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Assurance longévité : comment bien apparier l’actif et le passif

par Alain Thériault | 15 mars 2019 11h30

L’appariement actif-passif peut convenir aux régimes qui veulent couper la poire en deux : ne couvrir qu’une partie des risques, mais payer moins cher.

À l’autre bout du spectre, le régime peut tout assurer et conserver ses actifs, en ne payant qu’une légère prime à l’assureur. C’est l’assurance longévité, ou swap de longévité.

Lorsqu’un régime achète une rente, il se procure une garantie à protection très élevée. L’entreprise doit toutefois sacrifier beaucoup de capital pour s’en prévaloir.

« Il y a un certain cout à cette garantie absolue, selon Michel St-Germain, membre du partenariat de Mercer Canada. Il y a une alternative à moindre cout. La caisse de retraite peut investir dans des obligations à rendement élevé, de durées échelonnées de façon à s’apparier aux paiements de rentes prévus », explique-t-il.

M. St-Germain signale toutefois que cette option ne fait disparaitre ni le risque de longévité ni le risque de crédit. Le risque de crédit peut survenir lorsque la caisse investit dans des obligations de sociétés pour obtenir un plus gros rendement. Le risque de défaut est plus élevé dans cette catégorie.

Cette option entraine un risque d’appariement, explique aussi M. St-Germain. Les placements ne peuvent en effet correspondre parfaitement aux obligations du régime, par exemple pour la durée des rentes à verser. L’appariement demeure ainsi une méthode de gestion des risques approximative, fait-il valoir.

Mieux que de ne rien faire

Quoi qu’il en soit, Michel St-Germain croit que l’appariement permet de créer un portefeuille immunisé qui représente un passif moins élevé que celui transféré à l’assureur dans le cas d’une rente. « La transaction se fait à moindre cout, sans aucun transfert à l’assureur, mais réduit tout de même le risque énormément », dit l’actuaire.

Louis-Bernard Désilets, conseiller principal, retraite et épargne de Normandin Beaudry, a observé une gradation d’une solution de gestion de risques à l’autre. « Depuis quelques années, nous avons accompagné plusieurs de nos clients dans des mesures visant à mieux apparier leur caisse de retraite avec le passif de leur régime. Ça a commencé de cette façon : détenir des actifs qui se comportent de façon similaire au passif du régime. Si le régime compte plus de retraités, l’actif se composera davantage d’obligations. Le risque de taux d’intérêt du régime s’en trouve ainsi réduit, puisqu’en cas de variation des taux, l’actif du régime aura tendance à réagir de façon similaire à son passif », explique-t-il.

La gestion des risques a aussi évolué avec l’introduction, dans les caisses de retraite, d’obligations à plus long terme, rappelle M. Désilets. « Autre pas de plus, nos clients achètent de plus en plus de rentes, de manière à transférer à l’assureur non seulement le risque de taux d’intérêt, mais aussi tous les autres, dont celui de longévité – qui est le risque de mal évaluer l’espérance de vie des retraités », dit-il.

Une autre avancée répandue en Grande-Bretagne : le swap de longévité, mieux connu au Canada sous le nom d’assurance longévité. « Cette approche est surtout offerte aux très gros régimes pour le moment », signale M. Désilets.

Selon l’assurance longévité, le régime ne transfère que le risque de longévité à un assureur. Le promoteur du régime conserve quant à lui le risque lié aux marchés boursiers et aux taux d’intérêt, puisqu’il garde les actifs de sa caisse de retraite. « Cette solution convient aux régimes qui s’estiment en mesure d’investir de façon à battre les rendements du marché des rentes collectives, mais veulent se couvrir contre le risque de longévité », explique l’actuaire.

Comment ça marche?

Pour se procurer une rente, le promoteur de régime paie à l’assureur un montant forfaitaire, explique M. Désilets. Il s’agit d’une prime en un seul versement, qui représente essentiellement la valeur totale des rentes attendues des retraités assurés, y compris toutes les prestations de décès qui y sont rattachées.

S’il achète un swap (contrat d’échange), continue M. Désilets, la prime est brisée en petits morceaux. Pour la durée du contrat, le promoteur s’engage à payer à l’assureur une petite prime annuelle, qui représente grosso modo la valeur du versement attendu des rentes des retraités assurés pour l’année en question.

Contrairement à l’achat de rentes, le promoteur garde ainsi la plupart de ses actifs, et son engagement devient une série de paiements fixes prédéterminés (les primes annuelles), plutôt qu’une rente dont le paiement est incertain et variable, puisqu’il dépend de la survie des retraités et, dans certains cas, de leur conjoint.

Les assureurs analysent les statistiques du régime pour déterminer la série de paiements fixes à verser par le promoteur. Selon le plus commun de ces produits, l’assureur paie au régime les rentes réelles des retraités en fonction des résultats, et le régime continue de payer ces rentes directement aux retraités. Si le retraité dépasse l’espérance de vie escomptée, l’assureur doit continuer de payer sa rente au régime. Pour sa part, le régime continue de payer la prime périodique prévue au contrat. En pratique, un paiement net est souvent effectué annuellement entre l’assureur et le régime.

Pour le promoteur du régime, le swap remplace donc la rente par une série de paiements fixes prédéterminés. Il connait ainsi son engagement, puisque son obligation devient prévisible.

Par exemple, un retraité dont la rente viagère annuelle est de 100 $ paiera à l’assureur une prime qui décroit annuellement. Le montant annuel inclut une prime de risque et de profit pour l’assureur. Ce montant diminue jusqu’à ce qu’il devienne nul selon les probabilités de décès qui augmentent dans le temps. Sans le swap, l’assureur aurait payé 100 $ par année jusqu’au décès de ce retraité.

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