L’année 2021 a été particulièrement profitable sur le marché de la gestion des risques liés aux régimes de retraite à prestations déterminées (PD). Il faut dire que sa croissance ne dérougit pas depuis cinq ans.
À l’occasion du webinaire « Objectif 2022 : vous aider à gérer les risques liés aux régimes PD », des experts en matière de rentes de régimes de retraite de la Sun Life ont récemment fait le point sur l’état du marché et sur les facteurs ayant stimulé sa croissance en 2021. Ils ont également donné divers conseils sur la façon d’aborder la gestion de ces risques en 2022 et pour les années à venir.
Selon Dhvani Desai, directrice, relations avec la clientèle, solutions PD, à la Sun Life, la flambée des marchés boursiers en 2021 a engendré une amélioration significative de la capitalisation des régimes de retraite ; ce facteur clé explique les tendances observées en 2021.
De son côté, Brent Simmons, chef, solutions PD à la Sun Life, souligne que, au cours des deux dernières années, « le rendement sur les rentes s’avère plus avantageux que celui qui a été réalisé par de nombreux produits de titres à revenu fixe ou les obligations. Deux tendances ont émergé sur les marchés : les rentes semblent plus rentables que les portefeuilles d’obligations prudents, et les directeurs de placements se montrent de plus en plus créatifs ».
Limites de prix et de financement
Selon Ashwin Gopwani, directeur général, Solutions clients, à Gestion SLC, les limites de prix et de financement ont poussé bon nombre de promoteurs de régime à réduire les risques associés à leurs portefeuilles au cours de la dernière année. M. Gopwani rapporte également que de nombreux promoteurs se sont entretenus avec leur fournisseur de services quant aux changements de stratégie destinés à sécuriser les gains réalisés en 2021. En tout, l’entreprise aurait aidé quatorze promoteurs à réduire les risques associés à leurs régimes de retraite au cours de l’année.
En 2021, les marchés boursiers ont connu une surchauffe, et les taux d’intérêt ont également grimpé. Bien que le tout ait entraîné le repli de la valeur des portefeuilles de titres à revenus fixes, M. Gopwani estime que, dans l’ensemble, c’est la hausse des taux d’intérêt qui a eu le plus d’incidence sur le passif de la plupart des régimes de retraite.
« En général, le tout a été assez avantageux pour les promoteurs de régime de retraite », conclut-il.
Quant à Mme Desai, elle indique que la saine gestion, la mobilisation des intervenants, la rapidité d’accès aux données de même que des limites de prix bien définies sont au nombre des facteurs qui ont permis aux entreprises d’être proactives dans leurs transactions et d’ainsi profiter de prix concurrentiels. « Nous savons que le marché est en bonne santé lorsqu’un ancien acheteur y revient. » Il est à noter que, en 2021, plus de 70 promoteurs de régime ont acheté des rentes sur le marché canadien, et qu’une quinzaine d’entre eux détenaient une expérience du marché.
Le marché canadien des rentes collectives a le vent dans les voiles ; selon la Sun Life, il aurait crû de 25,5 milliards de dollars de 2018 à 2021. Selon les chiffres des cinq années précédentes, soit de 2012 à 2016, il aurait alors connu une expansion de 11,1 milliards de dollars seulement.
Un nombre inégalé de transactions
Les experts de la Sun Life rapportent qu’un total de 22 transactions dépassant les 100 millions de dollars ont été conclues en 2021, ce qui constitue un record. « Les promoteurs de régime sont plus à l’aise d’effectuer des transactions de grande valeur », constate Mme Desai.
Dans le rapport intitulé Aperçu du marché canadien des rentes collectives en 2021, des chercheurs de la Financière notent que les rentes collectives sans rachat des engagements sont tout autant convoitées et concurrentielles que les rentes collectives avec rachat des engagements. La différence de popularité entre les deux types d’opérations est tributaire des transactions de grande valeur effectuées en cours d’année.
Les rentes collectives en bref
« Les opérations de rentes avec ou sans rachat ont généralement une tarification similaire, explique Mme Desai. Les rentes sans rachat n’entraînent pas d’incidences financières ou comptables. Elles sont considérées comme une cotisation dans le cadre de la stratégie d’investissement. Quant aux rentes avec rachat, elles peuvent avoir des incidences financières ou comptables, mais elles permettent au promoteur du régime de transférer la gestion du groupe assuré à un assureur. »
Pour ce qui est de l’avenir, M. Gopwani s’attend à ce que davantage de discussions touchent la protection des régimes de pension à prestations déterminées des risques liés à l’inflation, et que le sujet suscite un intérêt grandissant.
« Il est difficile de prévoir l’avenir du marché canadien des rentes collectives, mais tout semble indiquer qu’il continuera de croître », fait-elle remarquer.
Des conseils pour les promoteurs de régime
La capacité des sociétés d’assurance à conclure des transactions de rentes collectives est limitée. Selon le panel d’experts du webinaire, les promoteurs de régime qui souhaitent conclure de telles ententes devraient intégrer le marché en début d’année.
« J’encourage les promoteurs à se présenter sur le marché plus tôt dans l’année, conseille Eric Soehner, directeur général, structuration, solutions PD à la Sun Life, aux participants présents en ligne. Au début novembre de l’année dernière, la Sun Life avait déjà épuisé la capacité de l’actif de valeur nominale. Elle a ainsi dû cesser d’effectuer des opérations relatives aux passifs non indexés en novembre et en décembre. Attendre à la fin du quatrième trimestre est risqué. »
Les entreprises doivent également éviter de faire leur entrée sur le marché la journée même où se conclut une autre transaction de grande valeur.
Les experts soutiennent que toutes les transactions sont différentes, mais il est tout de même possible de tirer des leçons des expériences de promoteurs de régime et de consultants ayant conclu des contrats d’envergure.
- Établissez le rôle de chaque intervenant en amont. Assurez-vous de communiquer clairement vos attentes.
- Optez pour une entreprise avec qui les relations sont aisées. « Le processus sera ponctué de hauts et de bas », souligne Jérôme Couture, conseiller principal, actuariat et investissement, à Rio Tinto.
- Ne sous-estimez pas l’importance de la préparation des données et de la planification du portefeuille. « Lorsque vous vous apprêterez à investir dans le marché, soyez préparé quant à ces deux aspects. De cette façon, les assureurs vous prendront au sérieux », conseille Véronique Lauzière, associée adjointe, investissements et risques, à Solutions Mieux-être LifeWorks.
- Lors de la préparation des données, faites les vérifications nécessaires afin d’être certain que le régime n’assure pas de membres décédés. Lorsque les données ne sont pas parfaites, il est possible de recourir au mécanisme de rajustement de la prime, mais seulement plusieurs mois après la conclusion de la transaction. « Il est alors possible de corriger le flux financier de données inexactes, explique M. Soehner. Les données peuvent alors être rectifiées. » Cela dit, il vaut mieux y consacrer du temps en amont pour ne pas avoir à faire de rajustements de prime imprévus.
- Mme Lauzière ajoute que la communication avec les participants du régime est primordiale. Il faut tenir compte des participants touchés et ceux qui ne sont pas touchés, des organismes de régulation, des investisseurs et du grand public, car ils sont tous potentiellement concernés.
- Documentez votre processus décisionnel de même que ses résultats afin de faciliter le transfert d’information et de permettre à tous de comprendre les motifs derrière certaines décisions, même des années plus tard.
Enfin, les experts soulignent que, si le promoteur du régime est un assureur, les participants du régime seront liés à ce dernier. « C’est une relation de longue durée, indique Mme Lauzière. Il faut avant tout apprécier la personne avant de regarder son compte bancaire. »
Les promoteurs de régime n’accordent pas tous la même importance aux critères qui vous tiennent à cœur, comme la cybersécurité et la gestion. Mme Lauzière explique qu’elle a l’habitude de demander aux promoteurs de régime, quelques semaines avant une transaction, quel assureur ils choisiraient, à coût égal. La réponse ne va pas toujours de soi.
« Ces accords se déroulent sur le long terme et sont irrévocables, précise M. Soehner. À titre d’assureur, notre but est de cerner et de combler les besoins du promoteur de régime. L’important pour nous, c’est de les connaître aussi tôt que possible. »