L’industrie des assurances s’intéresse de plus en plus à la modélisation du risque de feu incontrôlé depuis que sinistres assurés, pertes financières et activité humaine tendent à la hausse, explique Swiss Re dans un rapport de mars 2019 intitulé Wildfire in Canada: Fostering Resilience Through Advances in Modelling.
« La modélisation du risque de feu incontrôlé est déficiente par rapport aux autres risques de catastrophes naturelles, comme les tremblements de terre, les tempêtes et les inondations », souligne dans la préface Monica Ningen, présidente-directrice générale, Canada et Antilles anglaises, Swiss Re. « Les assureurs ont donc affaire à des risques qui sont mal représentés dans leurs modèles. »
Le risque aggravé par l’activité humaine
Le risque de feu incontrôlé va grandissant à cause de l’intensification de l’activité humaine, indique le rapport. Les gens sont de plus en plus nombreux à choisir un milieu périurbain pour s’y établir, ce qui fait augmenter les risques pour les biens et pour la vie. De plus, les feux incontrôlés sont parfois déclenchés par l’activité humaine. Entre autres catalyseurs potentiels, citons « les étincelles provenant d’une machine ou d’un train, les feux de camp, les feux sur des terrains agricoles ou forestiers, les arcs électriques provenant des fils de transport d’électricité et les incendies volontaires ».
Les sinistres en hausse
Depuis quelques années, on observe une hausse marquée des sinistres assurés dus à des feux incontrôlés. Le rapport souligne qu’avant 2003, « aucun feu incontrôlé au pays n’a causé, à lui seul, plus de 10 millions de dollars canadiens de pertes ». Le Canada a toutefois subi plusieurs feux incontrôlés majeurs qui ont fait passer le montant payé par les assureurs à 5 milliards de dollars de 2003 à 2017.
L’incendie qui a ravagé Fort McMurray en 2016 est la catastrophe naturelle la plus couteuse de l’histoire du Canada : la facture des assureurs s’est élevée à 3,8 milliards de dollars, rapporte Swiss Re.
Si les feux incontrôlés font surtout intervenir les assurances biens et responsabilité civile, ils font parfois entrer en jeu d’autres branches, comme l’assurance des pertes d’exploitation et l’assurance agricole et forestière.
Ils peuvent aussi aggraver les risques pour la santé à court et à long terme en raison de l’exposition à la fumée.
Des méthodes pour évaluer les dangers
La recherche a mené à la création de méthodes qui génèrent des indices numériques et qui « permettent de déterminer le risque d’incendie quotidien en fonction de l’effet combiné de la météo […] dans une région donnée, selon sa topographie, sa végétation et ses combustibles, entre autres variables ». On peut ainsi « affecter plus efficacement les ressources de gestion des incendies dans le temps et dans l’espace », explique Swiss Re.
La quantification du risque difficile pour les assureurs
Dans son rapport, Swiss Re indique que les assureurs ont du mal à quantifier le risque de feu incontrôlé, soulignant que « les feux catastrophiques récemment survenus au Canada étaient essentiellement non modélisés ».
Le réassureur croit qu’il est possible d’améliorer les estimations « en combinant les modèles probabilistes axés sur la vulnérabilité et le risque à des modèles fondés sur l’apprentissage machine ».
Monica Ningen précise que « Swiss Re analyse les tendances des feux incontrôlés afin de prédire les dangers d’incendie jusqu’à un an d’avance au moyen de techniques d’apprentissage profond novatrices, de mégadonnées et de l’intelligence artificielle ».
C’est en modélisant ainsi le risque de feu incontrôlé que les assureurs pourront mieux le comprendre. L’information leur sera utile pour fixer les primes, établir les provisions et gérer leurs portefeuilles, conclut Swiss Re.