Le Centre Intact d’adaptation au climat (CIAC) de l’Université de Waterloo vient de publier des lignes directrices de protection contre la chaleur, établies à partir du rapport Chaleur extrême irréversible : protéger les Canadiens et les collectivités d’un avenir mortel, publié en juin 2022.
Le rapport, élaboré par plus de 60 spécialistes du pays, souligne que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus intenses et plus durables. On y rappelle que la vague de chaleur de 2021 en Colombie-Britannique a entraîné la mort prématurée de 619 personnes.
« La bonne nouvelle, c’est que les effets de la chaleur sur la santé peuvent être évités grâce à la connaissance, à l’éducation et à l’action », a déclaré Joanna Eyquem, chargé de l’élaboration des lignes directrices au Centre Intact.
Les lignes directrices proposent trois solutions pour aider la population canadienne à se protéger de la chaleur, à savoir : les gestes environnementaux, la mise en place d’infrastructures vertes et l’amélioration des bâtiments publics.
Les effets néfastes des pics de chaleur
Les villes urbaines du Canada sont durement touchées par les vagues de chaleur et sont caractérisées comme des îlots de chaleur urbains. Les températures dans ces villes peuvent atteindre des niveaux bien plus élevés qu’en zone rurale.
« En moyenne, il y a une différence de température entre les surfaces des îlots de chaleur urbains et celles des zones rurales environnantes de 10 °C à 15 °C pendant la journée », indique-t-on dans le guide.
Ces vagues de chaleur extrême sont des menaces pour la santé humaine. Elles exposent la population à des maladies telles que l’œdème et les crampes de chaleur et peuvent causer des évanouissements ou aggraver un problème de santé. Cependant, la santé physique n’est pas le seul enjeu face aux températures élevées.
La santé mentale est également mise à rude épreuve durant ces périodes de chaleur. « L’exposition à la chaleur extrême peut entraîner une fatigue psychologique et des températures élevées ont été associées à une augmentation du taux de suicide », souligne le guide.
Les infrastructures sont aussi contraintes à ces variations de température. Voies ferrées, routes et réseaux électriques voient leur matériel se dégrader de jour en jour. Le rapport cite que Metrolinx, un grand fournisseur de transport dans le sud de l’Ontario, a constaté que des températures de plus de 32 °C pouvaient déformer les voies ferrées à cause de la dilatation.
Des inégalités face aux chaleurs extrêmes
Face à des pics de chaleur, la population canadienne n’y est pas confrontée à parts égales. Le guide souligne que les chaleurs extrêmes peuvent creuser des inégalités, selon le lieu d’habitation, la vulnérabilité de la personne et l’accès aux ressources.
« Par exemple, une personne âgée atteinte d’une maladie chronique peut aussi être isolée socialement et habiter dans un logement mal adapté aux chaleurs extrêmes dans un îlot de chaleur urbain », précise-t-on dans le rapport.
De ce fait, la chaleur extrême va accentuer les inégalités et mettre davantage en danger les personnes vulnérables ne pouvant pas se protéger. En parallèle, le système de santé doit également faire face à ces vagues de chaleur en maintenant des températures adéquates pour protéger les patients ainsi que le personnel hospitalier.
Ainsi, des événements météorologiques extrêmes tels que les incendies vont avoir un impact conséquent sur le système de santé. En 2021 en Colombie-Britannique, les services d’incendie et de secours ont signalé un afflux de demandes trois fois plus important que d’habitude, entraînant une attente de plus 11 heures pour une ambulance.
L’impact sur l’économie
Même si la chaleur extrême n’est pas aussi coûteuse en matière de dommages aux propriétés assurées que d’autres événements météorologiques, elle entraîne de nombreuses victimes et de décès.
« Si les inondations et les feux de forêt sont les dangers les plus coûteux pour les Canadiens, les chaleurs extrêmes sont de loin les plus meurtrières. Par exemple, une vague de chaleur pendant une panne d’électricité dans une ville comme Montréal pourrait facilement entraîner la mort de milliers de personnes si les efforts de préparation contre la chaleur ne sont pas mobilisés dès maintenant », explique Blair Feltmate, président du CIAC.
Bien que les chaleurs extrêmes n’affectent pas le capital financier, elles ont un impact sur le capital humain et naturel, ce qui génère des répercussions sur l’économie. Le rapport cite que plusieurs secteurs de l’industrie, dont l’agriculture, présenteront des risques physiques directs causés par les vagues de chaleur.
Dans cette même lignée, l’Institut canadien pour des choix climatiques a étudié les coûts d’une hausse des vagues de chaleur liées au changement climatique. Les conclusions : une perte de productivité économique, des décès en hausse et une qualité de vie en baisse, avec des coûts allant jusqu’à 8,5 milliards de dollars (G$) par an d’ici 2100 si les émissions de gaz sont élevées. Les coûts seraient moins élevés avec une réduction draconienne des émissions.
Des solutions basées sur le comportement et les infrastructures
Les lignes directrices du Centre Intact expliquent les mesures de protection à mettre en place pour les résidents et leurs proches et indiquent les actions à poser, autant dans les maisons que les immeubles.
En 2022, le guide Chaleur extrême irréversible mettait en évidence 35 mesures classées en trois catégories : changements comportementaux (mesures non structurelles), utilisation de la nature pour rester au frais (infrastructures vertes), amélioration de bâtiments et des infrastructures publiques (infrastructures grises).
L’objectif du guide est de proposer des solutions préventives qui permettront aux particuliers, aux propriétaires, aux gestionnaires d’immeubles ainsi qu’aux collectivités de réduire les effets des îlots de chaleur urbains.
En voici quelques exemples :
- réduire au minimum le gaspillage de chaleur à l’intérieur, par exemple, en éteignant les appareils non utilisés ;
- planter et entretenir des arbres (forêts urbaines, corridors verts et parcs urbains) ;
- étendre les zones d’ombre artificielle (par exemple en utilisant des auvents ou des abris).
Certaines initiatives voient le jour, dont l’application MétéoCan qui envoie gratuitement des avertissements de chaleurs et autres alertes météo, via le téléphone intelligent. En parallèle, Santé Canada partage sur sa plateforme des recommandations pour se protéger contre les maladies liées à la chaleur.
Les nouvelles infographies
En attendant la publication de la Stratégie nationale d’adaptation du Canada, qui est prévue au mois de juin 2023, le Centre intact a publié de nouvelles astuces pour se protéger de la chaleur dans les maisons et les immeubles à travers des infographies.
Ces infographies présentent des techniques simples en trois étapes pour une protection rentable des habitations et des immeubles. La première étape consiste à planifier de rester au frais, comme aider les voisins, la famille ou les personnes vulnérables à se préparer face aux pics de chaleur, s’inscrire aux alertes de chaleurs extrêmes, utiliser des appareils écoénergétiques qui émettent moins de chaleur ou encore aménager des espaces de vie.
La deuxième étape aborde des mises à niveau simples à travers des méthodes de refroidissement passif, comme la plantation des arbres pour créer de l’ombrage, l’installation des plantes grimpantes sur les façades, la fixation des stores ou des pare-soleil sur les fenêtres ou encore l’utilisation des ventilateurs portables pour faciliter la circulation de l’air.
Enfin, pour la troisième et dernière étape, celle-ci illustre des mises à niveau plus complexes, qui peuvent engager un entrepreneur pour des travaux de plus de 250 $, comme l’installation de moniteurs, de volets extérieurs ou auvents ou d’un système de climatisation.