Les changements majeurs survenus dans le marché de l’assurance de dommages dans la dernière décennie et la nouvelle règlementation ont mené Ledor Assurances à fusionner avec La Capitale, 10 ans après sa création.

La petite mutuelle est née en 2008 du regroupement de Promutuel Dorchester et Promutuel Lévisienne-Orléans, qui s’étaient retirées du Groupe Promutuel l’année précédente.

La fusion avec La Capitale a été entérinée à majorité par environ 120 de ses membres le 11 juin dernier, lors d’une assemblée générale extraordinaire qui a duré à peine 90 minutes.

Ses 150 employés, y compris ses 45 agents Ledor, conservent tous leurs emplois et auraient accueilli cette transformation avec satisfaction. Et pour cause : La Capitale a été désignée « employeur de choix » en 2018. 

Pour leur part, ses quelque 60 000 membres reçoivent une assurance décès accidentel de 5 000 $, deviennent membres de La Capitale avec droit de vote et ont un accès à une plus grande panoplie de produits d’assurance chez cet assureur.

Pour sa part, la directrice générale, Micheline Nadeau, devient chef des opérations de Ledor Assurances, filiale de La Capitale.

Un mouvement de consolidation à l’horizon ?

Selon Mme Nadeau, les mêmes facteurs qui sont à la source de cette décision d’affaires pourraient amener d’autres assureurs de petite ou de moyenne taille à imiter Ledor. Elle croit que cette fusion pourrait marquer le début d’un mouvement de consolidation au sein de l’industrie. Elle n’identifie aucun assureur en particulier, mais souligne que la réalité est la même pour tous les joueurs dans le marché.

Micheline Nadeau n’a jamais invoqué des motifs financiers parmi les nombreuses raisons qui ont mené à la fusion avec un autre assureur. Interrogée si des difficultés financières avaient joué un rôle dans cette décision, elle a répondu : « Non, on avait encore un bon Test de capital minimal. On était bien capitalisé, il n’y avait pas d’enjeux à ce niveau. Notre ratio était deux fois le minimum requis ».

L’an dernier, le volume de primes souscrites de Ledor s’élevait à 67 millions de dollars. En outre, les ventes avaient progressé de 4 % en 2017 et 8 % en 2018. Néanmoins, selon les données du Rapport sur les institutions financières 2018 de l’Autorité des marchés financiers, l’assureur a enregistré une perte nette de plus de 3,5 millions en 2018.

Jean-Pascal Lavoie, de La Capitale, a indiqué à FlashFinance.ca que l’intégration à La Capitale permettait de réduire les couts de Ledor et d’améliorer sa situation financière.

Quand le conseil d’administration de Ledor a décidé de ne plus faire cavalier seul, le mandat qu’il a donné à sa directrice générale était de trouver la meilleure opportunité qui permettait de bien traiter à la fois ses employés et ses membres. Deux scénarios avaient été initialement envisagés, soit un partenariat et un regroupement.

Le partenariat, qui aurait consisté à mettre en commun avec un autre assureur des volets comme l’informatique, la conformité ou la gestion des risques, a été écarté, car il n’entrainait pas assez de réductions de couts pour que l’opération en vaille la peine et ne résolvait pas les autres facteurs qui ont amené Ledor à abandonner son indépendance. Une fusion est apparue comme l’option la plus intéressante à la fois pour l’entreprise, sa main-d’œuvre et ses membres.

Pour lui permettre de réaliser ce regroupement, Ledor Assurances s’est transformé en société à capital-actions, mais l’assureur conserve son caractère mutualiste en raison de sa nouvelle appartenance à La Capitale. Même si Ledor est depuis quelques jours une filiale de La Capitale, il poursuit ses opérations sous le même nom, tout au moins jusqu’à ce que son intégration soit complétée.

Son réseau de distribution directe sera subséquemment regroupé au sein de sa nouvelle grande famille et le réseau de courtage sera incorporé au sein de l’Unique assurances générales, autre filiale à courtage de La Capitale. Cette démarche d’unification, croit Micheline Nadeau, pourrait être achevée à la fin de 2019 ou au début de 2020.

Entretemps, peu de choses changent dans ses opérations quotidiennes. Ses agents et courtiers qui vendent ses produits continuent à offrir des polices Ledor, son siège social demeure toujours à Ste-Claire-de-Bellechasse et ses bureaux de Lévis, secteur Saint-Romuald, restent actifs.

L’atmosphère y était calme lors du passage de FlashFinance.ca le 12 juin et rien n’aurait pu laisser croire que 24 heures plus tôt, ses membres avaient voté pour son adhésion à un autre assureur et que l’avenir du nom Ledor Assurances demeurait incertain. Un comité de transition a été déjà formé pour assurer la fusion des deux entités.

Les premiers d’une nouvelle vague

« Tout cela mis ensemble fait qu’aujourd’hui, un assureur doit se regrouper pour être capable de pouvoir mieux se positionner sur le marché, commente Mme Nadeau. Nous sommes chez Ledor peut-être les premiers d’une nouvelle vague de regroupements. Une consolidation du marché de l’assurance de dommages, c’est comme cela qu’il faut l’appeler. »

La nouvelle chef des opérations de Ledor Assurances, filiale de La Capitale, se réjouit de la tournure des choses même si elle marque la fin d’une belle entreprise indépendante et autonome en laquelle ses fondateurs ont cru il y a dix ans.

« Il faut évoluer, plaide-t-elle. Quand on veut trop demeurer ce que nous sommes, parfois ça nous joue des tours. Il faut toujours penser à l’avenir. La décision de fusionner avec La Capitale permet à nos 150 employés de continuer à travailler dans le secteur des assurances de dommages et de le faire au sein d’une belle entreprise. »