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BMO lancera ses premiers fonds distincts en y intégrant des fonds négociés en bourse

par Alain Thériault | 18 novembre 2013 10h27

BMO Assurance lancera les premiers fonds distincts de son histoire en misant sur la popularité des fonds négociés en bourse (FNB) du siège social. L’assureur se distingue aussi du marché en offrant de réinitialiser le capital garanti à l’échéance automatiquement, chaque mois.

Transigés par les conseillers en placement de plein exercice depuis les iShares apparus en 2000, les FNB ont percé le secteur des fonds communs en 2009 (Invesco), puis celui des fonds distincts en 2012 (Financière Sun Life).

À la différence de Sun Life, qui est passée par un tiers, Blackrock, pour créer deux portefeuilles partiellement composés de FNB, BMO Assurance lancera ses Fonds de placement garanti BMO (FPG BMO) en y intégrant les FINB BMO de BMO Groupe financier. Le lancement officiel est prévu le 2 décembre, mais BMO s’évertue à les faire connaitre depuis octobre.

Pour créer ces FPG BMO, la filiale d’assurance de la banque s’est associée à BMO Gestion d’actifs, une filiale de placement qui gère plus de 130 milliards de dollars (G$). C’est elle qui structure les portefeuilles.

La garantie à l’échéance sera de 100 % sur les dépôts effectués au moins 15 ans avant la date d’échéance, et 75 % sur les dépôts effectués moins de 15 ans avant cette date. C’est le propriétaire de la police qui sélectionne la durée : elle doit être d›au moins 15 ans et d›au plus 25 ans. À l’échéance choisie, il peut renouveler son contrat pour une autre période de 15 à 25 ans. L’échéance maximum est de 100 ans.

La garantie au décès sera quant à elle de 100 % sur les dépôts du client avant 75 ans et de 75 % sur les dépôts subséquents. Les frais de garanties oscillent de 0,73 % à 1,25 %, selon le risque associé aux FNB sous-jacents. Ils sont sujets à un plafond. Quant à la rémunération, le conseiller a l’option de négocier avec son client les frais d’acquisition initiaux (entre 0 % et 5 %). Sinon, il peut lui proposer des frais d’acquisition différés (de 5,5 % à l’année 1 à 2 % à l’année 7). Il peut enfin lui proposer l’option sans frais d’acquisition, et reprend alors ses commissions à raison d’un montant uniforme au prorata sur 24 mois. Versée mensuellement, la commission de suivi est de 1 % (0,5 % pour l’option différée), sauf sur les fonds du marché monétaire.

Par leur association aux FNB de BMO, les fonds distincts hériteront par ailleurs de la caractéristique Contrôle de la volatilité BMO, qui ajuste la répartition des actions et des titres à revenu fixe d’après des stratégies de gestion des risques. Ce contrôle vise un niveau de volatilité précis et rééquilibre le portefeuille quotidiennement. Le FNB caractérisé par ce contrôle est doté d’un actif de protection, soit une obligation gouvernementale. La répartition de l’actif est déterminée par la volatilité, la valeur marchande actuelle, le taux d’intérêt et la protection globale des actifs.

Réinitialisation mensuelle

BMO Assurance effectue mensuellement les réinitialisations du capital garanti à l’échéance. Elles s’effectuent automatiquement à la fin de chaque mois, jusqu’à dix ans avant la date d’échéance.

Cette caractéristique distingue BMO de ses concurrents dans le marché des fonds distincts, un marché dans lequel la réinitialisation automatique se fait habituellement une fois l’an. Dans les autres cas, le client réinitialise lui-même son capital garanti à l’échéance, soit deux fois l’an chez la plupart des produits dotés d’une telle option.

Cette caractéristique constitue aussi un argument fort en cette période de durcissement des règles de conformité, estime l’assureur. « L’autoréinitialisation met le fardeau sur le conseiller et son client de décider quand réinitialiser le capital garanti à l’échéance. Nous lui retirons des épaules cette tâche et les inquiétudes liées à cette décision », a dit Steve Carter, vice-président principal du markéting de BMO Assurance, en entrevue au Journal de l’assurance.

BMO a attendu longtemps avant de se lancer en fonds distincts. Ses hésitations remontent à l’époque d’AIG Vie du Canada. « Il y a eu quelques faux départs. Lorsque nous sommes devenus BMO Assurance, nous y avons pensé de nouveau, mais avons dû mettre le projet sur la glace, car le régulateur révisait ses exigences de capital », dit M. Carter.

Ce sont peut-être les FNB et leurs modestes frais de gestion qui auront finalement rendu la chose possible pour BMO. « Nous avons sauté sur l’occasion d’envelopper des FNB dans des fonds distincts, car ils sont moins couteux que les fonds gérés. Quand on offre une garantie riche comme l’échéance à 100 % avec réinitialisation mensuelle automatique, chaque économie fait la différence », a expliqué M. Carter.

Les FNB facilitent et rendent aussi moins couteuse la gestion des risques de la garantie à l’échéance de 100 %, ajoute M. Carter. « Vous pouvez apparier une option d’achat avec l’indice lui-même. Envelopper les FINB BMO a dégagé beaucoup d’économies qui nous ont permis d’offrir une garantie à l’échéance riche. »

Le vif intérêt qu’ont suscité les FINB de BMO depuis leur sortie en 2010 est aussi pour quelque chose dans la décision de BMO Assurance. Son actif a doublé depuis l’an dernier, passant à près de 12 G$ à la fin du troisième trimestre de 2013. BMO domine son principal rival, Blackrock, au chapitre des nouvelles ventes. Blackrock domine quant à lui les parts du marché canadien des FNB, avec un actif sous gestion d’un peu plus de 40 G$, aux termes du troisième trimestre.

BMO Assurance a misé sur l’expertise de BMO Gestion d’actifs pour construire les portefeuilles. En entrevue au Journal de l’assurance, Leon Garneau Jackson, vice-président de BMO Fonds Guardian, a déclaré que l’étalage de produits arrive à point dans l’environnement actuel. « Le marché américain est définitivement haussier, et même le marché canadien commence à rallier les investisseurs », dit-il.

Selon M. Jackson, le contrôle de la volatilité permet par ailleurs de tirer parti du marché sans craindre ses replis. « On participe moins à la hausse des marchés et on perd moins d’argent. Le but est de protéger le capital, plutôt que de connaitre une grosse année et de rester aux prises avec une forte volatilité, l’année suivante », dit-il.

M. Jackson salue en outre le caractère prudent de ces fonds. « Plusieurs compagnies d’assurance à travers le monde se sont retrouvées en situation difficile avec des garanties liées aux marchés et d’autres produits pas nécessairement liés aux fonds distincts, comme les credit default swaps (CDS), qui se sont fait frapper par la tempête parfaite. Le produit que nous lançons est bon dans les deux marchés : haussier et baissier »

Le précurseur

En 2011, la filiale de fonds communs de Sun Life, Placements mondiaux Sun Life (Canada), avait commencé à joindre le marché des fonds communs de FNB en créant des portefeuilles de répartition de l’actif, se composant entre autres de FNB de Blackrock.

Ces deux portefeuilles, soit Actions canadiennes BlackRock et Équilibré canadien BlackRock, sont offerts depuis aout 2012 sous forme de fonds distincts Sun Wise Essentiel de série 2, et au sein de son produit de décaissement, sous forme de rente viagère Sun Flex. Sun Life les offre individuellement, par l’entremise de son réseau de carrière et de ses agents généraux, ainsi qu’en rentes collectives, par l’entremise de ses conseillers du secteur des régimes de retraite.

L’actif total des deux portefeuilles se chiffrait à 200 M$, au 30 juin 2013, a révélé Anne Meloche, vice-présidente régionale, Québec et Est du Canada, marché institutionnel de Placements mondiaux Sun Life. « C’est un résultat appréciable, étant donné que ces fonds ont été lancés au printemps 2011 », a souligné Mme Meloche. Elle a précisé que la majorité de ces actifs proviennent de ses affaires de régimes collectifs de retraite.

Sun Life combat aussi la volatilité de ses deux portefeuilles en équilibrant mieux la pondération des secteurs qui composent l’indice S&P/TSX, explique Anne Meloche. Les portefeuilles Fonds d’actions canadiennes BlackRock et Fonds équilibré canadien BlackRock comprennent 70 % de titres traditionnels et 30 % de FNB iShares (35 % de FNB dans le portefeuille équilibré avec la portion de titres traditionnels répartie entre actions et obligations).

« La portion FNB de nos portefeuilles sert à réduire le risque de concentration du marché canadien. C’est crucial, lorsque l’on sait que les secteurs énergie, finance et matériaux, lequel en a pris pour son rhume dans les derniers mois, comptent à eux seuls pour près de 75 % du poids de l’indice », a-t-elle rappelé. Mme Meloche souligne que BlackRock est le sous-conseiller responsable d’acheter la portion de titres boursiers des fonds d’actions canadiennes et équilibré. La firme le fait de façon à répliquer l’indice canadien.

« La grande tendance viendra des produits intelligents, où le FNB indiciel est retravaillé pour refléter quelque chose de mieux, car tout indice a sa faiblesse. On voit de plus en plus apparaitre dans le marché des fonds gérés activement avec des FNB », dit Mme Meloche.

Chez Invesco, les fonds communs de FNB PowerShares, les fonds à faible volatilité de revenu fixe, de dividendes et indiciels des grands marchés boursiers comme les États-Unis et les pays émergents sont ceux qui se vendent le mieux, observe de son côté Alain Huard, vice-président et directeur régional des ventes.

Les mécanismes antivolatilité sont la clé. « Les investisseurs veulent prendre plus de risques, sans sauter à pieds joints dans le marché. Ils veulent reproduire un indice avec moins de volatilité. Ils ne recherchent pas des créneaux comme les produits de base ou l’énergie, où les titres changent souvent de mains », dit M. Huard.

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