Le taux moyen de hausse des coûts médicaux devrait atteindre 8,3% en 2026 au Canada, selon le dernier rapport sur les tendances mondiales des coûts médicaux (The Global Medical Trend Rates Report 2026) publié par Aon plc, alors que cette augmentation a été de 7,4% en 2025. En comparaison, les coûts des régimes d’assurance maladie augmenteront en moyenne de 9,8% dans le monde en 2026, contre 10% en 2025.
Des dépenses de santé en hausse
Plusieurs tendances convergentes expliquent l’accélération de la hausse des coûts de santé au pays cette année. À commencer par le contexte international chahuté.
Isabel Boyer, vice-présidente des solutions pour la santé du Canada chez Aon, explique en entrevue avec le Portail de l’assurance que les tarifs mis en place par les États-Unis produisent un effet indirect sur les régimes. « Même si les droits de douane ne sont pas imposés directement sur les soins de santé et les médicaments, ils impactent la chaîne d’approvisionnement au niveau mondial », observe-t-elle. Le coût de fabrication des médicaments américains augmente, du fait de la hausse du prix des composants importés de Chine, entre autres.
De son côté, Frédéric Leblanc, chef stratégique, produit et programme de médicaments, chez iA Groupe financier, n’a pas relevé d’augmentation de prix en lien avec les tarifs. « Le risque à long terme porte surtout sur la pénurie de médicaments et sur le lancement retardé de nouvelles molécules au Canada », analyse-t-il.
« Face à l’actualité, les gens ressentent une fatigue physique et mentale, croit Mme Boyer. Ils prennent soin d’eux : on observe une recrudescence de l’utilisation des massothérapeutes et des physiothérapeutes, ainsi que des professionnels de la santé mentale. »
Globalement, les soins de santé complémentaires représentent un peu plus du tiers (36%) du total des dépenses admissibles, d’après les données sur les demandes de remboursement de 2025 de la compagnie Medavie.
Cela signifie que les médicaments comptent pour près des deux tiers des dépenses (64%). Et certains médicaments pèsent particulièrement lourd dans la balance. C’est notamment le cas des agonistes du GLP-1, qui réduisent la glycémie, augmentent la satiété et ralentissent la digestion. Certains, tels que l’Ozempic, sont utilisés pour le diabète, qui correspond à l’une des principales catégories thérapeutiques en matière de dépenses admissibles. D’autres, tels que le Wegovy, ciblent la perte de poids, qui constitue la catégorie thérapeutique en plus forte croissance du point de vue des coûts.
« Il y a une pression croissante sur les promoteurs de régime pour ajouter la couverture des agonistes du GLP-1 pour la perte de poids », affirme Mme Boyer. Les employeurs qui optent pour ce choix doivent anticiper une hausse de leurs frais de santé. Toutefois, l’approbation de versions génériques par Santé Canada, que l’industrie espère voir se concrétiser en 2026, devrait permettre de réduire significativement les coûts de ces médicaments.
Plus largement, M. Leblanc souligne que l’innovation pharmaceutique fait monter le prix moyen des médicaments. Il indique que les médicaments de spécialité représentent environ 30% des dépenses d’un régime, pour seulement 1% des demandes de remboursement. Ceux-ci incluent notamment des traitements contre le cancer et contre des maladies rares, telles que la fibrose kystique. Parmi les dix médicaments les plus coûteux à travers les dépenses d'iA Groupe financier pour l’ensemble des employeurs, sept sont des médicaments de spécialité.
« Certains médicaments de spécialité sont intéressants, parce qu'ils apportent des bienfaits du côté de la santé ou de la gestion des maladies, mais ils prennent de plus en plus de place dans les régimes », réagit Andrée-Anne Bourgeois, vice-présidente, tarification, actuariat et destination, chez Desjardins Assurances.
M. Leblanc ajoute un autre élément : l’augmentation de la population canadienne fait en sorte qu’il y a plus de réclamants année après année, ce qui tire mécaniquement les dépenses liées aux médicaments vers le haut.
Cinq sources d’économies envisagées par les employeurs
L’utilisation de mesures de contrôle des coûts dans la conception et l’administration des régimes font partie des initiatives que les promoteurs de régimes canadiens prévoient mettre en place en 2026, selon Aon.
En effet, les assureurs offrent toute une panoplie d’arrangements financiers, de la couverture complète au régime auto-assuré, en passant par des solutions intermédiaires. « Plus les employeurs prennent de risque, moins leur prime est élevée, indique Mme Boyer. Or, plus ils grossissent, puis ils peuvent assumer de risques : certains peuvent économiser en négociant un nouvel arrangement avec leur assureur. »
D’après Aon, les employeurs continueront aussi à miser sur la promotion de leurs programmes de santé et mieux-être. Plusieurs offrent un programme d’aide aux employés et à la famille (PAE), qui facilite l’accès aux soins, tout en permettant de réduire l’absentéisme. « Il y a une diminution de la sévérité des pathologies, qui s’accompagne d’une réduction des frais de santé pour les employeurs à long terme », partage Mme Boyer. Quant aux programmes mieux-être, qui offrent des allocations pour un abonnement à la salle de sport, par exemple, ils incitent les employés à se soucier de leur bien-être, et permettent de réduire le stress, qui peut aggraver d’autres problèmes de santé.
Autre source d’économies envisagée : les mesures de contrôle des coûts dans le design et l’administration des régimes. Elles regroupent entre autres la mise en place de déductibles et de prestations maximums annuelles, que ce soit par type de praticien ou pour tous les frais paramédicaux combinés. Elles incluent aussi le contrôle de l’utilisation, dont la soumission générique obligatoire pour les médicaments. « De façon générale, on va exiger que le participant prenne le générique d’un médicament lorsque c’est possible », mentionne Mme Boyer.
Les autorisations préalables pour les médicaments de spécialité, qui exigent une justification médicale pour leur remboursement, et la thérapie par étape (« step therapy »), qui impose de commencer par des médicaments de première ligne avant de passer aux options plus dispendieuses, font également partie des clauses des régimes qui contribuent à contenir les dépenses. Mme Bourgeois, de chez Desjardins, estime que « cela permet de s'assurer en même temps d'une accessibilité pour ceux qui en ont besoin, et d’une maîtrise des coûts assez efficace ».
De son côté, M. Leblanc témoigne : « On a une approche agressive de transition vers les produits biosimilaires, qui correspondent aux génériques de produits biologiques. Si c’est une première utilisation d’un produit biologique, sans comorbidité ou situation spécifique, on voudra que le patient commence avec un biosimilaire. »
Les régimes flexibles, qui donnent aux participants le choix de différents niveaux de couverture, constituent une autre piste de solution. « Les promoteurs mettent des régimes flexibles en place pour pallier les différents besoins de leur main-d’œuvre », mentionne Mme Boyer, illustrant son propos avec les cas d’un jeune entrant sur le marché du travail, d’un parent de deux enfants et d’un employé proche de la retraite.
Finalement, certaines compagnies se voient dans l’obligation de réduire les avantages sociaux proposés, par exemple en supprimant la couverture des frais dentaires, ou de les restreindre, en jouant sur les critères d’éligibilité, entre autres. « Ce n’est pas ce que nous recommandons à nos clients, précise Mme Boyer. On veut les aider à maintenir en place leur régime autant que possible. »
La majorité des employeurs prêts à lancer un appel d’offres
Selon Mme Boyer, les promoteurs de régime n’ont d’autre choix que d’investir dans leurs assurances collectives. Et pas seulement à cause de leurs obligations légales, en matière de couverture des médicaments au Québec, par exemple. « C’est une part importante de la rémunération des employés, mais ça fait aussi partie de la stratégie d’attraction et de rétention des employeurs », précise-t-elle.
De son côté, M. Leblanc met en perspective l’augmentation des dépenses avec le fait que l’on traite plus de personnes, et plus de maladies. « Il y a un impact économique à tout ça : les populations sont en meilleure santé, on vit plus vieux, on augmente la productivité au travail », fait-il valoir.
« Le contexte économique et géopolitique qui est très incertain, combiné à la hausse des coûts amène une certaine prudence de la part des employeurs », constate cependant Mme Bourgeois. Les consultants de Desjardins Assurance ont pour mission d’accompagner les employeurs, pour identifier la conception de régime et les mesures de mitigation des dépenses les plus adaptées. « Il y a des mesures de contrôle qu’on offre à l'ensemble de nos clients, telles que le respect des paramètres du contrat, la gestion proactive en invalidité et l'autorisation préalable pour les médicaments, dans le but d’assurer la pérennité des régimes d'assurance collective », indique-t-elle.
« La hausse des frais de santé préoccupe les employeurs, c’est certain », conclut Mme Boyer. Selon l’étude 2025 sur les tendances mondiales en matière d'avantages sociaux (2025 Global Benefits Trends Study) réalisée par Aon, les entreprises se concentrent sur la maîtrise des coûts, dont les frais médicaux, alors qu’elles se préparent à une période d’incertitude économique. Environ trois quarts d’entre elles prévoient négocier avec leurs assureurs et leurs autres prestataires actuels, et environ deux tiers prévoient lancer un appel d’offres.