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Vol automobile : la tendance à la baisse se poursuit

par Vicky Poitras | 17 mai 2010 13h54

Les voleurs automobiles n’ont pas profité de la récession comme le craignaient les assureurs l’an dernier. Au contraire, le vol automobile était encore en régression en 2009.Les données de 2009 de Statistique Canada sur le vol automobile n'étaient pas encore disponibles au moment de mettre sous presse. Toutefois, les assureurs interrogés par le Journal de l'assurance ont tous fait état d'une baisse de leur sinistralité liée au vol automobile. Le montant des réclamations versées est aussi en baisse chez la plupart des assureurs interrogés.

De son côté, Joey Ouellet, directeur pour le Québec du Service d'enquête du Bureau d'assurance du Canada, dit aussi noter une baisse du vol automobile.

« Sur le terrain, on en récupère plus qui étaient destinés à des exportations. En 2009, on a trouvé 360 véhicules volés avant leur expédition. On en a aussi rapatrié 94 de l'étranger », révèle-t-il.

Les voleurs ciblent de plus en plus les véhicules de luxe, surtout les VUS (véhicules utilitaires sport). Ils prennent d'ailleurs de plus en plus de place dans le palmarès des véhicules les plus volés. « Dans certains pays, les 4x4 sont fort pratiques », dit M. Ouellet. À cet effet, il cite le Ghana, le Nigeria, Dubaï, le Liban, le Moyen-Orient et l'Europe de l'Est comme étant les pays où la demande pour les VUS est plus forte.

La tendance à la baisse du vol auto s'observe aussi dans le reste du Canada, mais c'est au Québec qu'elle est la plus forte, explique M. Ouellet. Il faut toutefois comprendre que c'est au Québec qu'on en vole le plus. Au Canada, on parle d'une baisse moyenne de 13 %, contre 15 % au Québec en 2008.

Nouveau stratagème

Un des nouveaux stratagèmes des voleurs est d'utiliser des systèmes qui contrent les clés à puces, dit M. Ouellet. « Ils vont sur Internet et commandent aux États-Unis une machine permettant de lire les informations de l'ordinateur de bord. Ils n'ont ensuite qu'à s'installer dans le véhicule qu'ils veulent voler, en débarrant la porte, sans faire de dégâts. Le système va ensuite lire les informations dans l'ordinateur, qui va lui donner le code de clé. Ils vont aller fabriquer la clé et revenir voler le véhicule par la suite. On le voit de plus en plus fréquemment », dit-il.

Louis Chantal, vice-président à l'indemnisation de Desjardins Groupe d'assurances générales, affirme que son entreprise a enregistré une baisse d'environ 15 % à 20 % des vols complets de véhicules en 2009 par rapport en 2008. La même baisse s‘applique en dollars, précise-t-il. La même tendance se poursuit pour le premier trimestre de 2010. M. Chantal dit ne pas voir de renversement de la tendance pour le moment.

Par ailleurs, il précise aussi que le potentiel de fraude à l'assurance demeure présent. « En 2000, un sondage de la Coalition canadienne contre la fraude à l'assurance avait démontré que 46 % des gens avaient répondu qu'ils trouvaient faciles de frauder un assureur. De ce fait, on avait tiré la conclusion que plusieurs Canadiens pourraient être tentés de le faire. De plus, 5 % des gens sondés trouvaient acceptables de surestimer leurs pertes auprès des assureurs. Le potentiel est donc toujours là », dit M. Chantal.

Selon lui, la baisse du vol auto est attribuable aux actions concertées visant à enrayer les efforts du crime organisé. « Il y a des meilleures protections sur les véhicules des manufacturiers dans les systèmes anti-démarrage et de repérage. De plus, les assureurs demandent des protections particulières sur les véhicules qui suscitent la convoitise. Il y a aussi eu des opérations ponctuelles des forces policières qui ont démantelé des réseaux. Les assurés sont aussi mieux informés des conséquences d'un geste volontaire frauduleux, qui peut mener à un déni de couverture », dit-il.

Vol auto : baisse observée chez Boomerang
Repérage Boomerang a aussi observé une baisse du vol automobile au cours de la dernière année. Selon la firme de repérage, la crise économique n’a pas eu d’impact sur l’incidence de vol.
La tendance est clairement à la baisse. Le vol auto est de plus en plus un phénomène lié au crime organisé. La balade (joy ride) est en voie de disparition, grâce à la règlementation fédérale sur les coupe-démarreurs. Ça n'a toutefois eu aucun effet sur le crime organisé. Ça a épuré le marché et éliminé les amateurs. C'est aussi ce qu'on voit sur le terrain. Quand on recouvre un véhicule chez Boomerang, on fait un diagnostic complet et on voit que le vol est de plus en plus l'affaire des professionnels », affirme Richard Allard, vice-président des ventes chez Boomerang.
Il dit toutefois observer plus de cas de fraudes dans les véhicules que Boomerang recouvre. « On l'a vu avec la hausse de l'essence. Certains propriétaires de VUS se retrouvent en position financière difficile et cherchent à s'en débarrasser. On a vu un cas où le propriétaire d'une Cadillac a déclaré son vol seulement deux jours plus tard. Toutefois, le véhicule était déjà au Port de Montréal dans un conteneur. Le Port nous a même confirmé que ce conteneur était sur place depuis deux jours. On a eu un bon nombre d'exemple de ce genre au cours des derniers mois », dit-il.
M. Allard affirme que le Boomerang Espion a réduit son instance du vol de 50 %. Depuis cinq ans, Boomerang a contribué à plus de 500 arrestations et 80 % d'entre elles sont liées à la présence du dispositif antivol Espion, dit-il.
Il dit aussi observer de plus en plus d'initiatives des voleurs pour voler les clés des véhicules. Les voleurs vont même jusqu'à entrer par effraction dans une maison pour les voler. « C'est un danger, car ça devient un risque contre la personne », mentionne M. Allard.
Les voleurs ont aussi raffiné leurs techniques en ce qui a trait au
cool-off, qui consiste à garer un véhicule à un autre endroit pour vérifier s'il dispose d'un système de repérage.
« Ils ne le font qu'une journée maintenant, au lieu de trois ou quatre auparavant. Ils peuvent ensuite envoyer le véhicule volé directement à leur entrepôt ou au port pour le déplacer rapidement. Il y a aussi beaucoup plus d'intermédiaires dans le vol, ce qui augmente le mouvement du véhicule et le rend plus difficile à repérer », dit M. Allard.
Autre tendance : la hausse des vols de véhicules de location. Les voleurs utilisent alors de fausses cartes de crédit et de fausses cartes d'identité pour voler des véhicules de luxe.
Ils sont aussi plus nombreux à consulter les annonces classées sur le Web. Le voleur appelle ainsi la personne qui vend son véhicule, fait un essai, mais ne revient pas avec le véhicule. « Les gens n'ont malheureusement pas le réflexe de demander une copie du permis de conduire, ce qui leur éviterait bien des soucis », déplore M. Allard.
En plus de s'adapter aux voleurs, Boomerang a dû faire face au départ de certains employés clés au cours de la dernière année. L'entreprise a tout d'abord perdu son directeur à la recherche au développement Claude Arpin. Boomerang a maintenant un seul centre de recherche et développement, au lieu des deux qu'elle avait auparavant. Selon M. Allaire, il est plus aisé d'en avoir un seul intégré, qui est situé aux États-Unis, au siège social de LoJack, qui a acheté Boomerang il y a quatre ans.
Ensuite, c'est Freddy Marcantonio, responsable des relations avec les assureurs, qui est parti. L'entreprise cherche à le remplacer. M. Allard assure l'intérim pour le moment.

Meilleur travail d'enquête

M. Chantal note aussi que les assureurs font aussi un meilleur travail d'enquête. « On voit de plus en plus l'émergence d'unités spéciales avec d'ex-enquêteurs. Les enquêtes sont mieux articulées. Le vol auto n'est toutefois pas totalement sous contrôle. Ça demeure un phénomène qui peut faire pression sur les résultats des assureurs», dit-il.

Le vice-président à l'indemnisation de Desjardins croit que la remontée prochaine des taux d'intérêt pourrait mettre de la pression sur les budgets de ceux qui ont profité des bas taux pour accéder à la propriété. Ceux qui ont un budget trop serré pourraient alors être motivés à faire une fausse réclamation.

La vigilance est toutefois de mise dans un tel cas. M. Chantal souligne qu'un assureur ne peut pas se permettre d'accuser à tort un client de fraude. « Le tout doit être très bien documenté. On est donc très prudents là-dessus. On doit présumer de la bonne foi des gens.», convient-il.

Règlementation positive

Pierre Lepage, vice-président assurance des particuliers d'Intact Assurance, indique aussi que sa compagnie a enregistré une baisse du vol automobile. « On a observé une diminution de 10 % de 2009 par rapport à 2008. Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer. On voit les effets de la règlementation du gouvernement d'exiger des anti-démarreurs », dit-il.

Plusieurs assureurs ont aussi souligné au Journal de l'assurance que la règlementation du gouvernement fédéral, imposé en 2007 aux manufacturiers automobiles, a été bénéfique.

M. Lepage souligne que le vol automobile demeure un problème qu'il ne faut pas mettre de côté. « On a les outils pour contrer le vol auto. Il reste à savoir si, en tant qu'assureur, on s'en sert efficacement. Tout me semble être en place pour que le vol auto ne redevienne pas un gros problème comme par le passé », dit-il. Au Groupe Promutuel, la tendance est aussi à la baisse. Elle se continue d'ailleurs depuis 2006, dit Benoît Duchesne, directeur à l'indemnisation, bien qu'elle soit moins marquée que chez les autres assureurs, étant donné que Promutuel est moins présent dans le Grand Montréal.

Ainsi, en 2006, l'assureur avait observé une baisse de 1 % du nombre de sinistres. En 2007, cette baisse était de 3 %. En 2008 et en 2009, Promutuel a observé des baisses consécutives de 9 %. La valeur des réclamations suit aussi la même baisse, souligne M. Duchesne.

La prévention fait effet

« La prévention et la technologie ont fait effet. Les nombreuses opérations policières des dernières années ont aussi permis de ralentir le vol auto. Les entreprises ont aussi fait le ménage dans le marquage, car il se faisait un peu n'importe quoi. De plus, beaucoup de gens ont remplacé leur automobile malgré la crise, ce qui cause une demande beaucoup moins grande au niveau des pièces », dit-il.

Henri Blumenthal, vice-président et chef de la souscription de TD Assurance, confirme lui aussi que la fréquence des sinistres liée au vol automobile poursuit sa descente. « La sévérité a toutefois augmenté. Au bout du compte, les dépenses de 2009 sont légèrement plus élevées qu'en 2008. En tout, on a enregistré une trentaine de vols de moins en 2009 qu'en 2008 », dit-il.

Il affirme que la mise en place de la règlementation sur les dispositifs des manufacturiers a aidé. « On devient aussi de plus en plus raffiné dans notre analyse. On révise régulièrement nos règles de souscription pour les systèmes antivol», dit M. Blumenthal.

Pour les fraudes à l'assurance, il dit ne pas voir d'augmentation. « On peut l'expliquer par le fait qu'il n'y a pas de réseau qui s'y spécialise en ce moment. Ce qu'on a observé en 2009, c'est que de plus en plus de voleurs donnent rendez-vous à un particulier qui veut vendre son véhicule de luxe. Toutefois, il ne revient pas avec. On a eu quelques cas du genre l'an dernier », souligne-t-il.

Du côté d'AXA Assurances, pour les trois premiers mois de 2010, la situation du vol auto est stable par rapport à 2009. L'assureur dit ne pas observer de hausses de réclamation. À La Capitale assurances générales, on note aussi une baisse des réclamations liées au vol auto et à la fraude à l'assurance.

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