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Assurance automobile et comportements : des outils utiles, mais limités

par Alain Castonguay | 23 février 2015 11h00

Le bilan routier continue de s’améliorer au Québec depuis 2006, grâce aux efforts de nombreux intervenants. L’utilisation de la télématique est en train de s’implanter. La technologie, dont on se sert pour modifier les comportements à risque des conducteurs, montre encore certaines limites.

Le 5 février à l’Université Laval, l’École d’actuariat tenait un séminaire sur l’assurance automobile et la gestion des comportements. La première plénière a permis de faire le point sur le bilan routier, l’expérience et la gestion de risques.

Le président de la Table québécoise de la sécurité routière (TQSR), le professeur Jean-Marie de Koninck, rappelle que le Québec est parti de très loin en matière d’accidents de la route, pour arriver aujourd’hui à être parmi les meilleurs au monde. En 1973, avec environ 2,5 millions de véhicules sur les routes, on avait enregistré 2209 décès sur les routes. En 2001, le nombre de décès avait chuté à 610, avec deux fois plus de véhicules sur les routes. Malgré les 6 millions de véhicules en 2013, on ne comptait plus que 399 décès en 2013.

En 1978, la Régie de l’assurance automobile du Québec était créée et l’on implantait le régime d’indemnisation sans égard à la faute. L’obligation du port de la ceinture de sécurité, la plus grande sévérité des lois et règlements de même que les campagnes de sensibilisation ont permis de sensibiliser les Québécois à la nécessité d’être plus prudents au volant. Les véhicules sont aussi construits, mais ils sont offerts aussi dans les provinces et États voisins qui n’ont pas montré la même amélioration de leur bilan routier, poursuit M. de Koninck.

Entre 2001 et 2005, le nombre des décès étant reparti à la hausse, le ministre des Transports de l’époque, Michel Després, a invité les intervenants à discuter autour d’une table de concertation. Outre la SAAQ et les forces policières, des représentants de six ministères y participent aussi, de même que des municipalités, des chercheurs et des assureurs, raconte M. de Koninck. Les 45 membres de la TQSR sont répartis en cinq groupes de travail.

Depuis 2006, la Table a produit trois rapports comportant 73 recommandations pour améliorer la sécurité sur les routes, dont plusieurs touchent les jeunes conducteurs. Les efforts ont permis de faire baisser le nombre de décès de près de 45 % en 8 ans, et l’on a observé une baisse de 53,5 % des blessés graves durant la même période.

La vitesse au volant demeure un problème, et les constructeurs pourraient aider à le régler en limitant la puissance des moteurs. En Allemagne, où l’on trouve des autoroutes où aucune limite de vitesse n’existe, les fabricants ont mené un puissant lobbying pour empêcher une telle restriction sur les voitures. La puissance du moteur, pour les constructeurs allemands, est leur marque de commerce, précise-t-il. « Pour chaque tranche de cinq kilomètres/heure qui s’ajoute au-delà de la limite permise, on double les chances d’avoir un accident », souligne le professeur de mathématiques et fondateur de l’Opération Nez Rouge.

Bilan routier

La présidente-directrice générale de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), Nathalie Tremblay, confirme que le bilan routier a continué de s’améliorer en 2014. Avec les données compilées des 11 premiers mois de l’année, le nombre de décès a chuté de 16 % en 2014 comparativement à la même période de l’année précédente, tandis que le nombre de blessés graves a baissé de 7 %.
Les efforts de la SAAQ ont permis non seulement d’améliorer le bilan routier, mais sa situation financière. Son taux de capitalisation, selon ses actuaires, atteindra 118 % à la fin de 2015, et son taux de financement atteignait 131 % à la fin de 2013. Dès 2016, les cotisations de la clientèle seront baissées de 394 millions de dollars (M$) par année. « Les trois quarts de cette baisse sont directement reliés à l’amélioration du bilan routier », indique Mme Tremblay.

La Société continuera à sensibiliser la population sur la vitesse, l’alcool, le sans fil, et aussi la fatigue au volant. Elle a adapté ses campagnes aux besoins des jeunes clients et leurs habitudes sur les médias sociaux. D’ici à l’implantation complète des véhicules intelligents sur les routes, qui poseront de nouveaux défis aux assureurs, la SAAQ continuera d’observer l’évolution de la télématique et son utilisation pour la tarification des permis. « Ça nous aidera à rétablir le lien, qui a été perdu, entre la contribution d’assurance et le risque qu’elle couvre », dit-elle.

Le professeur Nicolas Saunier, chercheur spécialisé dans le domaine des transports à l’école Polytechnique de Montréal, a ensuite fait le point sur les développements récents en matière d’enregistreurs des données de vitesse (EDV) et les systèmes adaptés d’intelligence véhiculaire (SAIV). Si la relation entre la vitesse et la gravité des accidents est bien établie, les chercheurs ne sont pas encore capables de confirmer la relation entre la vitesse et la probabilité de provoquer un accident.

Des échanges

Guy Morneau, président du conseil d’administration de la SAAQ, animait la période d’échanges qui suivait les présentations faites durant cette première partie du séminaire. Jean-Marie de Koninck note que le nombre de décès par 100 000 habitants est de 4,9 au Québec, mais de 4,5 en Ontario. D’autres pays arrivent à abaisser ce ratio à 2,9 décès sur la route par 100 000 habitants, comme la Suède, la Norvège et la Grande-Bretagne.

Le professeur de Koninck croit que l’on pourrait réduire encore les accidents causés par les facultés affaiblies en installant des antidémarreurs passifs. Au lieu d’obliger le conducteur à souffler dans un appareil qui mesure son taux d’alcoolémie dans le sang, l’appareil évalue la capacité du chauffeur par l’inspection des yeux. Si le conducteur échoue le test, le moteur ne peut démarrer.

Nicolas Saunier confirme que le contrôle serré par la surveillance de même que les programmes incitatifs contribuent à abaisser les accidents graves, mais il en restera toujours. L’automatisation des véhicules fournirait le score parfait, mais il ne pourra y avoir d’étape transitoire, précise-t-il. En terme d’assurance, l’automatisation posera d’autres problèmes, car si la victime se fait écraser par un humain ou par un robot, le résultat n’est pas plus acceptable, lance M. Saunier. Il rapporte aussi une statistique intéressante: aux États-Unis, la proportion des jeunes qui atteignent l’âge de conduire et qui demandent leur permis est passée de 80 % à 60 % en une décennie.

Nathalie Tremblay note que bon nombre de conducteurs vouent une relation affective à leur véhicule. Le vieillissement démographique accentuera le problème, car pour bon nombre de personnes âgées, la détention du permis de conduire et la propriété d’une auto permettent de prolonger leur autonomie.

L’utilisation de la télématique est déjà en vigueur chez l’assureur public en Saskatchewan, pour les conducteurs de motocyclettes. La SAAQ suivra bientôt le mouvement. « C’est un beau défi en matière de gestion de risque », dit-elle. D’ici 2019, la tarification du permis de conduire devrait être révisée sur une base triennale en fonction du dossier de son détenteur.

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