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InsurTech Québec : les possibilités de la blockchain sont infinies en assurance

par Alain Castonguay | 23 avril 2018 11h30

Jonathan Hamel

Même s’il avoue ne pas être un spécialiste de l’assurance, Jonathan Hamel est un ardent promoteur de la chaine de bloc (blockchain) et il estime que les possibilités sont infinies pour l’utilisation des « smart contracts » dans diverses transactions où un produit d’assurance est requis.

Selon Jonathan Hamel, fondateur de l’Académie Bitcoin et chercheur associé à l’Institut économique de Montréal, 90 % des articles qui circulent dans les médias concernant la blockchain, le Bitcoin et l’intelligence artificielle rapportent de l’information erronée.

Il s’est fait remarquer lors d’un récent passage à l’émission Tout le monde en parle, où il a notamment donné la réplique à Michel Nadeau. M. Hamel possède une expertise reconnue dans les technologies de paiement et de cryptomonnaie comme Bitcoin ou Ethereum. Il est membre du comité consultatif sur l’innovation technologique créé par l’Autorité des marchés financiers depuis janvier 2017.

Système inspiré de la blockchain

Le système de traçabilité conçu par Optel pour certifier la provenance des médicaments est inspiré de la blockchain, rappelle-t-il. En Asie et en Afrique, ce système permet de développer des services bancaires alternatifs et des systèmes de paiement mobile. « La blockchain permet de régler des problèmes qui étaient insolubles auparavant. »

Ce registre est distribué physiquement sur les ordinateurs de tous les utilisateurs. Les transactions inscrites au registre sont horodatées et signées de manière cryptographique. Cette forme de chiffrement est la même que celle utilisée dans les services bancaires pour assurer la sécurité des transactions entre le consommateur et le commerçant.

Le principal avantage d’inscrire ces transactions dans le registre est son caractère immuable. Avec une clé de cryptage de 256 bits, la puissance de calcul requise pour trouver le mot de passe et modifier le registre représente un cout astronomique. « Vous avez plus de chances de trouver la combinaison gagnante de la loterie 6/49 durant neuf tirages consécutifs que de briser le code d’une clé à 256 bits », dit-il.

Synchroniser l’information

« La blockchain permet aux participants de s’entendre sur une source partagée de vérité », ajoute M. Hamel.

Son utilisation permet de régler un vieux problème en informatique, connu sous le nom de « problème des généraux byzantins ». On peut désormais réconcilier et synchroniser l’information dans un système distribué et décentralisé. « La blockchain n’est pas une technologie en soi, mais elle est la conséquence du consensus autour du Bitcoin », dit-il.

Pour obtenir ce consensus, il faut que ce registre ne relève pas d’une autorité centrale et il doit y avoir un avantage pour inciter les participants à y adhérer. « Il n’y a pas besoin d’utiliser la blockhain lorsque les parties se font confiance », explique-t-il.

Une intersection de trois concepts

La logique de la plateforme qui a permis de créer le Bitcoin est de fournir une intersection où trois concepts se rencontrent et sont renforcés, explique-t-il :

1) la théorie des jeux, concept reconnu en finance édictant que les acteurs d’un jeu, dont les règles sont connues par tous, agiront pour maximiser leurs gains de manière rationnelle ;

2) l’aspect cryptographique, qui permet d’identifier les parties à une transaction de manière unique ;

3) le caractère décentralisé et distribué du registre, qui le rend immuable et très résilient à la contrefaçon.

« On parle de monnaie virtuelle, mais dans les faits, le Bitcoin est ancré dans la réalité physique et mathématique de manière bien plus réelle que le système monétaire actuel », ajoute M. Hamel.

Un PDF de neuf pages

Tout l’univers de la blockchain et du Bitcoin a été lancé grâce à un article scientifique publié anonymement en 2009, lequel tient dans un fichier PDF de neuf pages. « C’est une innovation énorme en science économique, en droit, et je dirais même au plan politique et social », affirme Jonathan Hamel.

N’étant pas un expert en assurance, il a tenté de montrer quelques cas où l’utilisation de la blockchain suscite de l’intérêt, notamment pour lutter contre la contrefaçon. Pour tous les produits de luxe, il y aura ainsi un grand désir d’en authentifier la provenance.

« Il y a un producteur de vins qui l’utilise depuis qu’il a constaté que les bouteilles portant sa marque sont vendues en plus grand nombre, en Chine seulement, que toute sa production annuelle », raconte-t-il.

Problèmes de vol d’identité résolus

Les problèmes liés au vol d’identité, comme on l’a vu à l’été 2017 avec la faille de sécurité chez Equifax, pourraient être ainsi résolus. On pourrait ainsi envoyer une confirmation d’identité et de salaire, ce qui rendrait inutile la nécessité d’entreposer de l’information sur les systèmes d’un tel fournisseur, explique-t-il.

Pour l’instant, on ne peut pas acheter un café avec une fraction d’un Bitcoin, car les délais de transaction sont trop longs. Mais le réseau Lightning travaille à développer des contrats intelligents qui seront applicables de manière instantanée et règleront les délais de compensation. Les écritures seront réconciliées à la fin de la journée et inscrites au registre permanent.

Comme des zombies

Jonathan Hamel indique que les documents notariés pourraient ainsi être inscrits dans un tel registre décentralisé. Une bonne partie des transactions dont s’occupent les notaires pourraient être automatisées.

« Quand je rencontre des gens du milieu juridique, je leur dis que les notaires sont comme des zombies : ils sont morts et ils ne le savent pas encore », lance-t-il.

On règle ainsi le problème de la preuve de la création d’un document. L’auteur du document peut lui adjoindre une empreinte cryptographique. Cette empreinte est ensuite annexée à une transaction inscrite au registre.

« Ce que je veux, c’est prouver que j’ai été le créateur du document à un certain moment précis. (...) Il restera alors à prouver que je suis le détenteur de cette clé privée qui me donnait accès au registre », dit-il.

Jonathan Hamel rappelle que ce niveau ultime de confiance n’est pas utile pour toutes les transactions, mais il l’est certainement pour les actes notariés.

Réduire les délais de compensation

Les délais de compensation associés à une transaction seraient grandement réduits par l’utilisation de la blockchain. « Là encore, les possibilités sont infinies. N’importe quelle entreprise qui a dû faire un virement à l’étranger sait l’importance de ce délai. Le fournisseur attend la confirmation du paiement avant de livrer la cargaison promise. Beaucoup de temps et d’argent sont perdus à cause de ces frictions dans le système », dit-il.

Le mouvement des valeurs est facilité, même pour des montants importants et toujours sans contrepartie, ce qui est innovateur. « Encore en 2017, on a ainsi transféré 40 000 Bitcoins, d’une valeur de 325 millions de dollars US (M$), pour des frais de transaction de 1,35 $, et avec une sécurité quasi absolue », précise-t-il.

Éliminer les intermédiaires

La technologie des contrats intelligents, associée à Ethereum, est une version plus avancée du Bitcoin. C’est le script d’une transaction qui est déclenché par un évènement quelconque. Son contenu est transparent, prévisible et immuable. Une fois qu’il a été publié, on ne peut plus le changer.

Ethereum offre une plateforme qui ressemble à Amazon Web Services ou Microsoft Azur. Sa monnaie sert à payer l’exécution des contrats, par exemple une transaction immobilière. « On règle toute la partie du milieu, celle des intermédiaires qui doivent valider le financement, par exemple, ou notariser la transaction », indique M. Hamel.

Tous ces contrats ne fonctionnent que grâce à la cryptomonnaie. « Si on a besoin d’une contrepartie pour réaliser la transaction, la blockchain est inutile et n’est pas plus efficace qu’un autre système », précise-t-il.

Des contrats intelligents

Ces contrats intelligents peuvent servir à régler les problèmes de fraude associés à l’aide humanitaire, cite-t-il en exemple. On peut définir à l’avance les règles qui sont requises pour libérer des fonds et acheter des médicaments ou des aliments. « La cryptomonnaie, ça devient l’Internet de l’argent », dit-il.

Cette innovation devient la pièce manquante du puzzle qui manquait à l’économie collaborative. On pourrait monétiser certaines activités, par exemple payer une somme minimale pour lire un article réservé aux abonnés dans le site d’un journal. La même logique serait applicable pour mieux rémunérer les artistes dont les œuvres musicales sont écoutées en streaming.

Pour le mouvement des valeurs, on constate déjà que le Bitcoin dominera le marché. Il persiste encore une certaine incertitude des plateformes pour les contrats intelligents, car on ne sait pas encore si Ethereum réussira à dominer ce segment. M. Hamel rappelle qu’il s’est passé la même chose avec les débuts de l’Internet, où Netscape, Altavista et Yahoo ont longtemps dominé les requêtes de recherche avant l’émergence de Google.

Entreposage de données

On voit apparaitre des systèmes d’entreposage de données, comme FileCoin ou IPFS, qui distribuent l’information sur des milliers d’ordinateurs partout sur la planète. On peut inscrire la même preuve de travail associée à la blockchain en louant l’espace disque des utilisateurs pour y déposer des données cryptées.

En assurance santé, comme on le voit en assurance auto, le consommateur pourrait donner accès à ses données biométriques et géolocalisées issues de diverses applications. On pourrait lui accorder une réduction de la prime en fonction du risque réduit puisqu’il fait attention à sa santé en courant ou en faisant du vélo. Cette forme de contrat peut être jumelée à d’autres récompenses pour le client, et l’information très confidentielle ne serait ainsi jamais stockée chez l’assureur.

La prime d’une police d’assurance pour un entrepreneur en voyage d’affaires pourrait aussi être ajustée grâce à des outils de géolocalisation, en attestant la durée de son séjour à tel endroit.

Pas encore au Québec

Le mécanisme de reconnaissance légale des enregistrements dans le registre de la blockchain n’existe pas encore au Québec, mais il est présent dans certaines juridictions aux États-Unis, notamment dans les états du Wyoming, du Texas et de l’Arizona, poursuit-il. L’enregistrement des contrats peut être validé par des firmes de vérification.

Certaines professions vont disparaitre, tandis que d’autres se réinventeront, poursuit-il en donnant l’exemple de l’huissier. Actuellement, cet officier de justice fournit les yeux aux acteurs du monde juridique. Dans un monde où les processus de communication sont automatisés, l’huissier pourrait être celui qui valide l’existence des conditions prévues au déclenchement d’un contrat.

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