

Les hausses sont ciblées. « Elles touchent davantage les assurés de moins de 50 ans », observe Alain Bédard, premier vice-président, assurance et épargne pour les particuliers chez DSF. L’assureur a haussé les prix dans une fourchette de 5 % à 7 % pour cette population d’assurés au sein de ses polices vie universelle permanentes. M. Bédard croit que l’effet à la hausse pourrait perdurer encore trois ans dans l’industrie, si les taux d’intérêts demeurent bas.

RBC a fait écoper les moins de 40 ans, surtout pour les montants d’assurance autour de 100 000 $. Le bulletin d’information de l’assureur publié en avril ajoute que le cout nivelé demeurera compétitif pour les assurés de 50 ans et plus qui souscrivent un montant d’assurance entre 500 000 $ et dix millions de dollars (M $). « C’est le créneau où RBC Assurances souhaite être le plus compétitif avec son produit de vie universelle à cout nivelé », affirme Mme Witkowsky.

Les hausses du cout nivelé sont aussi plus sensibles chez Transamerica dans cette tranche d’âge. Les 25 à 49 ans qui souscrivent 100 000 $ de montant d’assurance et plus ont subi une hausse allant de 11 à 16 %.

Débordement

Peu de joueurs conservent à ce jour les taux originaux en cout d’assurance vie universelle nivelé.

BMO Assurance avait déjà recentré sa tarification dans le passé, c’est pourquoi l’assureur n’a pas bougé aujourd’hui. « Notre objectif en regard du cout nivelé est de garder le premier rang avec notre produit La Prévoyance et de demeurer concurrentiel dans nos ventes du produit La Gamme Dimension Prestige », a indiqué Stephen Carter, vice-président principal marketing chez BMO Assurance.

L’assureur se dit à l’aise avec son cout nivelé actuel. BMO garde aussi à 3 % son taux garanti sur ses options d’investissements à revenu fixe. Il prépare une nouvelle option qui combinera sécurité et exposition aux marchés. BMO laisse toutefois la porte entrouverte. « Lorsque tous nos concurrents auront complété leurs révisions le mois prochain, nous ajusterons notre position au besoin », a confié M. Carter.

Les conseillers se sont rués vers les produits aux taux inchangés. BMO a profité d’une hausse des propositions d’assurance vie universelle à cout nivelé, a confirmé M. Carter. Si la ruée s’est soldée en quelques nouvelles affaires, le gros s’est composé de clients existants qui transforment leur produit temporaire en assurance vie universelle à cout nivelé.

Pour Assomption Vie, c’est même trop. « Nos ventes de vie universelle à cout nivelé ont cru soudainement et nous étudions présentement la possibilité d’effectuer une hausse du cout nivelé », a révélé Carl Victor, gestionnaire, développement des services financiers chez l’assureur.

Les précurseurs à la hausse ont aussi vécu une vague. « Le nombre de propositions a augmenté significativement jusqu’à l’adoption des nouveaux taux le 29 janvier. Nous avons aussi connu de fortes ventes dans nos produits de santé et nos deux nouveaux produits de vie entière avec participations », a révélé

Paul Fryer, vice-président, assurance individuelle chez Financière Sun Life. Canada-Vie a quant à elle été submergée par les demandes de transformation d’assurance temporaire en vie universelle. L’assureur a envoyé en mars un avis à ses conseillers pour expliquer les délais causés par un surcroit d’activités. Il y précisait que toutes les transformations auraient été effectuées au plus tard à la mi-avril.

Vice-président et actuaire en tarification pour les produits d’assurance vie chez Transamerica, Joe Kordovi évoque quant à lui ce phénomène en le qualifiant de vente de feu. « Tous les conseillers essayaient de transmettre leur cas avant la date butoir, ce qui a entrainé beaucoup de transformations. »

Directeur du courtage au Groupe financier BBA, Pierre Morais confirme cette ruée des conseillers vers les transformations plutôt que les nouvelles ventes. « Les conseillers ont dit à leurs clients : ‘C’est le temps de transformer avant que les prix montent’. Après les précurseurs, les conseillers se sont précipités vers Transamerica, Empire Vie et Industrielle Alliance. Toutefois, ils ont tous haussé en bloc. Parmi nos fournisseurs, seul BMO Assurance a gardé les mêmes taux », observe M. Morais.

La plupart des assureurs ont profité de la hausse du cout nivelé en vie universelle pour faire de même avec l’assurance temporaire 100 ans (T100). La tarification des produits T100 est affectée par les mêmes facteurs que ceux qui influencent la direction de cout nivelé.

Manuvie a haussé le prix de ses produits Temporaire Famille viagère et Entreprise viagère. La date butoir était le 21 avril. Elle a aussi éliminé de ses tablettes le produit d’assurance temporaire 100 ans Signet. RBC Assurances a aussi haussé les prix de sa T100.

Sensible aux taux d’intérêts

« N’importe quel produit de longue durée avec une prime garantie est hautement sensible aux taux d’intérêts», a rappelé Steven Parker, vice-président adjoint, marketing produits d’assurance vie individuelle et prestations du vivant à la Financière Manuvie.

Le 29 avril, Empire Vie rehaussait ses taux nivelés d’assurance vie universelle. Le même jour, la compagnie mettait fin à la vente de son produit Solution Temporaire 100. Elle offre toujours le produit Solution Temporaire 100 avec Valeurs. Dans son bulletin aux conseillers, Empire a attribué en partie sa décision au taux de déchéance des polices (bien connu sous leur nom anglais : lapse rate).

« Ce facteur influence la tarification des assurés âgés au sein des polices à prime nivelée comme la T100. Le taux de déchéance de ces polices est de zéro chez les assurés âgés, mais l’industrie n’a pas tarifé ces polices avec une hypothèse de déchéance de zéro. Il y a 20 ans, le taux de déchéance à long terme était d’un peu moins de 2 % », explique

Peter Wouters, directeur fiscalité, planification successorale et marketing des produits d’assurance individuels chez Empire.

Comme Manuvie avec Signet, Empire a préféré abandonner son produit T100 sans valeurs de rachat plutôt que d’en augmenter la prime. « Il y a maintenant peu de compagnies qui continuent d’offrir un produit T100 sans valeurs de rachat. Pourquoi un client prendrait une T100 sans valeurs plutôt qu’avec valeurs pour un petit écart de prix ? Cet écart valait la peine il y a 20 ans mais plus maintenant avec les taux d’intérêts très bas », souligne M. Wouters.

Il explique que dans l’environnement actuel, il est impossible d’offrir une T100 de base à un prix suffisamment modeste pour rivaliser avec celui d’une T100 qui permet à l’assuré de se bâtir une épargne. « Il convient mieux au client de créer une valeur au sein de sa police. Il peut ensuite la retirer s’il désire réduire sa couverture d’assurance ou se doter d’un fonds d’urgence », a ajouté M. Wouters.

Paul Fryer, de Sun Life, énumère les facteurs qui ont le plus influencé le prix de l’assurance ces dernières années : l’amélioration de l’espérance de vie, les gains de productivité et au premier chef les bas taux d’intérêts. Il cite aussi le taux de déchéance.

Le taux de déchéance à long terme a été plus bas que prévu dans l’industrie, dit-il. Lorsque les hypothèses des assureurs reflètent un taux de déchéance à long terme plus bas que prévu, cela a un effet similaire aux bas taux d’intérêts sur les produits de longue durée. « Nous observons actuellement dans l’industrie un taux de déchéance à long terme de moins de 1 % », affirme M. Fryer.

Les déchéances peuvent avoir un impact aussi grand sur la vie universelle que sur la T100. « L’hypothèse de déchéance est un facteur important pour tous les produits d’assurance, particulièrement l’assurance vie universelle à cout nivelé », a rappelé Joe Kordovi, vice-président et actuaire en tarification pour les produits d’assurance vie chez Transamerica Vie Canada.

Il affirme toutefois que cette hypothèse n’a pas été un facteur déterminant dans la hausse du cout nivelé d’assurance vie universelle chez Transamerica. « Notre expérience actuelle en regard du taux de déchéance est conforme à nos attentes », a-t-il assuré. M. Kordovi a par ailleurs observé que 25 % des polices vie universelle à cout nivelé tombent en déchéance au bout de 10 ans, et 35 % au bout de 20 ans.

Temps durs

Le quotidien torontois The Globe and Mail a récemment fait état de la sévérité accrue du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) en ce qui concerne le capital règlementaire que doivent maintenir les assureurs. Les assureurs confirment ce durcissement.

L’industrie traverse une période difficile, constate Peter Wouters. « Les taux d’intérêts sont la source de tous ces bouleversements, mais en plus, il y a les tests de simulation de crise (stress test) et les futures normes comptables », énumère-t-il. En 2010, les assureurs devaient faire deux tests. En 2011, ils doivent en passer sept. Ces tests doivent toutefois se prêter à plus d’un scénario, ce qui donne au total 14 simulations, mentionne M. Wouters.

« Ces tests sont maintenant beaucoup plus détaillés et difficiles à passer », ajoute-t-il. Les simulations évaluent la capacité des assureurs d’absorber, par exemple, une volatilité extrême dans les marchés boursiers. Dans des scénarios variés, elles mettent à l’épreuve des hypothèses actuarielles comme la mortalité, la déchéance ou les taux d’intérêts. « Le résultat des tests mènera à des exigences de capital beaucoup plus élevées », croit M. Wouters.

En marge d’un événement à Montréal, le président de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP), Frank Swedlove, a confirmé au Journal de l’assurance

la sévérité accrue des tests. Malgré la surcharge de travail qu’ils imposent aux assureurs, M. Swedlove affirme que ces tests sont salutaires pour la santé financière de l’industrie. Il s’est aussi dit satisfait que le BSIF ait accordé des délais aux assureurs qui n’étaient pas en mesure de produire leurs résultats à la date de tombée fixée au 31 mars 2011.

Contacté dans le cadre du présent dossier, le Bureau du surintendant des institutions financières a indiqué que ces tests existent depuis plusieurs années. L’organisme a toutefois serré la vis à la fin de 2009 en émettant une directive plus sévère. Effectuées régulièrement, ces simulations peuvent évoluer au gré du temps, a révélé la porte-parole du BSIF, Léonie Roux

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