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Vol automobile : les assureurs ont un rôle essentiel à jouer

par Vicky Poitras | 09 janvier 2011 19h26

Le vol de véhicules est en diminution partout au Canada, mais les pertes associées à ce crime continuent de grimper. Les assureurs et les courtiers d’assurance de dommages peuvent aider à remédier à ce problème en faisant de la prévention auprès de leurs clients et en maintenant des normes de souscription les plus strictes possibles.Un atelier portait sur les moyens de lutter contre ce fléau lors du Congrès de l’assurance et de l’investissement, en novembre dernier à Montréal. Y participaient les experts Jack Chadirdjian, du Bureau d’assurance du Canada (BAC), Sylvie Laverdière, du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) et André Drolet, d’Info-Crime Montréal.

Les statistiques montrent que le vol de véhicules à moteur est en baisse partout au Canada, de même que le nombre de réclamations. Ce méfait a couté environ 239 millions de dollars (M$) en 2009, selon M. Drolet, et plus d’un milliard de dollars (G$) pour tout le Canada, indique M. Chadirdjian, le directeur des affaires publiques et gouvernementales du BAC.

Toutefois, le cout moyen des réclamations augmente parce que les voitures volées sont plus récentes et ont une valeur supérieure. Les primes d’assurance automobile continueront d’augmenter, car la facture liée aux vols autos grimpe chaque année.

Avec l’installation obligatoire de systèmes antivols sur les automobiles, en vigueur depuis septembre 2007, le nombre de vols de voiture pour de simples ballades (joy ride), généralement le fait d’adolescents, a baissé considérablement. Au Québec, ce type de méfait ne représente plus que 20 % du vol auto.

Ce progrès technologique a son revers : le crime organisé est désormais responsable de 65 % du vol automobile au Québec. Cela a pour conséquence de faire chuter le taux de recouvrement des voitures volées. Le Québec est dernier de classe à cet égard au pays. La région de Montréal montre l’une des pires performances au Canada en recouvrement de voitures volées.

André Drolet, président d’Info-Crime Montréal, estime que les courtiers et les assureurs ont un grand rôle à jouer en matière de prévention. « Les efforts doivent être maintenus et il faut rester bien informés et ne pas s’asseoir sur nos lauriers. » Il ajoute que les normes de souscription les plus strictes sont requises. « Tout comme vous le faites en assurance habitation, vous devez former des experts spécialisés en vol auto, afin qu’ils posent les bonnes questions à vos assurés et bien les informer sur les outils disponibles dans le marché », insiste-t-il.

Frappé depuis longtemps par le fléau du vol automobile, le Québec a une plus longue expérience de développement technologique. La province est en avance sur le reste de l’Amérique du Nord en matière de systèmes antivol. Il existe une grande variété de systèmes, ajoute M. Drolet, mais ils n’ont pas tous la même efficacité. Il estime que les assureurs devraient en tenir compte dans les rabais qu’ils consentent aux assurés lorsque leur véhicule est ainsi équipé. Selon lui, les assureurs doivent éviter de chercher à satisfaire rapidement leurs clients sans vérifier si le produit installé est homologué ou si son efficacité est reconnue.

Lieutenant-détective au SPVM, Sylvie Laverdière a travaillé pendant quatre ans à la section des autos volées et dix ans à la division du crime organisé. Elle évoque le cas de l’assureur qui utilise les services d’un enquêteur privé à la suite d’une réclamation. « Il est important de communiquer avec l’enquêteur du service de police et de l’informer si vous avez un doute. Une enquête, ça ne se fait pas en cinq ou six jours. Parfois, l’enquêteur privé se fait bousculer dans son travail parce que l’assureur veut payer. Prenez le temps de communiquer avec nous. Ça nous permettra de travailler conjointement et d’être plus efficaces. »

Le travail d’enquête

La section des autos volées du SPVM a été fermée en 2001, et depuis ce temps, on trouve des enquêteurs spécialisés en la matière dans chacun des quatre centres d’enquêtes. Selon elle, il est important que ce type de crime relève de certains enquêteurs. Le SPVM a aussi un centre d’expertise qui s’occupe des véhicules volés qui sont retrouvés. « Ça nous permet de mieux établir les façons de fonctionner des criminels, et en même temps, on cherche des empreintes digitales sur les véhicules », dit-elle.

Le SPVM a grandement accentué ses efforts de prévention, selon Mme Laverdière. « Nous avons des spécialistes qui s’occupent de cibler les endroits les plus problématiques, comme les centres commerciaux, les aéroports, la Ronde, partout où il y a de grands espaces de stationnement », dit-elle. Auparavant, le weekend du Grand Prix de Formule Un à Montréal était une période faste pour les voleurs, ce qui n’est plus le cas. « On envoie beaucoup d’enquêteurs et plus de policiers en uniforme. On veut que les criminels sachent que nous les surveillons. »

André Drolet aimerait d’ailleurs voir plus de visites administratives dans les ateliers de démontage (chop-shop). Il cite le cas de la saisie chez Recyclage d’autos Yasmine à Laval en mai 2007. « Il y avait tellement de pièces de voitures volées qu’on n’est même pas encore rendus au procès, tant il y a des vérifications à faire. »

La performance de la police

Parmi les agglomérations canadiennes, Montréal arrive au 28e rang avec un taux de recouvrement de seulement 30,9 %, selon les données du BAC. Aucune ville québécoise ne se classe parmi les 21 premières à cet égard, et le taux moyen au Québec est de 33,6 %. Au Canada, le taux moyen est de 63,6 %.

André Drolet note que le crime organisé étend ses tentacules ailleurs au Canada. Selon lui, le taux de recouvrement a commencé à baisser dans les principales agglomérations canadiennes, notamment à Toronto. Sylvie Laverdière admet que la performance des policiers montréalais parait mauvaise, mais elle insiste sur la présence importante du crime organisé dans la région. La majorité des véhicules volés à Montréal est expédiée à l’étranger, ce qui expliquerait le faible taux de recouvrement.

En 2009, selon les chiffres fournis par le lieutenant-détective, le SPVM a procédé à 481 arrestations liées aux vols de véhicules moteurs, comparativement à 703 l’année précédente, une baisse de près de 32 %. Le taux de recouvrement a par ailleurs augmenté de 37 % à 39 % d’une année à l’autre sur le territoire du SPVM. Cette donnée doit être mise en parallèle avec la diminution de 17,6 % du nombre de vols en 2009 comparativement à l’année précédente, où le nombre de véhicules moteurs volés atteignait 8 642. Le pic a été atteint en 2005, avec 13 910 vols de véhicules.

De petits groupes bien organisés

Selon la représentante du SPVM, la nature même du crime organisé qui sévit à Montréal autour du vol automobile reste méconnue dans le grand public. « Il faut démystifier ce qu’est le crime organisé. On ne parle pas des motards ou de la mafia italienne, c’est plus simple que ça. Ce sont souvent de petites organisations, comptant cinq personnes ou moins. Ces groupes, qui sont très nombreux, ont des liens avec des pays étrangers où ils exportent nos véhicules. » La police collabore avec les entreprises d’import-export et les autorités portuaires afin de cueillir de l’information utile pour ses enquêtes. « Lorsqu’on réussit à démanteler une organisation, une autre prend pignon sur rue quelques jours après », dit-elle.

Selon Jack Chadirdjian, la réduction du nombre de vols et de réclamations en assurance automobile est attribuable à la concertation des efforts de tous les partenaires. Après plusieurs années de lobbying, les pressions du BAC ont permis de faire adopter la réglementation obligeant les constructeurs à installer des antidémarreurs sur les véhicules. « La baisse du nombre de vols à partir de 2007 n’est surement pas attribuable à cette seule modification, mais c’est un facteur évident », dit-il.

Il estime toutefois que l’industrie doit maintenir ses efforts de prévention. La présence d’un système antivol peut créer un faux sentiment de sécurité aux consommateurs, lesquels deviennent moins vigilants et adoptent des comportements plus risqués. L’autre conséquence de la réglementation de 2007 est l’abandon, par les constructeurs, du marquage des principales pièces. Quand la police retrouve ses pièces dans des véhicules restaurés, elle est incapable de retrouver l’ancien propriétaire. « Il faut mieux protéger les véhicules, insiste M. Chadirdjian. Il faut resserrer les contrôles à l’exportation, par exemple en vérifiant plus de conteneurs dans le port de Montréal pour s’assurer qu’il n’y a pas de véhicules volés dedans. »

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