La récurrence des inondations est un élément préoccupant pour les assureurs et leurs clients.

Selon le professeur Philippe Gachon, de l’UQAM, plus on attend pour implanter des solutions de mitigation des dommages causés par les inondations, plus il sera difficile d’assurer le retour à la maison des sinistrés.

M. Gachon est spécialisé en hydroclimatologie au département de géographie de l’UQAM, directeur du groupe Étude et simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER) et aussi directeur du Réseau inondations intersectoriel du Québec (RIISQ).

Les changements climatiques sont causés par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. Ces émissions sont causées par l’activité humaine, particulièrement à cause de l’utilisation des combustibles fossiles, explique le professeur.

En décembre 2019 à l’observatoire de Mauna Loa dans le Pacifique, la concentration atteignait 411,76 parties par million en volume (ppm), comparativement à 409,07 ppm un an plus tôt. « Selon l’Accord de Paris, on devait commencer à stabiliser les émissions, et même à les baisser. Malheureusement, ce n’est pas le cas, comme on a pu le voir avec l’échec de la plus récente conférence de Madrid », a indiqué M. Gachon lors de la Journée de l’assurance de dommages 2020.

La progression des émissions a été particulièrement rapide depuis 1960. Les chercheurs ont pu établir la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère depuis 800 000 ans. Ces données sont estimées par la prise de carottes dans les glaciers. Durant toute cette période et jusqu’à 1950, la concentration de CO2 dans l’air a varié entre 180 et 300 ppm. « Il y a 20 000 ans, ici à Montréal, il y avait deux kilomètres de glace », avec une remontée dans les périodes interglaciaires, note M. Gachon.

La courbe de la concentration de CO2 grimpe en flèche depuis 1950. Selon le professeur Gachon, cette hausse soudaine sur une très courte période à l’échelle de l’évolution terrestre est très préoccupante.

Des scénarios

Lors de la conférence de Paris sur le climat en 2015, les pays signataires ont reconnu une variété de scénarios en fonction des efforts de chacun. Dans le scénario le plus favorable (RCP2.6), tous les pays signataires arrivaient à faire baisser leurs émissions dès 2020. On arrivait ainsi à limiter la progression des émissions de GES et à les faire diminuer en 2070, afin de ne pas franchir la barre des 450 ppm. Or, ce scénario est déjà peu probable puisque les cibles n’ont pas été atteintes au fil des ans, déplore M. Gachon.

Dans le scénario RCP8.5, qui est l’option « business as usual » où la planète continue à brûler des hydrocarbures au même rythme, on estime plutôt une augmentation de 25 % des émissions d’ici 50 ans et une concentration du CO2 dans l’atmosphère qui dépasserait les 700 ppm en 2070.

Des anomalies

Philippe Gachon souligne l’augmentation de la température observée et des anomalies climatiques, en mesurant l’évolution de la température depuis 1880 par rapport à la moyenne du 20e siècle. Depuis les années 1980, la température observée a toujours été plus chaude que cette moyenne séculaire. « Cette augmentation est quasiment exponentielle et elle atteint 1,036 °C en 2019, la deuxième année la plus chaude après 2016.

L’impact du réchauffement de la température est le plus notable de janvier à mars, qui correspond à notre hiver dans l’hémisphère nord, suivi par l’automne. Pour la période 1980-2010, la proportion des anomalies climatiques est particulièrement frappante dans l’Arctique. D’avril à juin, c’est dans l’hémisphère sud, particulièrement en Antarctique, que le réchauffement est le plus évident.

Précipitations

L’addition du réchauffement et de l’amplification du cycle hydrologique augmente les probabilités de connaitre des aléas hydrométéorologiques de façon notable, tant pour leur occurrence que leur intensité.

L’augmentation des catastrophes liées aux inondations est d’ailleurs bien documentée par les assureurs depuis 70 ans, et ce, à l’échelle mondiale. Les tempêtes et inondations ont ainsi représenté 79 % du nombre total de catastrophes naturelles, ont causé 54 % des décès et 84 % des pertes économiques durant cette période.

La hausse des températures affecte de manière simultanée plusieurs composantes du cycle hydrologique :

  1. la quantité totale de précipitations, leur type et leur intensité;

  2. la fonte des neiges et des glaces au printemps, notamment la vitesse de cette fonte. « C’est particulièrement évident pour le bassin de la rivière des Outaouais », dit-il en soulignant les inondations importantes vécues à Gatineau et Ottawa en 2017 et 2019;

  3. la relation exponentielle entre la hausse des températures et la présence de vapeur d’eau dans l’atmosphère (+7 % pour chaque degré Celsius de température);

  4. l’augmentation de l’évapotranspiration des sols et de la végétation;

  5. la teneur en eau des sols et de la végétation;

  6. l’intensité du ruissellement et du débit des cours d’eau.

Un vaste réseau

Les partenaires du réseau ont créé le Réseau Inondations Intersectoriel du Québec (RIISQ) en décembre 2018, à la suite d’une suggestion faite par le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, à la suite des inondations de 2017.

Ces partenaires constataient que le Québec avait été plusieurs fois pris au dépourvu lors de grandes crues printanières. « C’est aussi le cas au Nouveau-Brunswick, où ça fait presque trois années de suite que la rivière Saint-Jean sort de son lit », rappelle Philippe Gachon, qui en est le directeur.

La stratégie scientifique du RIISQ comporte cinq axes de recherche. Le plan stratégique devait être lancé en mars 2020, mais la pandémie en a forcé le report. Une deuxième assemblée générale annuelle est prévue à l’automne 2020, saison durant laquelle les membres du comité consultatif doivent aussi se réunir une première fois.

Quelque 140 chercheurs de 16 universités participent aux activités du réseau. Le RIISQ a déjà approché l’Université Bishop pour que l’ensemble des établissements universitaires du Québec en fasse partie. On essaie de développer les projets en fonction des besoins ciblés par les partenaires.