Au Canada, les facteurs de risque des accidents de la route liés au cannabis semblent différer de ceux des accidents de la route liés à l’alcool, conclut une étude canadienne à laquelle ont contribué plusieurs chercheurs québécois.
Elle a aussi démontré que les jeunes conducteurs, particulièrement les 19 ans et moins, sont plus associés aux collisions liées au cannabis et à son principal composé psychoactif, le tétrahydrocannabinol (THC) qu’il contient.
Au-delà du seuil de THC égal ou inférieur à cinq nanogrammes par millilitre (5 ng/ml) dans le sang, les facultés d’un chauffeur de véhicule sont affaiblies, mais les impacts sont beaucoup moins mesurables et prédictifs qu’avec l’alcool, selon le niveau de consommation, rapporte le Dr Éric Mercier, urgentologue et chef d’équipe en traumatologie à l’Hôpital Enfant-Jésus/CHU de Québec, qui a participé à cette étude.
Le cannabis entraîne une baisse de la vigilance et de la vitesse de réaction du conducteur, mais ne provoque pas le même type d’accidents routiers que ceux qui ont pris un verre. Cette drogue est plus fréquente lors de collisions en milieu urbain et qui surviennent le jour.
Des substances chez 30 % des accidentés
Les chercheurs canadiens et québécois ont étudié les cas de 6 956 conducteurs modérément blessés dans des accidents de la route qui ont été traités dans 15 centres de traumatologie à travers le Canada. Ils ont trouvé des substances chez 30 % d’entre eux.
Dans les six heures suivant l’accident, ils ont quantifié le THC et l’alcoolémie dans le sang des chauffeurs amenés à l’urgence et enregistré leur sexe, leur âge, l’heure de l’accident, le type d’incident et la gravité des blessures. Au total, 1 274 de ces gens affichaient un taux de THC, dont 186 ayant un taux de cannabis supérieur à 5 ng/ml, et 1 161 présentaient des traces d’alcool.
L’étude, qui a démarré en Colombie-Britannique et à laquelle se sont jointes plusieurs provinces, dont le Québec, a duré quatre ans. Elle a permis de constater qu’environ 1 conducteur sur 20 impliqué dans un accident de la route avait de l’alcool ou du cannabis dans le sang. Les résultats ont été publiés dans la revue scientifique Addiction en mars dernier.
Parmi les individus chez qui on a décelé une substance, il y avait trois fois plus de conducteurs avec une alcoolémie ≥ 0,08 % (12,6 %) que de chauffeurs avec un taux de THC ≥ 5 ng/ml (4 à 5 %), ce qui suggère que l’alcool reste une plus grande menace pour la sécurité routière, écrivent-ils.
Conducteurs avec cannabis ou alcool
Lors de leurs travaux, ils ont identifié les caractéristiques des conducteurs et des accidents associés à des taux élevés de THC ou d’alcool. Ils ont relevé des différences majeures entre ceux qui avaient consommé du cannabis et ceux qui avaient pris de l’alcool.
La probabilité d’avoir un taux d’alcool égal ou supérieur à 0,08 % était plus élevée chez les conducteurs masculins suivants :
- ceux âgés de 19 à 44 ans ;
- les conducteurs ruraux ;
- les individus impliqués dans des accidents à un seul véhicule ;
- les conducteurs impliqués dans des accidents de nuit ou de fin de semaine ;
- les blessures sont souvent plus sévères.
« Les gens qui ont pris de l’alcool avant de prendre le volant représentent un plus grand danger sur la route. Les conducteurs impliqués dans des collisions avec des blessés graves par rapport à ceux qui sont rentrés chez eux après avoir quitté les urgences avaient tous une probabilité plus élevée de se trouver dans le groupe à taux d’alcoolémie élevé », disent les chercheurs.
Le sexe et l’âge apparaissent comme des déterminants majeurs dans la conduite en état d’ébriété. Ils ont constaté que les conducteurs de sexe masculin de 19 à 44 ans étaient plus sujets à avoir un taux plus élevé d’alcool que les 45 à 54 ans. À noter, peu de femmes se retrouvent dans ces statistiques.
Chez les chauffeurs qui avaient un taux élevé de THC dans le sang, il y avait plus de risques que les accidents surviennent pendant la journée, durant un jour de semaine et dans des zones urbaines. Il y avait aussi plus de risques que ces chauffeurs soient impliqués dans une collision à plusieurs véhicules, parce que la circulation est plus dense le jour. Par contre, ces accidents sont associés à moins de blessures.
Alcoolémie plus faible chez les 19 ans et moins
Fait encourageant, les moins de 19 ans avait une probabilité significativement plus faible de présenter une forte alcoolémie.
« Ce résultat reflète probablement l’impact des campagnes de sensibilisation à l’alcool au volant qui ciblent les jeunes conducteurs, combinées aux lois de tolérance zéro pour l’alcool au volant chez les conducteurs novices dans la plupart des provinces », analysent-ils.
Cela ne veut pas dire pour autant que les jeunes de 19 ans impliqués dans des accidents de la route ne conduisent jamais en état d’ébriété : 3,0 % des conducteurs de ce groupe d’âge avaient un taux de supérieur ou égal à 0,08 %, ce qui est très préoccupant, notent-ils, étant donné le risque élevé d’accident chez les jeunes alcoolisés qui étaient au volant.
Les moins de 19 ans et le cannabis
Les chercheurs se sont particulièrement intéressés à la consommation de THC chez les moins de 19 ans parce qu’il existe peu de recherches sur ses effets perturbateurs dans cette tranche d’âge comme c’est le cas pour l’alcool.
C’est parmi eux que l’on a trouvé le moins d’alcool dans le sang. En revanche, c’est dans ce groupe que l’on a observé les plus hauts taux élevés de cannabis. Ces résultats sont préoccupants, commentent-ils, et les amènent à penser que les lois canadiennes actuelles ne sont pas efficaces pour dissuader les jeunes de consommer du cannabis et de conduire. Il y a moins d’acceptabilité sociale pour la conduite sous l’effet de l’alcool. Le Dr Mercier croit qu’il faudra avoir une approche similaire pour le cannabis.
« On n’aura pas le choix d’agir, car visiblement, chez ces jeunes, on conduit plus souvent avec un haut taux de cannabis qu’un haut taux d’alcool », commente-t-il en entrevue avec le Portail de l’assurance.
Selon lui, ces différences entre conduite sous l’effet de l’alcool ou du cannabis devraient également être prises en compte lors de l’élaboration de mesures de contrôle. La conduite sous l’influence du cannabis a été longtemps banalisée. Or, en Colombie-Britannique, le taux a presque doublé depuis sa légalisation. Il existe une règle de zéro alcool au volant au Code de la sécurité routière pour les moins de 22 ans. Il pense qu’il faudrait envisager une mesure similaire pour le THC.
Même si cette étude a d’abord été réalisée à des fins médicales, cet urgentologue souhaite que la Société de l’assurance automobile du Québec et les assureurs privés prennent en compte ces données lors de l’élaboration de leurs politiques de prévention de la conduite sous influence.