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La Capitale veut amasser 1 G$ de primes tant en vie qu’en dommages d’ici 2020

par Hubert Roy | 27 octobre 2016 07h00

Jean St-Gelais | Photo : Denis Méthot

La Capitale Groupe financier s’est fixée un objectif ambitieux dans son nouveau plan stratégique : avoir un milliard de dollars de primes dans chacun de ses segments d’activités, soit l’assurance vie et l’assurance de dommages, d’ici 2020.

Son PDG Jean St-Gelais, en poste depuis six mois, sait que cet objectif se fera au détriment de ses concurrents. Et il se dit bien conscient que ceux-ci ont tous pour objectif de croitre. « On doit faire en sorte d’être parmi ceux qui réussiront à exécuter leur plan stratégique », a-t-il confié en entrevue. Le Journal de l’assurance a rencontré M. St-Gelais à Québec au début octobre, au siège social de l’assureur.

(Note de la rédaction: après la parution de l'entretien, La Capitale Groupe financier a fait savoir que son objectif était à moitié attient. Au terme de 2015, l'assureur possédait 1,015 G$ de pirmes en assurance vie.)

M. St-Gelais mise sur la croissance organique pour faire prospérer La Capitale. Il cible une croissance de 5 % à 7 % par année, dans chaque secteur. Il se dit ouvert à réaliser des alliances, que ce soit au niveau des investissements technologiques ou pour développer des produits.

Le numérique trône ainsi en tête de liste des défis que doit aborder La Capitale. « Trouver de quelle façon l’aborder est déjà un défi. Il fait être à l’affut. On regarde pour développer notre laboratoire de développement. Nous sommes aussi sollicités par une multitude de groupes qui veulent nous présenter leurs innovations. Le défi est donc de choisir les bonnes solutions, mais aussi de se poser les bonnes questions. Fait-on appel à des montres branchées pour mesurer la santé des gens ? Est-ce trop intrusif dans leur vie privée ? Il y a aussi les voitures autonomes. On doit s’y pencher. Il y a beaucoup de questions auxquelles il faut trouver des réponses », dit-il.

Le rôle de chef d’entreprise en est un tout nouveau pour M. St-Gelais, lui qui a passé sa carrière au sein de la fonction publique, mais aussi à la tête de l’Autorité des marchés financiers, où il fut PDG pendant sept ans. « L’une des raisons pour laquelle j’ai accepté de diriger La Capitale est parce qu’elle est une mutuelle. On y retrouve les mêmes valeurs qui m’étaient chères : primauté de la personne, transparence et situation financière saine. »

Il ajoute qu’œuvrer pour une mutuelle constitue un juste milieu entre le capitalisme à l’état pur et l’économie sociale. « Nous sommes là pour bien servir les mutualistes. Si nous avons le choix entre faire des profits et bien servir le client, il est plus aisé dans une mutuelle de choisir de bien servir le client. »

Il souligne par ailleurs que son prédécesseur, René Rouleau, l’a plus que préparé pour occuper son nouveau poste. « Il m’a pris en charge. J’ai donc pu faire le tour de tous les conseils et des comités de vérification, puis de serrer les mains de nos employés. »

Un élément qui l’a frappé est de voir l’énergie dégagée par les ressources humaines de l’entreprise. « Nos employés sont très impliqués dans des causes humanitaires », dit-il. Ce sont d’ailleurs 55 % des employés de La Capitale qui s’implique bénévolement dans leur collectivité, révèle l’assureur dans son rapport annuel.

Un récent exemple est l’organisation d’une séance de spinning sur le toit de l’hôtel Le Concorde, à Québec, au bénéfice de la Fondation des greffés du poumon. « Je veux maintenir ce type d’engagement. Pour moi, le fit avec La Capitale est meilleur qu’avec une autre entreprise », dit-il.

M. St-Gelais se voit aussi comme un ouvreur de portes pour ses équipes, de par les nombreux contacts qu’il a établis au fil des ans. Il croit aussi qu’il pourra aider La Capitale à éviter les écueils règlementaires. Au lieu de dire que ce que l’Autorité fait n’a pas d’allure, je pourrai les aider à démystifier les choses », dit-il.

Ne pas faire les choses en double

Il veut aussi inculquer un changement dans la culture d’entreprise de La Capitale, qu’il juge tissée serrée. Il veut améliorer la communication entre les équipes d’assurance de dommages et celles d’assurance vie.

« Si l’un travaille sur un projet technologique, il serait bien que l’autre voie s’il pourrait en bénéficier. Avec ce qui s’en vient du côté technologique, il faut songer à avoir un espace client. Il ne s’agit pas de marier les deux secteurs ensemble, mais de le faire là où il y a une valeur ajoutée », dit-il.

Pour M. St-Gelais, l’ouverture d’une succursale boutique au Centre universitaire de santé McGill est un exemple de cette complémentarité. L’assureur offre ainsi ses produits aux quelque 12 000 professionnels de la santé qui y travaillent.

Le PDG de La Capitale juge aussi que l’une des grandes forces de la mutuelle qu’il dirige est d’être présente dans de multiples canaux de distribution. Il prend l’exemple de l’assurance de dommages, où La Capitale emploie des agents directs, des agents autonomes affiliés, mais aussi des courtiers indépendants via sa filiale L’Unique assurances générales. « On remarque que quand l’un des modes va bien, un autre peut avoir un peu plus de difficultés. On voit la même chose en assurance de personnes, quand l’épargne va bien, le volet assurance souffre un peu plus. On peut se démarquer grâce à cela. »

M. St-Gelais convient qu’il y a des secteurs dans lesquels sa compagnie doit réinvestir. C’est pourquoi ses équipes en technologies de l’information (TI) se doivent d’être à l’avant-garde. L’assureur a fait évaluer son système de gestion en assurance de dommages. Or, les consultants embauchés pour l’évaluer lui ont conseillé de la garder puisqu’il faisait mieux que ce que certaines compagnies proposaient à fort prix.

C’est toutefois par le service offert aux mutualistes que La Capitale doit se démarquer, dit M. St-Gelais. « Si un travailleur autonome qui œuvre en construction se blesse en Ontario, on doit se faire un point d’honneur de lui remettre un chèque dès le lendemain, d’autant plus qu’il est probablement sur son lit d’hôpital », donne-t-il à titre d’exemple.

M. St-Gelais se dit fier que La Capitale ait été le premier assureur à déployer sa caravane mobile pour traiter les réclamations survenues à la suite de fortes pluies qui ont touché le Saguenay. « Dans ces moments, il faut s’occuper à aider les gens à regagner leur logis ou réparer leur automobile le plus tôt possible. On discutera à savoir si nous avons trop payé ou pas assez après », dit-il.

M. St-Gelais dit aussi qu’il fera sienne la devise qui a dirigé René Rouleau au cours de ses années à la tête de La Capitale. « On ne manufacturera pas de produits que nous n’achèterions pas nous-mêmes. » Il a aussi fait sienne l’idée de M. Rouleau de voir les mutuelles unir leurs services d’arrière-guichet.

Quant aux défis qui l’attendent, M. St-Gelais note que les bas taux d’intérêt forceront La Capitale à revoir sa stratégie. La Banque du Canada l’a dit, les taux d’intérêt sont appelés à rester bas pour une longue période. « On doit donc voir ce que ça veut dire pour nos produits, tant en assurance vie qu’en placement », dit-il.

Préoccupations en assurance collective

Les affaires de La Capitale en assurance collective préoccupent aussi M. St-Gelais. « 2015 a été difficile pour nous. 2016 s’annonce aussi pour l’être. Le prix des médicaments demeure une préoccupation, tout comme le changement démographique. Maintenant, tout le monde prend des médicaments. Nous avons constaté au cours des derniers mois que nous avons tardé dans nos investissements en assurance invalidité. Nous sommes dans un processus pour y être à long terme. En assurance de dommages, nos équipes demeurent sur le qui-vive », dit-il.

La Capitale maintient aussi ses ambitions de croissance hors Québec. « Nous sommes à l’affut des opportunités qui peuvent s’y présenter. Il est certain qu’il est plus difficile pour une mutuelle de lever des capitaux, mais nous avons un partenariat avec l’assureur européen COVEA, qui a des participations dans certaines de nos activités. Ils ont beaucoup de sous, ayant un chiffre d’affaires de 17 milliards d’euros. Si on veut financer une expansion, on peut se tourner vers eux. Il n’y a toutefois pas d’urgence sur ce point et il faut voir si ça cadre bien dans le plan de match. »

Hors Québec, la mutuelle est présente via sa filiale La Capitale Financial Services, qui œuvrait auparavant sous le nom de Penncorp. En assurance de dommages, La Capitale est présente dans le courtage via Unica, qui a subi un important redressement. Cette filiale prendra d’ailleurs un virage vers l’assurance des entreprises, a fait savoir M. St-Gelais au Journal de l’assurance. Au Québec, L’Unique aussi poursuivra son développement en assurance des entreprises.

Non à la démutualisation

Plusieurs assureurs vie se sont démutualisés au tournant des années 2000. Les assureurs de dommages pourront bientôt le faire, une fois qu’Assurances Economical aura complété ce processus. La Capitale pourrait-elle être intéressée à suivre ce chemin ? Pas du tout, répond M. St-Gelais.

« Nous sommes très heureux dans ce modèle. Au Québec, nous avons la chance que le modèle coopératif soit très fort, que ce soit avec le Mouvement Desjardins, Agropur ou encore la Coop fédérée. S’il y a des regroupements à faire, on regardera ce qui peut être fait avec d’autres mutuelles. Il y a plus d’opportunités de ce côté que de se démutualiser. Par ailleurs, les discussions au conseil d’administration de La Capitale seraient très courtes si j’y apportais un scénario de démutualisation. Je ne vois pas d’ouverture sur ce point. »


Jean St-Gelais souhaite que les Québécois accordent plus de reconnaissance au secteur financier

S’il y a une chose que Jean St-Gelais dit avoir apprise de son passage à l’Autorité des marchés financiers, c’est bien l’importance qu’a le secteur financier dans une économie.

« C’est un secteur extrêmement important. Pourtant, au Québec, c’est moins bien imposé dans les mœurs. En Ontario, les gens sont conscients que le secteur financier apporte des emplois payants, mais aussi des solutions d’investissement. Si on pouvait l’inculquer dans les mœurs au Québec, on ferait œuvre utile. »

Il donne en exemple Puissance 11, qui regroupe les sièges sociaux des assureurs établis à Québec, qui a fait prendre conscience aux résidants de la Vieille Capitale de l’importance du secteur de l’assurance dans l’économie. « Puissance 11 est une force qu’il faut préserver. Il ne faut plus être vue comme de grosses compagnies méchantes. Les gouvernements ont été sensibilisés à cela, mais je ne suis pas certain que ce soit bien compris par la population », dit-il.

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