Au moment où menace une deuxième vague de COVID-19, les assouplissements financiers injectés par de nombreuses banques centrales à travers le monde contribuent à rendre incertain non seulement le moment de la reprise économique mais aussi sa durabilité à long terme.
Dans son bulletin Economic Insights, Swiss Re signale que les stimuli financiers injectées par 13 banques centrales de marchés émergents pour contrer la récession entrainée par la COVID-19 peuvent peser sur la croissance à long terme de ces économies. Selon la compagnie de réassurance, ces marchés devront relever leur productivité en investissant dans le capital humain et les infrastructures.
« Les marchés émergents offre un potentiel de croissance à long terme qui demeure très attrayant à notre point de vue », dit le réassureur. Il rapporte toutefois les estimations du Fonds monétaire international (FMI), selon lesquelles ces injections et les autres à venir feront passer le ratio de dette moyen des pays émergents de 53 % en 2019 à 65 % en 2021. Ce ratio est calculé par rapport au produit intérieur brut (PIB) d’une vingtaine d’économies, dont celles du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud).
Dans son rapport des perspectives économiques du troisième trimestre de 2020, Picton Mahoney Asset Management signale des indicateurs clés suggèrent que l’économie entre dans une phase de reprise alors que les mesures de distanciation sociale se lèvent progressivement à travers le monde. Le gestionnaire dit voir des signes en début de troisième trimestre. Il estime entre autres que les premières phases de déconfinement qui se déploient actuellement à travers le monde présentent relativement peu de risques. Il s’attend à une reprise de l’économie mondiale au cours de l’été, avec un rebond de la croissance et de l’emploi.
L’Europe rassure, l’Amérique inquiète
Picton Mahoney fait aussi valoir que l'Europe a fait des progrès importants qui laissent entrevoir une amélioration de l’intégration économique de la zone euro. Parmi ces progrès, le gestionnaire soulève la création d'un plan de relance qui permet aux pays européens les plus fragiles de bénéficier de la force des autres, et la centralisation des actifs en difficulté auprès des banques centrales européennes.
Picton Mahoney modère par contre son optimisme à l’égard des États-Unis. Il estime que des inquiétudes subsistent quant à l'absence d’une stratégie nationale de lutte contre la pandémie aux États-Unis, chaque état se trouvant laissé à lui-même. Pour le gestionnaire, la question n’est pas de savoir à quelle vitesse les économies peuvent rouvrir mais comment le faire sans risquer un sérieux rebond des cas de coronavirus qui minerait les meilleures stratégies déjà mises en place.
La pandémie montre une légère accalmie aux États-Unis, mais encore 50 000 cas de COVID-19 apparaissent chaque jour, observe pour sa part Sébastien McMahon, gestionnaire de portefeuille sénior des fonds diversifiés et économiste d’iA Groupe financier, dans son survol de l’économie pour la semaine du 10 au 14 aout 2020. Parallèlement, il souligne qu’une légère accélération s’est fait sentir en Europe, avec 10 000 cas par jour. Après une légère accélération, le nombre de cas au Canada a toutefois repris une pente descendante.
La gestion de la COVID-19 pousse la confiance à la hausse en Europe, alors que la prudence demeure aux États-Unis, ajoute M. McMahon. Malgré tout, les surprises demeurent bonnes au sud de la frontière, avec un sommet de près de 20 ans de l’Indice Citigroup de surprise économique.
La Chine brille
Parce qu’elle a su contenir le coronavirus, Swiss Re croit que seule la Chine pourra faire croitre son PIB parmi les pays émergents, soit de 2,7 % en 2020 et de 7,0 % en 2021. D’autres pays à l’économie émergente, comme le Brésil et l’Inde, en sont encore à aplanir la courbe de la pandémie, note le réassureur dans son bulletin Economic Insights. « Nous nous attendons à ce que le reste de l’univers des marchés émergents voit son PIB se contracter de 3,7 % en 2020, avant de reprendre en 2021 avec une croissance de 4,2 %, surpassant ainsi la performance des pays avancés », peut-on lire dans son bulletin.
Le gestionnaire de caisse de retraite Capital Group nourrit une vision similaire de la Chine. Capital Group note qu’elle a été la première nation à fermer son économie, mais aussi la première à la sortir du confinement. Elle pourrait ainsi jouer un rôle essentiel dans le redémarrage de l’économie mondiale, croit le gestionnaire qui s’attend à un rebond économique dans ce pays après le passage de la COVID-19.
Économiste de Capital Group à Hong Kong, Stephen Green prévoit une reprise de la croissance en 2021, au gré des nouvelles mesures de relance budgétaire qui privilégieront les infrastructures liées à la technologie telles les communications mobiles de cinquième génération (5G). Parmi les autres infrastructures visées figurent le réseau électrique, la construction de métros et de trains de banlieue ainsi que l’amélioration de l’environnement. Il ajoute que ces mesures viseront une plus grande autosuffisance de la Chine, dans un contexte de tensions commerciales.
Dans son analyse, M. Green dit observer que les activités industrielles sont pour la plupart de retour à leur niveau normal dans ce pays. « Toutefois, je crois que le retour à la croissance sera lent et graduel », écrit-il. Tranchant avec le consensus d’une croissance modeste du PIB en 2020, M. Green croit plutôt que la Chine ne connaitra aucune croissance cette année.
Les taux montent; l’or descend
Une bonne poussée des taux d’intérêt à long terme dans la semaine se terminant le 14 aout 2020 a fait reculer l’indice des obligations FTSE TMX Long de 3,03 %, note Sébastien McMahon dans le survol hebdomadaire d’iA Groupe financier. Ce sursaut a suffi à faire vivoter l’or au milieu de la semaine du 10 au 14 aout 2020. Son prix a reculé de 4 %.
Vice-président principal et économiste en chef d’iA, Clément Gignac observe de son côté que l’or a vécu une prise de profits sans précédent durant la semaine analysée. « Le prix de l’or a chuté de plus de 100$ en une seule journée; c’est du jamais vu! Cela rappelle que le prix de l’or est volatil et que ce type d’investissement n’est pas fait pour tout le monde », a-t-il commenté. L’économiste dit inclure des actifs liés à l’or dans ses portefeuilles de placement pour limiter la volatilité, car « cette classe d’actifs ne se comporte pas de la même façon que les autres ».
Malgré sa récente chute, M. Gignac maintient son pari d’une tendance haussière du prix de l’or. Le fait que le dollar américain entre dans un cycle baissier soutiendra également le prix de l’or, conclut-il.
Optimisme à Wall Street
Selon le survol d’iA, les rendements des marchés européens et asiatiques reprennent du poil de la bête et l’indice américain S&P 500 continue sur sa lancée. En dollars canadiens, cet indice boursier a progressé de 7,56 % en dollars canadiens depuis le début de l’année 2020.
Les dirigeants d’entreprises et analystes américains manifestent le plus d’optimisme depuis la fin de 2016 en ce qui touche les perspectives de rendement du S&P 500, selon des données de BofA Merrill Lynch Global Research. La recherche se penche entre autres sur le nombre de fois où le mot « optimisme » ou ses dérivés ont été entendus durant les conférences aux analystes, explique M. Gignac. « On prévoit que l’an prochain, les rendements du S&P 500 seront revenus au niveau où ils étaient en 2019 », a-t-il dit, au moment de présenter les perspectives de marché du survol économique.
Toujours au sujet du S&P 500, M. Gignac observe que ce ne sont plus seulement les titres de technologies qui le poussent à la hausse. « Il y a une plus grande profondeur dans le marché. Lorsque l’on exclut du S&P 500 les secteurs des technologies et des communications, d’autres secteurs participent à la reprise du marché, même si on a pas encore atteint le sommet précédent », dit-il.