Le Bureau d’assurance du Canada profite de la publication récente du rapport d’un groupe de travail pour presser le gouvernement Trudeau de créer rapidement le programme national d’assurance contre les inondations, en partenariat avec les autorités publiques et les assureurs. 

Le rapport du Groupe de travail sur l’assurance contre les inondations et d’aide à la relocalisation du Canada a été publié le 30 août dernier. Intitulé S’adapter à la montée des risques d’inondation : analyse des solutions d’assurance pour le Canada, le rapport rappelle notamment que les inondations représentent la catastrophe naturelle la plus courante et la plus coûteuse. 

En moyenne chaque année, les dommages associés aux inondations représentent plus de 1,5 milliard de dollars (G$). Seulement 25 % de ces dommages sont couverts des assureurs.

Le rapport a été remis au ministre Bill Blair, responsable du ministère de la Sécurité publique du Canada (MSPC). Le gouvernement est en train de l’analyser pour déterminer les prochaines étapes qui mèneront à la création du programme national d’assurance.

Un des cinq piliers 

Par ailleurs, des travaux sont en cours pour identifier et cartographier les aléas d’inondation et créer un portail sur les risques d’inondation pour mieux informer les Canadiens, rappelle le communiqué du MSPC. De plus, le gouvernement fédéral collabore avec les autres paliers de gouvernement pour élaborer la première Stratégie nationale d’adaptation au climat, dont le lancement est prévu d’ici la fin de 2022. La résilience aux inondations et autres sinistres naturels est l’un des cinq domaines d’intervention de la stratégie. 

Dans son communiqué publié le 30 août dernier, le Bureau d’assurance du Canada rappelle qu’il est impératif de combler ce découvert d’assurance qui menace quelque 800 000 propriétés au Canada. Ces ménages ne sont pas en mesure de couvrir leur risque d’inondation ou ne peuvent le faire à un tarif acceptable. 

Craig Stewart

« L’industrie de l’assurance a été et continue d’être au front en lien avec cet enjeu en rappelant que de nombreux Canadiens sont accablés financièrement par le risque d’inondation », souligne Craig Stewart, vice-président, changements climatiques et affaires nationales du Bureau.

Selon M. Stewart, les assureurs sont prêts à partager ces risques avec les gouvernements et les propriétaires par l’entremise d’un programme national public-privé. « La publication du rapport, qui est issu d’un partenariat inédit entre les assureurs et les autorités gouvernementales, démontre notre engagement », ajoute M. Stewart.

Hausse des dommages 

Parmi les membres du groupe de travail, les assureurs étaient représentés par Amy Graham, assureure principale, vice-présidente des Amériques de Swiss Reinsurance Company, et Jordan Brennan, vice-président, développement des politiques du Bureau d’assurance du Canada. 

Dans son rapport, le groupe de travail rappelle que « les tendances récentes exacerbent à la fois le risque d’inondation ainsi que l’augmentation de l’exposition et de la vulnérabilité du Canada face aux inondations ».

« Les changements climatiques devraient accroître la fréquence, la gravité et la variabilité de tous les types d’inondation (pluviales, fluviales et côtières) au cours des prochaines décennies. » 

Jusqu’à récemment, les dommages causés par les catastrophes naturelles étaient normalement gérés en mode réactif, pendant le sinistre et après. Désormais, il est nécessaire de doter le pays d’une vision plus holistique et stratégique de la gestion des urgences.

Cette vision doit mettre « l’accent sur la réduction proactive des risques et une meilleure reconstruction à long terme afin d’accroître la résilience de la société canadienne aux catastrophes futures ». La relocalisation stratégique et les infrastructures naturelles sont des moyens à privilégier à cet égard. 

« En envoyant un signal de prix sur les niveaux réels de risque d’inondation, l’assurance peut aider à encourager les comportements de réduction des risques dans l’ensemble de la société », ajoute-t-on.

Mais pour être équitable et efficace, l’assurance contre les inondations doit être accessible et abordable pour tous les Canadiens. Le marché actuel ne permet pas de couvrir les populations vivant dans des zones à haut risque. 

Dix constats 

Depuis 15 ans, le volume de réclamations a quadruplé et la barre des 2 G$ a été régulièrement atteinte, souligne le Bureau. Le risque d’inondation résidentielle au Canada est désormais estimé à un total de 2,9 G$ par année. Ce chiffre est l’un des 10 principaux constats du groupe de travail. 

Autre constat : sur ces 2,9 G$, la grande majorité (89,3 %) des risques sont concentrés dans les maisons les plus à risque (10 % des propriétés). Quelque 34,1 % des dommages sont concentrés dans un centième (1 %) des propriétés à risque élevé.