Des PME sur le qui-vive, de grandes entreprises moins soutenues par le gouvernement... En entrevue avec le Portail de l'assurance, le directeur du Centre sur la productivité et la prospérité (CPP), Robert Gagné, admet qu’il ne gagnera pas un concours de popularité. 

« Je ne suis pas là pour faire plaisir aux entreprises. J’ai toujours entendu le discours suivant de leur part : elles sont en faveur du libre marché, de la concurrence, mais pas dans leur secteur! C’est sûr que les entreprises ne voient pas ça nécessairement d’un bon œil. Mais pour la société, globalement, accroître la concurrence serait avantageux », dit-il. 

Certaines entreprises en tireront des bénéfices, d’autres seront menacées de disparition, concède Robert Gagné. 

« Des entrepreneurs assis sur le bout de leur chaise, c’est un peu ce qu’on souhaite, fait-il valoir. C’est comme ça que les entreprises innovent, qu’elles prennent des décisions d’investissement, qu’elles prennent des risques pour conserver leurs parts de marché. Actuellement, elles n’ont pas besoin de faire ça, semble-t-il. Mais on verrait peut-être plus d’entreprises disparaître, ce qui peut être souhaitable. On garde un peu artificiellement en vie des canards boiteux, des entreprises qui n’ont plus leur pertinence, mais qui sont maintenues parce qu’elles sont soutenues par le gouvernement. » 

La population favorable à la concurrence 

Le cadre institutionnel canadien en matière de concurrence ne correspond ni aux besoins ni à la vision des Québécois, selon un sondage commandé par le CPP à l’hiver 2022 et dont il fait état dans son bilan annuel. Ce sondage était identique à une enquête européenne menée il y a quelques années. 

Les résultats tendent à montrer que Québécois et Canadiens ne partageraient pas « la méfiance de leur gouvernement à l’égard de la concurrence, affirment les auteurs. En fait, ils seraient tout aussi conscients de l’importance de la concurrence que leurs homologues des pays de l’Union européenne, où une culture de la concurrence s’est développée dès la fin de la Seconde Guerre mondiale ». 

Le sondage révèle aussi que 77 % des Québécois et 80 % des Canadiens ont « identifié au moins un secteur où ils ont décelé des enjeux liés à la concurrence », rapportent les auteurs. Cela n’a été le cas que de 65 % des répondants européens, selon les auteurs. 

Le CPP se garde toutefois de conclure que son sondage permet de confirmer un enjeu opérationnel ou ne fait que mettre en relief un problème de perception.