Le nombre de demandes de règlement (réclamations) de médicaments liés à la santé mentale a augmenté de façon marquée en 2020 au Canada, selon le Rapport 2021 sur les tendances et références canadiennes en matière de consommation de médicaments de TELUS Santé.

Le rapport de TELUS Santé couvre les réclamations de quelque 4,8 millions de titulaire de certificats, ce qui représente 13 millions d’assurés et 150 millions de demandes de remboursement de médicaments sur ordonnance.

Son examen des principales catégories thérapeutiques (groupes de médicaments) révèle une recrudescence des réclamations en médicaments pour traiter la dépression. Parmi les 10 principales catégories, les réclamations liées à ces médicaments ont augmenté de 10 % chez les adultes et de 22 % chez les personnes à charge (conjoint et enfants du principal assuré), en 2020 par rapport à 2019, révèle le rapport.

TELUS Santé signale aussi que le nombre de jeunes réclamants est en hausse en matière d’antidépresseurs. Chez les 20 à 39 ans, il est passé de 5,6 % en 2016 à 7,9 % à la fin de 2020, par rapport au nombre de réclamations totales. Toujours en matière du nombre de réclamations, les antidépresseurs sont passés du septième au quatrième rang des principales catégories de médicaments, entre 2016 et 2020.

Antidépresseurs : la plus grande part des réclamations

Parmi les 10 principales catégories thérapeutiques en termes de couts admissibles au sein des régimes privés, les antidépresseurs occupent le 5e rang depuis 2018. En 2020, ils ont représenté la plus grande part des réclamations, soit 10,5 %, devant les médicaments destinés au traitement de l’hypertension artérielle (9,3 %).

Autre catégorie liée aux troubles mentaux, les médicaments destinés au traitement des troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et de la narcolepsie sont passés du 9e au 7e rang en 2019 et conserve ce rang en 2020.

Répercussions en 2021

À mesure que les répercussions à plus long terme de la pandémie se poursuivront, la santé mentale sera un domaine clé à surveiller alors que la société continue de lutter contre l’isolement et l’anxiété, en particulier chez les jeunes, écrit TELUS Santé dans son rapport.

« Nous pouvons nous attendre à des contrecoups en 2021, surtout dans le domaine de la santé mentale », commente Shawn O’Brien, associé principal, facilitation des données et produits de gestion des régimes d’assurance-santé de TELUS Santé. « Nous nous attendons à voir les habitudes changer et s’accélérer en réponse aux besoins de santé mentale des Canadiens », ajoute-t-il.

COVID-19 : peu d’impact dans l’ensemble

Les réclamations d’antidépresseurs sont en hausse et les médicaments couteux demeurent un fardeau pour les régimes collectifs privés. Pourtant, l’impact de la pandémie sur le nombre de réclamations en médicaments a été minime en 2020, révèle le rapport de TELUS Santé.

Il révèle que le nombre de réclamants en assurance collective est à son plus bas depuis les cinq dernières années. Le nombre de réclamations par réclamant a toutefois été plus élevé en 2020 que les années précédentes.

Par ailleurs, TELUS Santé a noté dans les premiers mois de la pandémie une baisse du nombre de réclamations pour des médicaments courants, comme les antibiotiques. Le rapport y voit une corrélation avec le confinement, lequel a freiné la propagation d’infections courantes. Pour éviter de s’exposer au virus, les Canadiens auront aussi pu ne pas se prévaloir des soins, voire les retarder.

Les couts admissibles mensuels moyens des réclamations encourus par les régimes ont augmenté de 3,8 % en 2020 par rapport à 2019. Cette hausse est comparable à celle de 2017 (3,7 %), signale le rapport. Entre les deux, l’adoption du programme Assurance-santé Plus de l’Ontario a fait baisser les couts de 4,1 % en 2018. Ils ont augmenté de 4,9 % en 2019, lorsque les moins de 25 ans ont été exclus du programme.

Les médicaments couteux pèsent 6 fois plus que les autres

« Si l’impact net de la pandémie a été plutôt neutre, nous pouvons nous attendre à des répliques en 2021, notamment dans le domaine de la santé mentale. Entre-temps, nous ne pouvons pas détourner notre attention des médicaments de spécialité, ces derniers demeurent le plus grand facteur influençant la gestion des régimes privés d’assurance médicaments », dit Shawn O’Brien.

Les médicaments couteux (de spécialité) demeurent en 2020 le principal moteur de l’augmentation du cout des médicaments dans les régimes privés, révèle en effet le rapport de TELUS Santé. Le fournisseur de solutions numériques en santé rappelle que les médicaments de spécialité comprennent des médicaments biologiques à cout élevé. Il les définit comme pouvant couter 10 000 $ ou plus par année, par réclamant.

En 2020, les médicaments ont représenté 32 % des couts des régimes contre 1,3 % des réclamants, révèle le rapport de TELUS Santé.

La croissance des couts liés aux médicaments de spécialité a été six fois supérieure à celle des médicaments dits classiques, ajoute TELUS Santé. Chez les 25 à 64 ans, les couts admissibles moyens liés aux médicaments de spécialité ont en effet augmenté de 8,7 % par rapport à 2019, contre 1,3 % pour les médicaments classiques, dit le rapport.

Plus forte hausse au Québec

Le Québec a connu la plus forte augmentation en 2020 dans les deux groupes de médicaments, soit 10,4 % en médicaments de spécialité et 2,2 % en médicaments classiques, par rapport à 2019.

Du côté des médicaments de spécialité, la plus faible augmentation revient à l’Ouest canadien, soit 6,3 % en 2020 comparativement à 2019. Ce qui reflète l’effet des régimes d’assurance médicaments universels de la Colombie-Britannique, du Manitoba et de la Saskatchewan, analyse le rapport.

La moitié des couts en 2026

Si la tendance se maintient, les médicaments de spécialité pourraient représenter dès 2026 la moitié du cout moyen par certificat d’assurance (l’assuré principal, incluant conjoint et enfants, le cas échéant), selon les auteurs du rapport. Shawn O’Brien a expliqué les causes de cette tendance.

« Les médicaments de spécialité continuent de dépasser les médicaments classiques en ce qui concerne les taux de croissance d’une année à l’autre. Cette situation s’explique non seulement par l’augmentation des couts liée à l’arrivée sur le marché d’un plus grand nombre de médicaments de spécialité pour les maladies rares, mais aussi par l’utilisation plus large de ces médicaments à mesure qu’apparaissent de nouvelles options de traitement pour des affections plus courantes », affirme-t-il.

PAR ALAIN THÉRIAULT, avec la collaboration de KATE McCAFFERY