Dans le marché de la haute valeur, Thomas Scharen constate que pour les nouvelles affaires, la concurrence ne vient pas des principaux joueurs. « Il y a clairement une offensive de la part des assureurs directs dans ce segment-là qu’on ne voyait pas avant 2022 », indique le courtier de Fort Assurances et Services financiers

Thomas Scharen

« Ma plus grosse compétition, quand je demande des soumissions aux assureurs de haute valeur, elle vient de TD, de Beneva, de BélairDirect. Ceux-là ont dû adapter leurs produits. Les polices d’assurance habitation conçues pour tout le monde ne convenaient pas à cette clientèle. Il y a encore de grosses failles », poursuit M. Scharen. 

Mais pour des résidences de 4 à 5 M$, voire 10 M$, la prime est du simple au double entre les assureurs de haute valeur et les assureurs directs. « Les couvertures pour l’eau sont insuffisantes, il y a de grosses limites, mais leur prix est tellement attractif. Les clients ne regardaient pas cela auparavant, mais la tendance est là, ils ont été sensibilisés à la possibilité de magasiner leur assurance », indique Thomas Scharen. 

« Au lieu de payer une prime de 8 000 $ à 10 000 $, si ça lui coûte 4 000 $, le client qui n’a jamais fait de réclamation pourrait se laisser tenter par ce produit moins cher. Les clients aisés font plus attention à leurs dépenses, car il y a beaucoup de tensions économiques en ce moment », dit-il. 

Thomas Scharen note que le courtier doit consacrer plus de temps qu’auparavant à suivre les changements apportés aux polices d’assurance habitation, ce qui inclut les propriétés de haute valeur. « Avant, quand les polices étaient modifiées, ça restait comme ça ensuite pendant plusieurs années. Là, les nouveaux avenants et les nouvelles exclusions, on en a deux à trois fois par année. Si un assureur important adopte une nouvelle mesure, comme Intact l’a fait en adoptant l’avenant pour les toitures en 2024, les autres assureurs suivent », dit-il. 

Le courtier est tenu d’informer son client sur les protections offertes et les exclusions, rappelle M. Scharen. S’il omet de lui souligner les caractéristiques du produit, le client pourrait découvrir le caractère incomplet de la garantie au moment de faire une réclamation. Selon lui, le courtier qui ne met pas à jour sa propre connaissance des produits devient vulnérable au risque d’erreurs et omissions couvert par son assurance en responsabilité civile professionnelle.

Chez Intact Prestige 

Achraf Louitri

Achraf Louitri, vice-président d’Intact Prestige, ne cache pas les ambitions de croissance de son équipe dans le marché de la haute valeur. « Nos courtiers partenaires nous le disent, cinq ans après le lancement de notre marque Intact Prestige, on a un service de réclamation exceptionnel bien adapté aux besoins de la clientèle de haute valeur », explique le vice-président de la division spécialisée dans le marché de la haute valeur chez Intact.

« L’expertise de nos équipes de souscription ainsi que la qualité de nos produits est excellente, poursuit-il. À cela, s’ajoute l’envergure d’Intact au Canada, ce qui fait qu’aucun risque n’est trop complexe ou trop gros pour nous. Quand on prend tous ces facteurs en considération, on est convaincu qu’on sera le choix numéro 1 des clients de haute valeur dans les cinq prochaines années au Québec et partout au Canada. » 

Malgré les nombreux sinistres catastrophiques survenus ces dernières années au Canada, dont plusieurs ont touché de grandes agglomérations urbaines, M. Louitri affirme que les réclamations pour les dommages aux biens de haute valeur sont traitées rapidement par des équipes dédiées à cette fin. « Chaque dossier a ses particularités », dit-il.

« Les besoins des clients de haute valeur sont complexes et les réclamations le sont aussi. Nos courtiers et nos experts en sinistre doivent faire preuve de compréhension », ajoute M. Louitri.

Aux courtiers qui désirent soumettre des dossiers d’assurés à Intact Prestige, Achraf Louitri indique ceci : « C’est comme vendre des produits qu’on retrouve en assurance des particuliers, mais en se préparant comme pour l’assurance aux entreprises. À cause de la complexité, il faut de l’expertise pointue. »

Le souscripteur d’Intact Prestige fait le tour du dossier avec le courtier « afin de s’assurer qu’on a les bonnes limites, les bons niveaux protection s’il y a une œuvre d’art ou un autre bien qui a pris énormément de valeur depuis le renouvellement. Ça doit se refléter dans les garanties », souligne M. Louitri. 

L’assureur direct aussi en veut 

Co-operators, compagnie d’assurances générales offre aussi des garanties complémentaires qui visent les clientèles davantage privilégiées. Selon l’information transmise par l’assureur au Portail de l’assurance, le programme appelé Prestige Plus comporte les mêmes avenants que ceux offerts par les assureurs haute valeur : caves à vin, dégâts d’eau, inondations, objets de valeur, œuvres d’art. Seul le cyberrisque ne comporte pas de protections supplémentaires à celles offertes à l’ensemble des particuliers. 

Patrick Décarie

En entrevue avec le Portail de l’assurance au début du mois d’octobre, le vice-président Patrick Décarie précise que l’admissibilité à Prestige Plus commence par une propriété valant 750 000 $, et non 1 million de dollars (M$) ou plus comme chez les assureurs haute valeur. Il reconnaît que la valeur moyenne des résidences dans plusieurs grandes villes du pays dépasse déjà les 750 000 $. 

« Ça comprend plusieurs protections, mais celle qui a été modifiée récemment touche les limitations sur les garanties comme les bijoux, les œuvres d’art, les articles de collection, les collections de vin et le remplacement des serrures. » Un montant global de 100 000 $ est prévu. « Cela donne vraiment une tranquillité d’esprit aux gens. Ils n’ont pas besoin à ce moment-là d’assurer le bien de manière spécifique », précise-t-il.

Au moment d’assurer la résidence, le client peut déjà décider à l’avance qu’en cas de perte totale, la maison ne sera pas reconstruite. « Le client touche une indemnité qui lui permet par exemple d’aller s’établir dans une résidence privée pour personnes âgées », dit-il. 

De manière générale, l’assurance des particuliers offerte par l’assureur permet en tout temps de se procurer des garanties supplémentaires pour couvrir un bien particulier, jusqu’à 30 000 $. L’objectif est d’offrir des protections pour les biens récemment reçus en héritage, par exemple. « Et c’est un avenant très peu dispendieux à ajouter à une police », explique M. Décarie. 

Pour l’ensemble de ces assurés, incluant ceux du programme Prestige Plus, Co-operators a créé l’avenant « Dégâts d’eau » qui couvre tous les types de dommages, incluant les pertes reliées à une inondation. « Le client décide du montant dont il a besoin, en sus de la protection de base. » Patrick Décarie rapporte que 95,7 % des clients de Prestige Plus se procurent cet avenant, contre 84,5 % pour les clients en assurance des particuliers. 

« La tarification est faite en fonction de l’exposition au risque, mais on voulait avoir un produit simple. On ne veut pas avoir de surprise lors d’une réclamation. Être assuré pour les dégâts d’eau, c’est pour tous les dégâts d’eau », poursuit M. Décarie. 

Ce sont les mêmes agents qui sont à l’œuvre pour faire souscrire le consommateur au programme Prestige Plus. Les agents sont appuyés par une plateforme de souscription plus détaillée afin d’éviter de mal évaluer les besoins du client. Il n’y a pas de limite supérieure quant à la valeur assurable, chaque dossier est évalué au mérite, selon Patrick Décarie. 

Ce dernier n’est pas en mesure d’indiquer si la fréquence des réclamations est similaire ou moindre au sein de la clientèle de Prestige Plus. « La sévérité est plus élevée, c’est garanti, car les biens assurés ont une plus grande valeur », note M. Décarie.

Il affirme par ailleurs que l’admissibilité à ce programme ne donne pas accès à un régime d’indemnisation distinct ou plus rapide. « Tous nos assurés qui rapportent un sinistre sont traités de la même manière. » Il rappelle que la tarification de l’ensemble des assurés est déterminée par les réclamations.

Patrick Décarie admet qu’il y a une tendance inflationniste dans la tarification de l’assurance des particuliers qui dépasse l’évolution de l’indice des prix à la consommation. « La fréquence est plus élevée en raison des événements météorologiques extrêmes. Et la sévérité est plus forte, en raison de l’inflation des coûts de reconstruction. Alors oui, il y a un impact sur la tarification », dit-il. 

Quand le programme destiné aux biens de haute valeur a été lancé il y a quelques années, le groupe visait à combler l’ensemble des besoins des familles privilégiées. « On offre aussi des services financiers et de l’assurance aux entreprises. C’est toujours avantageux pour nous, et pour le client, d’avoir l’ensemble des produits au même endroit », dit-il. 

« Pour nous, c’est bien. Quand le client a plus de produits chez nous, plus il nous est fidèle, c’est prouvé », précise M. Décarie. 

Cet article est un Complément au magazine de l'édition de novembre 2025 du Journal de l'assurance.